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Si votre mairie, votre bailleur ou une coopérative locale vous propose de rejoindre une opération d’autoconsommation collective, une partie de votre électricité peut désormais être facturée sans accise et à un prix fixé localement, souvent inférieur à celui de votre fournisseur. Ce modèle, qui partage la production d’installations renouvelables entre voisins via le réseau public, vient de franchir un cap : le nombre de participants a plus que doublé entre septembre 2025 et septembre 2026, d’après les données ouvertes d’Enedis compilées par le spécialiste Enogrid.
Douze mois de croissance passés au crible
Tous les compteurs de la filière ont été multipliés par deux, ou presque. La puissance raccordée progresse le plus vite, signe que les opérations dépassent désormais les quelques panneaux posés sur un toit municipal.

Rapportés au nombre d’opérations, ces volumes montrent aussi que les boucles locales grossissent. Une opération type réunit une dizaine de consommateurs et un à deux producteurs, pour une puissance moyenne d’environ 165 kVA, contre 141 kVA un an plus tôt.
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| Profil moyen d’une opération | Septembre 2025 | Septembre 2026 |
|---|---|---|
| Participants | 10,8 | 11,4 |
| Consommateurs | 9,3 | 9,9 |
| Puissance moyenne | 141 kVA | 165 kVA |
Calculs ECOinfos à partir des données Enedis.
Le rythme ne retombe pas. Sur les quatre derniers trimestres, la filière a ajouté successivement 282, 320, 331 puis 344 opérations actives, soit près de quatre nouvelles boucles locales mises en service chaque jour entre juin et septembre 2026. Ce trimestre a aussi vu arriver 4 260 participants supplémentaires, dont 3 782 consommateurs, et 50,9 MVA de puissance.
Ce que ça change concrètement sur votre facture
Pour le consommateur, le fonctionnement reste simple. Vous gardez votre compteur Linky et votre fournisseur, qui prend le relais quand le soleil ne suffit pas. La part produite localement et affectée à votre foyer est facturée au prix prévu dans la convention de l’opération. Vous payez toujours le réseau (TURPE) sur ces kilowattheures, mais pas l’accise sur l’électricité, ramenée à 0 €/MWh pour les installations de moins de 1 MW. Ce régime court depuis le 1er mars 2025, et le Conseil d’État l’a sécurisé en mars 2026 en annulant un rescrit fiscal qui le contestait. L’accise normale atteint 30,85 €/MWh pour les ménages depuis février 2026.
Pour mesurer l’effet réel, ECOinfos a construit un cas type : un foyer en option Base 6 kVA consommant 4 500 kWh par an, soit une facture d’environ 1 091 € au tarif réglementé (kWh à 20,01 centimes TTC depuis le 1er août 2026, abonnement de 190,32 € par an). On suppose que l’opération couvre 30 % de sa consommation, un ordre de grandeur plausible pour une production solaire de journée.
| Scénario pour 1 350 kWh partagés | Économie annuelle | Part de la facture |
|---|---|---|
| Prix local égal à la part énergie du fournisseur, seule l’accise disparaît | environ 50 € | 4,6 % |
| Prix local inférieur de 2 c€ HT par kWh | environ 82 € | 7,6 % |
| Prix local inférieur de 4 c€ HT par kWh | environ 115 € | 10,5 % |
Estimations ECOinfos, TVA à 20 % incluse.
Autrement dit, l’autoconsommation collective ne divise pas la facture, mais elle peut l’alléger de 5 à 10 %, avec un atout moins visible : le prix des kilowattheures partagés est défini localement et ne suit pas automatiquement les soubresauts des marchés de gros. Un foyer qui consomme davantage en journée, en télétravail par exemple, profite mieux de la production solaire et augmente son économie.
Qui lance ces projets, et comment y participer
Les collectivités tiennent le premier rôle. Au 31 mars 2026, Enedis indiquait que 43 % des opérations étaient portées par des communes ou des intercommunalités. Environ la moitié sont des opérations dites ouvertes, accessibles aux particuliers et aux entreprises du secteur, le reste relevant d’opérations sociales menées par des bailleurs avec leurs locataires.
La distance décide souvent si votre logement peut entrer dans une opération. Par défaut, les participants les plus éloignés doivent se trouver à moins de 2 km les uns des autres. Une dérogation étend ce périmètre à 10 km en zone périurbaine et à 20 km en zone rurale, limite également applicable lorsqu’un service d’incendie et de secours participe. La puissance cumulée doit rester sous 5 MW, ou 10 MW pour certaines opérations intercommunales. Les règles de répartition de l’énergie entre participants ont par ailleurs été revues par un décret du 26 juin 2026.
La porte d’entrée la plus fréquente reste la mairie ou l’intercommunalité, suivie des bailleurs sociaux et des coopératives citoyennes. Avant de signer, lisez attentivement la convention : prix du kWh partagé, durée d’engagement et conditions de sortie y sont fixés, et ce sont eux qui feront la différence sur votre budget.
Une filière qui passe du test au déploiement
Côté professionnels, la bascule est nette. « Le défi n’est plus de convaincre, mais de déployer », résume Rémi Bastien, cofondateur d’Enogrid, entreprise dédiée exclusivement à ce modèle depuis 2018. Chez Tecsol, bureau d’études qui accompagne un nombre croissant de collectivités, Alexandra Batlle, secrétaire générale, observe que les élus y voient un moyen de protéger les factures publiques d’une forte volatilité des prix tout en reprenant la main sur l’énergie de leur territoire.
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Il faut toutefois garder la mesure. Avec moins de 26 000 consommateurs, l’autoconsommation collective concerne encore moins d’un client Enedis sur mille. Si le rythme actuel d’environ 1 300 nouvelles opérations par an se maintient, la France pourrait approcher 3 900 opérations actives en septembre 2027. De quoi laisser une large place aux projets encore à imaginer à l’échelle d’un quartier ou d’un village.

