Pourquoi les maisons françaises restent dix fois moins équipées en solaire que celles des Pays-Bas

Depuis le 5 juin 2026, la prime à l'autoconsommation a disparu et le tarif de rachat du surplus a été divisé par plus de dix. Pourtant, la France reste loin derrière ses voisins européens en solaire résidentiel. Deux mesures proposées dans le rapport Lévy-Tuot pourraient changer la donne pour les propriétaires qui hésitent encore à se lancer, à condition que le gouvernement les reprenne.

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Un retard qui ne s’explique pas par le soleil

La France compte aujourd’hui 1,24 million d’installations solaires résidentielles, soit un peu plus de 6 % des maisons équipées, contre 5,41 % un an plus tôt. C’est une progression réelle, puisque ce taux avait presque doublé en trois ans, passant de 3,26 % fin juin 2023 à son niveau actuel. Mais ce rythme reste très en deçà de celui de plusieurs voisins européens, selon une étude de Hello Watt.

PaysPart des maisons équipées en solaire
Pays-Bas58 %
Belgique39 %
Allemagne33 %
Espagne6,3 %
France6 %

La France affiche donc un taux d’équipement environ dix fois inférieur à celui des Pays-Bas, alors que son ensoleillement moyen est pourtant plus favorable. Le facteur déterminant n’est pas la météo, mais le prix de l’électricité au moment où le marché a démarré : quand l’électricité est chère, produire et consommer sa propre énergie devient immédiatement rentable, ce qui a porté le décollage néerlandais, belge et allemand. En France, l’électricité nucléaire est longtemps restée peu chère, ce qui a retardé l’intérêt des ménages pour l’autoconsommation, jusqu’à la crise énergétique de 2022.

Ce que la fin des dernières aides change concrètement pour votre projet

Le contexte a changé de manière brutale ces dernières semaines. Le 4 juin 2026, le gouvernement a officialisé deux décisions qui suppriment les derniers soutiens publics directs au solaire résidentiel : le tarif de rachat du surplus est passé de 4 à 1,1 centime d’euro par kilowattheure, et la prime à l’autoconsommation a été purement supprimée pour les nouvelles demandes de raccordement déposées à partir du 5 juin 2026, ce qui représentait jusqu’à 720 euros pour un projet de 9 kWc.

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Cette bascule ne rend pas le solaire non rentable. Le kilowattheure autoconsommé permet toujours d’éviter l’achat d’un kilowattheure sur le réseau, facturé environ 0,194 euro au tarif bleu EDF, soit près de vingt fois plus que le nouveau tarif de rachat. Le temps de retour sur investissement d’une installation de 6 kWc ne devrait ainsi augmenter que d’environ un an. Mais elle change la nature du calcul : sans prime au démarrage, la rentabilité repose désormais presque entièrement sur ce que le foyer consomme lui-même, ce qui remet sur la table deux leviers restés jusqu’ici à l’état de proposition.

Les deux mesures que le rapport Lévy-Tuot met en avant pour les particuliers

Remis au Premier ministre en avril 2026 par Jean-Bernard Lévy, président du Conseil français de l’énergie, et Thierry Tuot, conseiller d’État, le rapport sur l’optimisation du soutien public aux énergies renouvelables formule 45 recommandations. Deux d’entre elles concernent directement le budget des ménages qui envisagent une installation solaire.

Ouvrir l’éco-prêt à taux zéro au photovoltaïque résidentiel. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas : l’éco-PTZ finance des travaux qui réduisent la consommation de chauffage (isolation, pompe à chaleur, chauffe-eau solaire), mais il exclut explicitement les panneaux photovoltaïques, qui produisent de l’électricité plutôt que de la chaleur. Un foyer ne peut donc pas aujourd’hui financer sa seule installation photovoltaïque avec ce prêt sans intérêt, alors qu’il peut aller jusqu’à 50 000 euros sur 20 ans dans le cadre d’une rénovation globale. Le solaire est rentable pour la quasi-totalité des ménages, mais tous n’ont pas l’épargne nécessaire pour avancer les 8 000 à 12 000 euros d’une installation de 6 kWc. Intégrer le photovoltaïque à l’éco-PTZ permettrait de lever ce verrou, tout en profitant du filtre bancaire de l’éco-PTZ, qui vérifie les certifications et les assurances des installateurs, un outil de lutte contre l’éco-délinquance.

Étendre la TVA réduite à 5,5 % aux batteries de stockage. Depuis le 1er octobre 2025, l’arrêté du 8 septembre 2025 permet à une installation photovoltaïque de moins de 9 kWc de bénéficier d’une TVA à 5,5 %, à condition notamment qu’elle intègre un système de gestion intelligente de l’énergie. Mais cette TVA réduite ne s’applique pas aux batteries, qui restent taxées à 20 %, même lorsqu’elles sont installées avec des panneaux éligibles au taux réduit. Le devis doit alors distinguer deux lignes de TVA différentes. Le rapport Lévy-Tuot pointe l’incohérence : une batterie augmente le taux d’autoconsommation, donc la rentabilité du projet, ce qui va exactement dans le sens visé par la baisse de TVA sur les panneaux.

Combien cela représenterait pour une batterie type

Aucune de ces deux mesures n’est encore appliquée, elles restent au stade de proposition. Mais il est possible de chiffrer ce que représenterait la seconde. Une batterie résidentielle de 5 kWh, capacité courante pour accompagner une installation de 6 kWc, coûte aujourd’hui entre 3 500 et 6 000 euros installation comprise, TVA à 20 % incluse.

Batterie 5 kWh à 20 % de TVA (situation actuelle)Batterie 5 kWh à 5,5 % de TVA (mesure proposée)
Prix hors taxes3 958 €3 958 €
TVA appliquée792 €218 €
Prix TTC4 750 €4 176 €
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Selon une estimation ECOinfos fondée sur un prix médian de marché de 4 750 euros TTC, faire basculer la batterie sur le taux réduit ferait économiser environ 575 euros, soit une baisse d’environ 12 % sur ce seul poste de dépense. Sur une installation avec batterie facturée autour de 15 000 à 18 000 euros au total, ce n’est pas négligeable, mais cela ne suffirait pas à lui seul à compenser la disparition de la prime à l’autoconsommation. C’est bien la combinaison des deux mesures, éco-PTZ et TVA batterie, que le rapport présente comme complémentaire pour redonner de l’air aux ménages.

Les départements où le solaire progresse déjà le plus vite

Le retard français masque de fortes disparités locales. Les départements les plus équipés ne sont pas tous dans le Sud : les Landes (12,75 %), la Drôme (12,14 %), le Gard (11,87 %), la Haute-Garonne (11,61 %), l’Isère (11,44 %), la Loire (10,89 %), les Pyrénées-Orientales (10,78 %) et le Rhône (10,61 %) arrivent en tête, selon Hello Watt. La présence de l’Isère, de la Loire et du Rhône dans ce classement montre que l’ensoleillement n’explique pas tout : un parc important de maisons individuelles, des revenus élevés dans les zones périurbaines de Lyon ou Grenoble, et des besoins de climatisation en journée jouent aussi un rôle. Les progressions les plus rapides sont observées dans des départements moins attendus, comme la Creuse, l’Ain, les Vosges, le Vaucluse et la Meuse, ce qui confirme que la dynamique gagne désormais des territoires aux profils très variés, notamment dans le nord-est du pays.


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