Hydroliennes : le pari normand du Raz Blanchard a-t-il enfin une chance d’aboutir ?

Deux fermes pilotes d'hydroliennes patientent depuis des mois dans les cartons administratifs, alors qu'elles devraient exploiter l'un des courants marins les plus puissants d'Europe au large de la Normandie. Flowatt et NH1 ont beau avoir décroché leurs permis et leurs subventions, un dernier verrou réglementaire les empêche toujours de passer à la construction. Mais la situation pourrait enfin se débloquer dans les prochains mois.

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Le Raz Blanchard, un gisement d’exception resté sous-exploité

Entre le Cap de la Hague et l’île anglo-normande d’Aurigny, le Raz Blanchard concentre des courants de marée parmi les plus puissants au monde. Le potentiel du site est colossal : sur les 5 GW de gisement hydrolien identifiés en France, 4 GW se trouvent rien que dans ce détroit, de quoi alimenter plusieurs millions de foyers si la filière parvenait un jour à s’y déployer pleinement.

Ce potentiel n’a rien d’une découverte récente. Dès le début des années 2010, les premiers démonstrateurs avaient déjà jeté l’ancre dans ce même détroit, portés par des noms aujourd’hui disparus du paysage industriel français, comme Naval Energies ou Alstom. Mais aucun de ces projets pionniers n’avait réussi à dépasser le stade expérimental, faute de financement suffisant ou de débouché commercial clair.

2026 devait justement marquer un tournant pour l’hydrolien français. La troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), publiée il y a huit mois, inscrivait un appel d’offres de 250 MW spécifiquement dédié au Raz Blanchard. Un signal fort pour une filière qui peine à décoller depuis plus d’une décennie, malgré un potentiel maintes fois salué par les experts du secteur.

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Deux projets, deux technologies, une même attente

Sur le terrain, deux projets pilotes concrets se disputent la vedette dans le Raz Blanchard. NH1, porté par Normandie Hydroliennes, mise sur 4 hydroliennes AR3000 immergées à 38 mètres de profondeur, pour une puissance totale de 12 MW et une production annuelle estimée à 34 GWh. Flowatt, développé par HydroQuest, Qair et le chantier naval CMN, retient quant à lui 6 hydroliennes HQ 2.8 à axe vertical, fabriquées à Cherbourg, pour 17 MW de puissance et environ 41 GWh produits chaque année.

Concrètement, une hydrolienne fonctionne un peu comme une éolienne immergée : ses pales tournent sous l’effet du courant de marée, qui alterne de sens plusieurs fois par jour, et entraînent un générateur qui produit de l’électricité. L’avantage par rapport à l’éolien terrestre ou offshore : l’eau étant bien plus dense que l’air, un courant marin modéré suffit à générer une énergie comparable à celle d’un vent beaucoup plus fort.

Les deux projets ont déjà obtenu leurs autorisations environnementales et leurs financements, notamment plusieurs dizaines de millions d’euros via le Fonds pour l’innovation européen, dont 31,3 millions d’euros pour le seul projet NH1. Mais il leur manque encore l’arrêté tarifaire qui fixera le prix de rachat de leur électricité, un sésame indispensable pour lancer les travaux, et qui se fait attendre depuis maintenant six mois. Le gouvernement s’apprêterait toutefois à notifier la Commission européenne des dispositifs de soutien envisagés, une étape obligatoire avant toute publication d’arrêté. Si ce calendrier se confirme, les textes pourraient sortir début 2027, pour une mise en service espérée courant 2028.

Pourquoi l’hydrolien peine à décoller en France ?

Cette attente n’a rien d’une anecdote isolée. Depuis les premiers essais pilotes du début des années 2010 dans ce même Raz Blanchard, plusieurs projets ont été lancés puis abandonnés ou considérablement retardés, entre difficultés techniques liées à l’environnement marin hostile et lenteurs administratives récurrentes. Le prix de rachat envisagé pour l’électricité de Flowatt et NH1, autour de 300 €/MWh, illustre également le chemin qu’il reste à parcourir pour que cette technologie devienne compétitive face au solaire ou à l’éolien.

Pour les porteurs de projet, l’enjeu dépasse toutefois la seule question industrielle. Plusieurs milliers d’emplois pourraient être créés le long de la filière si ces deux fermes pilotes parviennent enfin à sortir de terre, de la fabrication des turbines à leur maintenance en passant par leur installation en mer.

Une énergie prévisible qui pourrait compléter solaire et éolien

L’hydrolien conserve malgré tout un atout que ni le solaire ni l’éolien ne peuvent revendiquer : sa parfaite prévisibilité. Contrairement au vent ou au soleil, les marées suivent un cycle connu à l’avance, des années à l’avance même, ce qui permettrait aux gestionnaires du réseau électrique d’anticiper très précisément la production disponible à tout moment, heure par heure. Un atout non négligeable à l’heure où la France cherche justement à sécuriser son mix électrique face à l’intermittence croissante du solaire et de l’éolien, deux filières appelées à continuer de grandir dans les années à venir.

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Avec seulement 29 MW cumulés pour l’instant entre NH1 et Flowatt, l’hydrolien français reste évidemment loin de tenir toutes ses promesses. Mais si ces deux fermes pilotes parviennent enfin à voir le jour d’ici 2028, elles pourraient ouvrir la voie à une exploitation bien plus vaste d’un gisement qui n’attend, au fond, que l’autorisation de livrer son énergie.


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