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Ce que dit l’ASNR sur l’avenir des réacteurs français
L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a publié, le 22 octobre 2026, un projet d’avis technique consacré à la possibilité d’exploiter les réacteurs d’EDF au-delà de 60 ans. Un document attendu de longue date, dans un contexte où le parc français vieillit à grande vitesse.
Attention toutefois à ne pas sur-interpréter cette prise de position : il ne s’agit en aucun cas d’une autorisation de prolongation, ni d’une garantie que l’ensemble des réacteurs pourra atteindre cet âge avancé. L’ASNR pose simplement un diagnostic d’étape, qu’elle complétera au fil des années grâce à de nouveaux essais et études demandés à l’exploitant.
Ce n’est pas la première fois que l’Autorité se prononce sur l’allongement de la durée de vie du parc. Des avis rendus en 2021 et en 2025 avaient déjà validé le passage de 40 à 50 ans pour une large partie des réacteurs. Mais le cap des 80 ans change radicalement d’échelle, et soulève des questions techniques inédites sur des équipements jamais conçus pour fonctionner aussi longtemps.
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Dix cuves encore à justifier : le point de blocage technique
C’est l’élément le plus concret de ce projet d’avis : selon l’ASNR, les méthodes de démonstration de sûreté actuellement disponibles ne permettent pas, en l’état, de justifier une exploitation jusqu’à 80 ans pour une dizaine de cuves du parc. L’Autorité juge ces pistes de justification recevables sur le principe, mais exige des essais représentatifs supplémentaires pour valider les modèles utilisés par EDF.
Les cuves ne sont pas les seules concernées. Plusieurs composants difficilement remplaçables sont également sous surveillance, à commencer par certains coudes de tuyauterie du circuit primaire et les structures en béton irradiées qui soutiennent les cuves des réacteurs les plus anciens, de type 900 mégawatts. Pour ces derniers, EDF doit encore compléter ses études avant toute validation définitive.
Au cœur de ces vérifications se trouve le vieillissement des matériaux, soumis pendant des décennies à l’irradiation et aux contraintes thermiques. L’enjeu est de s’assurer que ces pièces, impossibles ou extrêmement coûteuses à remplacer, conserveront des marges de sécurité suffisantes bien au-delà de ce qui était anticipé lors de la conception des centrales dans les années 1970 et 1980.
Pourquoi la France mise sur la prolongation plutôt que sur de nouveaux EPR ?
Cette stratégie de prolongation répond avant tout à une urgence calendaire. Le parc nucléaire français compte 56 réacteurs, mis en service sur une période resserrée d’une quinzaine d’années dans les années 1980. Sans prolongation, la France s’exposerait à une vague d’arrêts définitifs concentrée sur une courte période, avec un impact direct sur la sécurité d’approvisionnement électrique du pays.
Les six nouveaux réacteurs EPR2 annoncés par l’État n’entreront en service qu’à partir des années 2040, et ne pourraient remplacer qu’une partie des réacteurs actuellement menacés d’arrêt. Miser sur la prolongation du parc existant apparaît donc, pour les pouvoirs publics, comme la solution la plus rapide et la plus économique pour éviter un trou de production dans les prochaines décennies.
Construire un nouveau réacteur prend en effet plus d’une décennie et mobilise des investissements colossaux, alors qu’une prolongation, même coûteuse en travaux de maintenance et de remise aux normes, reste nettement plus abordable. C’est tout l’enjeu de cet équilibre entre sûreté, calendrier industriel et maîtrise des coûts que doit désormais arbitrer la France.
Ce que cela signifie pour les Français
Concrètement, rien ne change à court terme pour les usagers. Chaque réacteur continuera d’être soumis à des réexamens périodiques approfondis, menés environ tous les dix ans, qui conditionnent la poursuite ou non de son exploitation. La vigilance de l’ASNR reste donc permanente, bien au-delà de ce simple projet d’avis.
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Le public est d’ailleurs invité à participer à la consultation ouverte par l’Autorité, qui se poursuit jusqu’au 2 décembre 2026. Un avis plus abouti et généralisé sur la prolongation au-delà de 60 ans n’est quant à lui attendu que d’ici 2035, une fois les études complémentaires sur les cuves et les autres composants sensibles menées à leur terme.
Pour les Français, l’enjeu dépasse la seule question technique. De cette prolongation dépendent à la fois la stabilité du mix électrique national et, indirectement, l’évolution des prix de l’électricité dans les années à venir. Un parc nucléaire capable de fonctionner plus longtemps limite en effet le recours à des moyens de production plus coûteux ou plus volatils, dans un contexte où la demande électrique devrait continuer à croître avec l’essor des véhicules électriques et des pompes à chaleur.

