Les demandes MaPrimeRénov’ divisées par quatre, ce que ça change pour votre projet de travaux

Les chiffres publiés lundi 27 juillet par l'Agence nationale de l'habitat sont sans ambiguïté. Les dépôts de demandes MaPrimeRénov' pour une rénovation globale ont été divisés par quatre entre le premier semestre 2025 et les six premiers mois de 2026. En incluant les copropriétés, un peu plus de 20 000 dossiers de rénovation d'ampleur ont été déposés sur la période, contre 95 000 au premier semestre 2025. Hors copropriété, les dépôts n'ont jamais dépassé 2 500 dossiers mensuels, quand l'Anah en recevait 7 500 à 10 000 chaque mois un an plus tôt.

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Un propriétaire très modeste qui rénove sa maison aujourd’hui touche au mieux 32 000 euros d’aide, contre 63 000 euros avant la réforme. C’est cette division par deux du plafond, davantage que la complexité administrative, qui explique l’effondrement des demandes révélé lundi par l’Anah. Et pour ceux qui espéraient se rabattre sur un simple geste isolé, la fenêtre se referme au 1er septembre.

L’explication tient en deux temps. L’année a d’abord commencé à l’arrêt complet : zéro nouveau dossier en janvier et jusqu’à la mi-février, faute de vote du budget de l’État, le guichet n’ayant rouvert que le 23 février 2026. Puis, une fois le robinet réouvert, la demande n’est jamais revenue à son niveau antérieur. Valérie Mancret-Taylor, directrice générale de l’Anah, évoque auprès de l’AFP une dynamique plus faible liée à la baisse des montants de subvention et à l’attentisme provoqué par le plan d’électrification.

Ce que vous auriez touché en 2025 et ce que vous touchez aujourd’hui

Le point de bascule est arithmétique. Deux textes ont réduit l’aide en quelques mois : le décret du 8 septembre 2025 a supprimé le bonus de 10 % dit « sortie de passoire » et recentré le parcours accompagné sur les logements classés E, F ou G, puis le barème applicable au 1er janvier 2026 a abaissé les plafonds de dépenses éligibles.

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Rénovation d’ampleurBarème du 1er semestre 2025Barème applicable en 2026
Plafond de dépenses, gain de 2 classes40 000 € HT30 000 € HT
Plafond de dépenses, gain de 3 classes55 000 € HT40 000 € HT
Plafond de dépenses, gain de 4 classes70 000 € HTsupprimé
Bonus sortie de passoire+ 10 %supprimé
Taux, revenus très modestes80 %80 %
Taux, revenus modestes60 %60 %
Taux, revenus intermédiaires45 %45 %
Taux, revenus supérieurs10 %10 %
Aide maximale, ménage très modeste63 000 €32 000 €

Ce qui a changé, ce n’est donc pas le taux de prise en charge, resté identique, mais l’assiette sur laquelle il s’applique. Un ménage très modeste conserve ses 80 %, mais sur 40 000 euros de travaux au lieu de 70 000, et sans le bonus qui portait la prise en charge à 90 %. Le résultat mécanique est un reste à charge nettement plus lourd sur des chantiers dont le coût, lui, n’a pas baissé.

Un cas type : 8 500 euros d’aide en moins pour exactement les mêmes travaux

Prenons une maison individuelle de 110 m² classée F, avec un programme de travaux à 45 000 euros HT associant isolation de la toiture, isolation des murs, ventilation et remplacement d’une chaudière par une pompe à chaleur air-eau, pour un gain de trois classes au DPE. Le foyer relève de la catégorie très modeste, la plus aidée.

Avec le barème du premier semestre 2025, les dépenses retenues n’étaient pas plafonnées, puisque le seuil applicable pour un gain de trois classes atteignait 55 000 euros. La prise en charge à 80 %, majorée du bonus passoire de 10 %, portait l’aide à environ 40 500 euros, pour un reste à charge proche de 4 500 euros HT.

Avec le barème de 2026, les dépenses retenues sont ramenées à 40 000 euros, le bonus n’existe plus, et l’aide plafonne à 32 000 euros. Le reste à charge grimpe à 13 000 euros HT, soit près de trois fois plus pour un chantier strictement identique. Pour un ménage modeste au taux de 60 %, l’aide tombe à 24 000 euros et le reste à charge dépasse 21 000 euros HT.

C’est ce différentiel, et non un désintérêt soudain pour la rénovation, qui se lit dans les statistiques de l’Anah. Un foyer qui ne dispose pas de 13 000 euros d’apport ne dépose pas de dossier, quel que soit son niveau de motivation. L’éco-prêt à taux zéro, mobilisable jusqu’à 50 000 euros, reste le principal levier pour absorber cette différence, mais il suppose un accord bancaire que tous les profils n’obtiennent pas.

L’autre porte de sortie se referme le 1er septembre

Le point le plus urgent pour un propriétaire n’est pourtant pas dans le bilan de l’Anah. Il est dans un projet de décret présenté le 2 juillet au Conseil national de l’habitat, qui prévoit de retirer du parcours MaPrimeRénov’ par geste la quasi-totalité des travaux réalisés isolément à compter du 1er septembre 2026 : isolation des combles et des toitures, remplacement des fenêtres, ventilation, poêles à bois et à granulés, chauffe-eau solaire hors Outre-mer et chauffe-eau thermodynamique.

Ne resteraient finançables en geste isolé que la pompe à chaleur de chauffage, le raccordement à un réseau de chaleur, l’audit énergétique et la dépose d’une cuve à fioul. Le Conseil national de l’habitat a rendu un avis défavorable par 25 voix contre 6, mais cet avis est consultatif : le gouvernement peut publier les textes en l’état. Une précision décisive pour les lecteurs concernés : les règles applicables sont celles en vigueur à la date de dépôt du dossier. Un dossier complet déposé avant l’entrée en vigueur reste instruit selon les conditions actuelles, même si le chantier est réalisé plus tard.

Autrement dit, le propriétaire qui envisageait d’isoler ses combles ou de changer ses fenêtres sans engager une rénovation globale dispose d’environ cinq semaines pour déposer un dossier complet. Passé ce délai, si les textes sortent, ces travaux ne seront plus aidés qu’à l’intérieur d’un parcours de rénovation d’ampleur, avec accompagnateur obligatoire et gain minimal de deux classes DPE. Les certificats d’économies d’énergie, eux, restent mobilisables sur la plupart de ces gestes, sans condition de ressources.

À cela s’ajoute une seconde échéance à la même date : à compter du 1er septembre 2026, une rénovation d’ampleur financée par MaPrimeRénov’ dans une maison individuelle ne pourra plus conserver un chauffage au gaz après travaux. Les scénarios hybrides gaz plus pompe à chaleur sortent donc du champ des aides, dans la logique du plan d’électrification des usages présenté le 23 avril.

Six mois d’attente en moyenne, plus d’un an dans six départements

L’autre frein est le temps. Le délai moyen d’instruction national atteint six mois, mais il dépasse un an en Seine-Saint-Denis, dans le Val-de-Marne, en Seine-et-Marne, dans l’Yonne, en Saône-et-Loire et en Gironde. L’Anah attribue cet allongement au volume de dossiers et aux contrôles anti-fraude.

Le stock hérité de 2025 se résorbe malgré tout. Sur les 45 000 dossiers en attente fin 2025 hors copropriété, 40 % ont été traités, ramenant la file d’attente à 27 000 demandes. Au premier semestre, 41 409 ménages ont obtenu une subvention pour une rénovation globale, essentiellement sur des dossiers déposés en 2025 voire en 2024, et le cap des 500 000 logements aidés depuis le lancement du dispositif a été franchi.

Un chiffre mérite l’attention des futurs demandeurs : plus de 9 000 dossiers ont été rejetés sur la période, parce qu’ils étaient incomplets ou suspectés de fraude. Rapporté aux dépôts, le taux de rejet est loin d’être marginal. C’est l’argument le plus concret en faveur d’une préparation rigoureuse : devis d’entreprises RGE en cours de validité, DPE avant travaux, aucun devis signé avant l’accusé de réception de l’Anah, et vérification de l’identité réelle de l’interlocuteur commercial. Les démarchages agressifs se concentrent traditionnellement sur les périodes de changement de règles, et une échéance annoncée au 1er septembre en constitue une par définition.

Reste que les bénéficiaires qui vont au bout du parcours en sortent satisfaits : 91 % des bénéficiaires récents interrogés par l’Anah se déclarent satisfaits, dont 53 % très satisfaits. La difficulté du dispositif ne tient donc pas à son utilité, mais à son accessibilité financière et à son instabilité réglementaire.

Ce qu’il faut faire maintenant

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Pour un projet de geste isolé, la seule stratégie prudente consiste à déposer un dossier complet avant la publication du décret. Cela suppose de disposer d’un devis signé par un professionnel RGE et, selon les cas, d’un DPE à jour. Compte tenu des délais de rendez-vous chez les artisans en pleine saison, la contrainte réelle n’est pas la date du 1er septembre, mais le temps nécessaire pour réunir les pièces.

Pour un projet de rénovation d’ampleur, la démarche commence obligatoirement par un rendez-vous avec un conseiller France Rénov’, obligatoire avant tout dépôt depuis le 23 février 2026, puis par la désignation d’un Mon Accompagnateur Rénov’. Le calcul à faire en amont est simple : appliquer le taux correspondant à sa catégorie de revenus au plafond de 30 000 ou 40 000 euros selon le gain de classes visé, puis mesurer l’écart avec le devis réel. C’est ce montant, et non la prime affichée, qui détermine la faisabilité du projet.


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