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- Une campagne qui mise tout sur le portefeuille des Français
- Un dispositif média pensé pour intercepter les décisions
- Une plateforme unique pour regrouper toutes les aides
- France Rénov’ prend la route avec deux maisons mobiles
- Les entreprises appelées à devenir relais officiels
- Une campagne qui marque un tournant dans la communication de l’État
En résumé :
- Le Gouvernement a lancé le 22 juin 2026 la campagne nationale « Électrifions la France », déployée jusqu’en septembre.
- Trois arguments martelés : pouvoir d’achat, confort énergétique et facilité d’accès aux bornes et équipements.
- Chiffres chocs mis en avant : 3 € pour 100 km en voiture électrique, et une facture de chauffage divisée par deux avec une pompe à chaleur.
- Une plateforme unique, electrifions-la-france.gouv.fr, centralise toutes les aides et ressources.
- France Rénov’ part en tournée avec deux maisons mobiles en bois sur 12 étapes, de juin à octobre.
- Un appel à manifestation d’intérêt (AMI) invite les entreprises et les médias à devenir relais officiels de la campagne, qui fédère déjà 6 000 entreprises.
Une campagne qui mise tout sur le portefeuille des Français
Le Gouvernement a fait un choix stratégique clair en plaçant le pouvoir d’achat au cœur de sa communication, avant même l’argument écologique. La logique est assumée : pour convaincre un automobiliste ou un propriétaire hésitant, mieux vaut parler euros que tonnes de CO2.
Deux symboles chiffrés servent de fil rouge à toute la campagne. Côté mobilité, l’État avance qu’un véhicule électrique revient à 3 € pour 100 km, soit environ 12 € pour un plein rechargé à domicile, un montant sans commune mesure avec le coût d’un trajet équivalent en thermique. Côté logement, le discours est tout aussi direct : installer une pompe à chaleur à la place d’une chaudière au fioul ou au gaz permettrait de diviser sa facture de chauffage par deux.
Ce positionnement n’a rien d’anodin. Il s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, marqué par les crises au Moyen-Orient et la volatilité des prix du pétrole et du gaz. Quand nous importons du pétrole ou du gaz, nous importons en même temps les crises des autres, résumait le Premier ministre Sébastien Lecornu en présentant la stratégie énergétique en avril. Électrifier devient ainsi un double pari : alléger la facture des ménages tout en réduisant la dépendance de la France aux énergies fossiles, qui représentent encore une part majoritaire de la consommation finale d’énergie du pays.
Un dispositif média pensé pour intercepter les décisions
La force de cette campagne tient moins à ses slogans qu’à sa stratégie de diffusion, conçue pour atteindre les Français au moment précis où ils font leurs choix. Déployée de juin à septembre 2026, elle combine une couverture nationale et un ancrage très concret dans les usages.
Le dispositif mobilise l’ensemble des canaux disponibles : réseaux sociaux et plateformes digitales, radio linéaire et audio numérique, vidéos en ligne, presse quotidienne régionale et presse nationale, avec notamment quatre demi-pages diffusées dans Le Parisien. L’élément le plus astucieux reste sans doute le partenariat avec Le Bon Coin. En s’intégrant directement sur une plateforme où les Français cherchent un logement, une voiture ou des équipements, l’État se place exactement au point de bascule, là où une décision d’achat se prend réellement plutôt que dans l’abstrait d’un spot télévisé.
Une plateforme unique pour regrouper toutes les aides
Pour transformer l’intérêt suscité en passage à l’acte, le Gouvernement a lancé un site servicielle dédié, electrifions-la-france.gouv.fr. L’enjeu est réel : jusqu’ici, la multiplication des dispositifs d’aide créait surtout de la confusion chez les particuliers comme chez les professionnels.
La plateforme rassemble désormais en un point d’entrée unique l’ensemble des aides gouvernementales, du leasing social automobile aux primes pour l’installation d’une pompe à chaleur, des ressources pédagogiques pour comprendre les enjeux de l’électrification, ainsi que des simulateurs annoncés prochainement pour évaluer la solution la plus adaptée à son logement ou à son activité. C’est une réponse directe à un frein bien connu du secteur : ce n’est pas tant le manque d’aides qui bloque les projets, mais la difficulté à les identifier et à savoir lesquelles cumuler.
France Rénov’ prend la route avec deux maisons mobiles
Au-delà du numérique, la campagne assume une dimension physique qui se veut inédite. De juin à octobre 2026, France Rénov’ lance un dispositif itinérant en 12 étapes : deux maisons mobiles en bois sillonnent le territoire pour aller à la rencontre directe des particuliers.
Ces espaces éphémères ont une vocation très concrète. Ils permettent de bénéficier de conseils personnalisés sur la rénovation énergétique de son logement, de poser ses questions à des experts et de découvrir les solutions adaptées à chaque projet. Cette approche de terrain comble un angle mort des campagnes purement digitales : beaucoup de ménages, notamment les plus âgés ou les moins connectés, ont besoin d’un interlocuteur humain pour franchir le pas d’une rénovation souvent perçue comme complexe et coûteuse.
Les entreprises appelées à devenir relais officiels
Le volet professionnel constitue l’autre pilier de l’opération. Intégrée à des événements majeurs comme Choose France et France 2030, la campagne ambitionne de fédérer les acteurs économiques autour du Plan Électrification, qui rassemble déjà 6 000 entreprises.
C’est ici qu’intervient un mécanisme particulièrement intéressant pour le secteur : l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé en parallèle. Le ministère de la Transition écologique invite médias, entreprises et associations à devenir partenaires officiels de la campagne, en relayant ses contenus via leurs propres canaux. Deux formats sont proposés. Le partenariat relai, où le partenaire diffuse tel quel le contenu produit par l’État, et le partenariat co-branding, où la campagne est conçue conjointement et porte les logos étatiques. Les partenaires retenus s’engagent sur une diffusion à portée nationale, ou à défaut sur une part substantielle du territoire, et bénéficient en échange d’une visibilité dans l’écosystème « Électrifions la France ». À noter : ces partenariats ne visent aucun caractère lucratif et le ministère ne participe pas aux frais de production ou de diffusion. La candidature s’effectue sur la page partenaires de l’État, jusqu’à fin 2026.
Pour un acteur du secteur des énergies renouvelables ou un média spécialisé, l’opportunité mérite d’être étudiée. Devenir relais officiel d’une campagne d’État permet d’associer son image à une démarche d’intérêt général, tout en gagnant en crédibilité auprès du grand public et des professionnels.
Une campagne qui marque un tournant dans la communication de l’État
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Au-delà de son sujet, « Électrifions la France » a une portée institutionnelle. Elle constitue la première traduction opérationnelle de la réforme de la communication de l’État, entrée en vigueur le 15 décembre 2025. Cette réforme vise à rendre la parole gouvernementale plus visible et plus lisible, en la concentrant sur quelques sujets interministériels majeurs plutôt qu’en la dispersant.
Pour cette opération, plusieurs ministères ont été mobilisés conjointement : Transition écologique, Économie et Finances, Aménagement du Territoire, Transports et Logement, sous l’impulsion du Service d’information du Gouvernement et du cabinet du Premier ministre. Cette coordination traduit une ambition assumée : faire de l’électrification non pas le dossier d’un ministère isolé, mais une priorité transversale de l’action publique. Reste désormais la véritable inconnue. Une campagne, aussi bien orchestrée soit-elle, suffira-t-elle à lever les freins concrets que sont le coût d’achat initial d’un véhicule électrique ou d’une pompe à chaleur, et les délais de raccordement au réseau qui s’allongent sous l’effet de la demande. La réponse se jouera moins dans les slogans que sur le terrain, dans les mois qui viennent.

