Batteries en Guyane : la CRE ouvre la course aux 30 MW de stockage

La Guyane entre à son tour dans la dynamique du stockage d'électricité. Le 11 juin 2026, la CRE a adopté une délibération qui ouvre officiellement un guichet de saisine unique pour les projets de batteries situés sur ce territoire. Derrière le vocabulaire technique se cache un enjeu concret : sécuriser un réseau électrique isolé, souvent sous tension, tout en accompagnant la montée en puissance du solaire et des autres énergies renouvelables. Les développeurs ont jusqu'au 15 juin 2027 pour déposer leurs offres, dans la limite de 30 MW retenus. Voici ce qu'il faut comprendre de cette annonce et pourquoi elle compte pour la transition énergétique outre-mer.

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En résumé :

  • La Commission de régulation de l’énergie (CRE) lance un guichet de saisine dédié au stockage d’électricité en Guyane, avec une date limite de dépôt fixée au 15 juin 2027.
  • Le volume maximal retenu est plafonné à 30 MW de batteries électrochimiques, avec un volume utile de 2 heures.
  • L’objectif est de stabiliser un réseau guyanais fragile et de mieux intégrer les énergies renouvelables intermittentes.
  • Les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) sont écartées de ce guichet, faute d’objectif inscrit dans la programmation pluriannuelle de l’énergie.
  • Prochaine étape annoncée : un guichet à Mayotte au premier semestre 2027.

Un guichet de saisine pour structurer le stockage guyanais

Le mécanisme retenu par la CRE n’est pas un appel d’offres classique mais un guichet de saisine unique, c’est-à-dire un dispositif qui met en concurrence l’ensemble des projets déposés et les classe selon leur efficience. Concrètement, les porteurs de projet transmettent leur dossier à la CRE, qui instruit chaque candidature, fixe un taux de rémunération, puis retient les installations générant le plus de valeur pour le système électrique, jusqu’à atteindre le volume maximal annoncé.

Ce guichet s’inscrit dans une méthodologie stockage adoptée par la CRE en octobre 2024, après une consultation publique et le retour d’expérience du premier guichet organisé en Martinique et à la Réunion. La Guyane n’est donc pas un terrain isolé : elle suit la Guadeloupe et la Corse, dont les guichets ont déjà été instruits et tranchés début 2026. L’ensemble des éléments du dispositif sera mis en ligne sur une page dédiée du site de la CRE, avec un modèle de plan d’affaires et une plateforme de dépôt en ligne.

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Pourquoi la Guyane a particulièrement besoin de batteries

La spécificité guyanaise tient à la géographie de son réseau. La principale zone de consommation se concentre dans la boucle de Cayenne, alors qu’une large part de la production, actuelle comme future, se situe à Petit Saut et dans l’ouest du territoire. Résultat : l’électricité doit transiter d’ouest en est sur des lignes Ouest-Est fragiles, ce qui expose le réseau à un risque de délestage en cas d’incident sur ces axes.

Cette faible résilience du réseau oblige parfois le gestionnaire à s’écarter de l’appel optimal des moyens de production pour garantir la sécurité du système. L’installation de batteries fournissant un service de réserve primaire directement dans la boucle de Cayenne permettrait de réduire fortement ces contraintes. Autre bénéfice attendu : limiter à terme le recours à la centrale thermique du Larivot, située elle aussi dans cette boucle. Le stockage devient ainsi un outil de stabilité autant qu’un levier pour intégrer les renouvelables.

30 MW de batteries : les caractéristiques imposées aux projets

Au regard des besoins identifiés, la CRE fixe le volume maximal retenu à 30 MW pour les batteries en Guyane, avec un stock de 2 heures. La sélection s’arrêtera dès que ce plafond sera atteint, et le volume finalement retenu pourra même être inférieur si les projets s’avèrent moins compétitifs qu’anticipé. Tout projet ne respectant pas les critères ci-dessous sera jugé non conforme.

ParamètreValeur fixée pour la Guyane
Volume maximal retenu30 MW
Volume utile de stockage2 heures (MWh/MW injection)
Objectif de disponibilité97,5 %
Rendement opérationnel contractuel83 %
Services fournisRéserve et arbitrage (inertie exclue)
Durée de contrat15 ans
Nombre de cycles par an500 cycles
Puissance maximale en soutirageÉgale à la puissance maximale en injection
Puissances minimalesNulles

À noter : EDF SEI, gestionnaire du réseau, étudie la possibilité de rehausser la limite de valorisation de réserve primaire, jusqu’ici fixée à 5 MW dans les guichets de Guadeloupe et de Corse. Une évolution que les porteurs de projet suivront de près.

Calendrier et dépôt des dossiers

La date à retenir est sans ambiguïté : la transmission des dossiers de saisine doit intervenir au plus tard le 15 juin 2027 à 23h59. Le contenu attendu est détaillé dans l’annexe 2 de la méthodologie stockage, et une plateforme de dépôt en ligne sera mise à disposition par la CRE, sur le modèle de ce qui avait été fait pour la Guadeloupe et la Corse via démarches-simplifiées.fr.

Une fois les dossiers reçus, la CRE transmettra au gestionnaire de réseau les pièces nécessaires à l’analyse technique de chaque installation. Cet avis technique devra être rendu sous cinq semaines. EDF SEI a déjà transmis, dès avril 2026, une première communication aux producteurs, comprenant les prescriptions techniques et une cartographie des zones de raccordement possibles. La CRE demande désormais au gestionnaire de publier cette cartographie au plus vite, en précisant les postes sources et les zones où les projets pourront se développer.

Raccordement, garantie financière et marge : les règles du jeu

Plusieurs paramètres financiers et techniques encadrent les candidatures. Sur le raccordement, le coût est compensé à l’euro l’euro à la mise en service. Par dérogation propre au guichet guyanais, les porteurs disposant d’une PTF pourront déposer leur dossier sur cette base, à condition que la demande de raccordement ait été réalisée avant le 5 novembre 2024 et que les projets respectent les zones d’implantation définies par le gestionnaire de réseau.

Côté budget, la CRE introduit une marge sur l’assiette d’investissement plafonnée à 10 %, applicable à la hausse comme à la baisse, que le porteur peut choisir de réduire, voire d’annuler. Cette marge ne joue que dans des cas précis : fluctuations globales du marché des matières premières et du transport, ou évolution des aides perçues. Enfin, les installations bénéficiant d’une compensation devront constituer une garantie financière équivalente à 3 % du montant de l’assiette d’investissement, sous forme de garantie bancaire à première demande émise au profit du gestionnaire.

Les services qui seront valorisés par la CRE relèvent de trois familles : le report de charge (ou arbitrage), qui consiste à soutirer de l’énergie quand elle est bon marché pour la réinjecter en période de pointe ; la réserve primaire, qui contribue à la stabilité du réseau ; et l’apport d’inertie, réservé toutefois aux machines tournantes, les batteries interfacées par électronique de puissance n’étant pas éligibles à l’inertie synthétique.

Les STEP écartées de ce guichet, pour le moment

Les stations de transfert d’énergie par pompage ne bénéficieront d’aucun volume réservé dans ce guichet. La raison est réglementaire : la PPE en vigueur en Guyane, qui couvre la période 2019-2023, ne fixe aucun objectif de stockage, et le projet de PPE 2024-2033, soumis à consultation publique en février 2026, ne contient toujours pas d’objectif relatif aux STEP. Faute de cadre, la CRE ne réserve donc pas de capacité à cette technologie.

Quelques projets de STEP ont bien été identifiés en Guyane lors d’un recensement mené au printemps 2024, mais à des stades de développement très préliminaires, susceptibles de déboucher sur un dossier à l’horizon 2028-2029 seulement. Pour ne pas figer la situation, la CRE prévoit un nouveau recensement début 2027, afin d’adapter le traitement de ces projets dans ses futurs guichets.

Après la Guyane, Mayotte et de nouveaux guichets

Cette délibération s’inscrit dans une feuille de route plus large pour les zones non interconnectées. La CRE confirme qu’elle relancera un recensement des projets de STEP dès le début de l’année 2027 pour préparer les prochaines fenêtres. Surtout, elle annonce l’organisation d’un guichet stockage à Mayotte au premier semestre 2027, après concertation avec le gestionnaire de réseau local.

Pour les développeurs du secteur, le message est clair : le stockage devient un maillon structurant de la transition énergétique outre-mer, avec des dispositifs qui se déploient territoire après territoire. La Guyane ouvre la prochaine séquence, et le compte à rebours jusqu’au 15 juin 2027 est désormais lancé.


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