En moins de quinze mois, trois incendies ont éclaté sur les toitures solarisées de collèges gersois. Le dernier, survenu le 5 juin 2026 à Samatan, a contraint l’évacuation de 400 élèves en plein milieu de journée. Faute de diagnostic clair sur l’origine des sinistres, le Conseil départemental a pris une décision radicale : débrancher, couvrir sous bâche, puis déposer l’ensemble des panneaux photovoltaïques de ses neuf établissements scolaires. Une mesure de précaution inédite, qui soulève des questions importantes sur la sécurité des installations en toiture et sur la responsabilité des opérateurs.
VENDREDI 5 JUIN 2026, 13H20 : LE FEU PREND EN PLEINE JOURNÉE DE CLASSE
C’est à l’heure du déjeuner que l’alarme retentit au collège François-de-Belleforest, à Samatan, dans le Gers. Une épaisse fumée noire s’échappe de la toiture, là où les panneaux photovoltaïques de la société SunTrack sont installés depuis plusieurs années. L’évacuation est déclenchée immédiatement, dans le calme, conformément aux procédures de l’établissement. En quelques minutes, 400 élèves et membres du personnel sont mis à l’abri.
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Les sapeurs-pompiers interviennent rapidement et maîtrisent le sinistre avant toute propagation au reste du bâtiment. Les premiers constats du Département pointent vers une surchauffe des modules photovoltaïques, ayant enflammé l’isolant de la toiture. Ce qui rend l’incident particulièrement troublant : les panneaux venaient d’être contrôlés techniquement deux jours auparavant, avec un résultat jugé satisfaisant.
UNE SÉRIE D’INCIDENTS QUI NE PEUT PLUS ÊTRE IGNORÉE
Ce n’est pas un fait isolé. L’incendie de Samatan s’inscrit dans une séquence alarmante qui touche les collèges gersois depuis le printemps 2025.
| Date | Établissement | Incident |
|---|---|---|
| Avril 2025 | Collège Hubert-Reeves, Fleurance | Premier départ de feu sur la toiture solarisée |
| Juillet 2025 | Collège Hubert-Reeves, Fleurance | Second incendie, 500 m² de toiture détruits |
| 5 juin 2026 | Collège François-de-Belleforest, Samatan | Troisième incendie, 400 élèves et personnels évacués |
Après les deux incendies de Fleurance à l’été 2025, le Département avait pourtant commandé une campagne de contrôle de l’ensemble de ses installations photovoltaïques. Ces vérifications n’ont manifestement pas permis d’identifier le problème à temps, puisque les panneaux de Samatan ont brûlé moins d’un an plus tard, et deux jours seulement après un contrôle favorable.
LA DÉCISION DU DÉPARTEMENT : COUPER, COUVRIR, DÉPOSER
Le lundi suivant l’incendie, le Conseil départemental du Gers a annoncé une mesure sans précédent : le débranchement immédiat de l’ensemble des panneaux photovoltaïques installés sur les toitures de ses collèges. Neuf établissements sont concernés, dont ceux d’Aignan, d’Auch-Mathalin, de Miélan, de Plaisance, de Riscle et de Condom.
Jérôme Samalens, vice-président chargé de l’éducation et des collèges, résume l’impasse dans laquelle se trouve la collectivité : « on n’a pas un début de diagnostic pour essayer de mettre en place des mesures correctives », ce qui rend impossible toute action corrective ciblée. Le principe de précaution s’impose donc.
Le simple débranchement ne suffit pas à neutraliser le risque, notamment en cas d’exposition solaire résiduelle. Les panneaux seront donc également mis sous bâche pour bloquer tout fonctionnement. En parallèle, les sapeurs-pompiers du SDIS seront mobilisés jusqu’aux vacances scolaires pour surveiller les installations et garantir une capacité d’intervention immédiate sur chaque site.
UN CHANTIER COÛTEUX, DES QUESTIONS QUI RESTENT OUVERTES
Le débranchement et la mise sous bâche ne sont qu’une première étape. Le Département a confirmé que le démontage des panneaux est prévu, sans qu’un calendrier précis soit encore arrêté. L’élu est clair sur un point : « cette génération-là de panneaux va être retirée », quitte à repartir sur d’autres technologies ou d’autres opérateurs à terme.
Ce chantier soulève plusieurs enjeux concrets qui resteront à trancher dans les prochains mois.
- La dépose des panneaux impliquera une reprise des zones de toiture concernées, potentiellement endommagées par les sinistres ou par les années d’installation, ce qui peut représenter des travaux importants sur plusieurs établissements.
- Le coût total de l’opération reste difficile à chiffrer à ce stade, mais il sera significatif compte tenu du nombre d’établissements et de la superficie des toitures concernées.
- La question de la responsabilité est centrale : les panneaux appartiennent à la société SunTrack, ce qui ouvre un dossier contentieux entre le Département, l’opérateur et leurs assureurs respectifs. La charge financière finale dépendra des conclusions des expertises et des positions des compagnies d’assurance.
- Si le Département souhaite un jour revenir au photovoltaïque sur ses collèges, il devra s’assurer que les nouvelles installations offrent des garanties de sécurité bien supérieures, notamment en matière de surveillance thermique des modules et de compatibilité avec les systèmes d’isolation.
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