Ce que risque les propriétaires après l’incendie d’un parc solaire dans les Landes

Parti mercredi 16 septembre d'une centrale photovoltaïque de Lüe, un feu a brûlé 190 hectares de forêt en une après-midi dans le nord des Landes. Si votre maison jouxte les pins, l'épisode vous concerne : la bande débroussaillée de 50 mètres imposée aux centrales solaires s'applique aussi à votre terrain, et un défaut d'entretien peut coûter plusieurs dizaines de milliers d'euros.

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Si vous habitez en lisière de la forêt landaise, ce feu est un avertissement très concret. La végétation autour de votre maison obéit à la même obligation que celle qui entoure une centrale solaire, et la négliger expose à des sanctions lourdes bien avant l’arrivée des flammes. Cet été, dans les Pyrénées-Orientales, cette règle avait justement sauvé une centrale.

Un feu parti d’une centrale, 190 hectares brûlés en une après-midi

Mercredi 16 septembre, vers 14 heures, un feu se déclare dans une ferme photovoltaïque de la commune de Lüe. Poussé par le vent vers le sud-est, il gagne rapidement la forêt de pins, entre l’autoroute A63 et la voie ferrée qui longe Labouheyre. Les pompiers jugent la situation « très défavorable », avec des lignes à haute tension de 63 000 volts, l’autoroute et le rail à proximité.

La préfecture engage jusqu’à 250 sapeurs-pompiers et 14 moyens aériens, dont quatre Canadair et quatre Dash, soit la moitié de la flotte aérienne disponible ce jour-là en France. Le feu est déclaré fixé vers 21 h 45, après avoir parcouru 190 hectares, contre 150 annoncés une heure plus tôt. Quatre pompiers ont été légèrement blessés, deux maisons menacées ont été protégées et deux sites industriels du bois classés Seveso ont reçu des flammèches, sans s’embraser. Jeudi, le trafic ferroviaire restait perturbé au sud de Bordeaux.

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Détail qui compte pour les habitants : le niveau de risque incendie était orange mardi, mais seulement jaune, soit « moyen », le jour du départ de feu. Après les feux de Biscarrosse fin juillet et de Luglon mi-août, le massif landais reste si sec qu’une vigilance modérée ne suffit plus à écarter un feu violent.

Une origine qui reste à établir

À ce stade, ni la cause exacte du départ de feu ni l’identité de l’exploitant du parc n’ont été communiquées par les autorités dans les informations que nous avons consultées. Une enquête doit déterminer ce qui s’est passé. Il serait prématuré d’incriminer les panneaux : un départ de feu dans un parc peut avoir de multiples origines.

L’État a déjà posé le cadre. Dans une réponse publiée à l’Assemblée nationale, le gouvernement indiquait que les incendies touchant des centrales au sol tiennent le plus souvent à un défaut d’entretien, notamment au non-respect des obligations légales de débroussaillement, et que les arrêtés préfectoraux peuvent imposer une bande débroussaillée de 50 mètres autour des parcs, aux frais de l’exploitant. Bien entretenu, un parc solaire forme au contraire une zone ouverte et surveillée au cœur du massif.

Cet été, la même règle avait fait la différence à Ille-sur-Têt

Le contraste avec les Pyrénées-Orientales est frappant. Début juillet, un incendie de près de 4 500 hectares avait encerclé la centrale Luxel d’Ille-sur-Têt. Grâce à sa bande de 50 mètres débroussaillée en permanence, le site n’avait perdu qu’une centaine de panneaux sur 43 500, soit 0,2 % de l’installation. Nous avions détaillé ce cas dans notre article sur la règle qui a sauvé cette centrale solaire et qui s’applique aussi chez vous.

À Ille-sur-Têt, le feu venait de l’extérieur et s’est arrêté à la bande. À Lüe, il est parti de l’intérieur et s’est échappé vers la forêt. Dans les deux cas, c’est la continuité de la végétation qui décide de la suite.

Ce que la règle des 50 mètres représente autour de votre maison

Le Code forestier impose aux propriétaires situés en zone exposée, ce qui est le cas du massif landais, de débroussailler sur 50 mètres autour de leur habitation, y compris au-delà des limites de leur terrain. Le maire peut porter cette distance à 100 mètres. Concrètement, pour une maison de 100 mètres carrés au sol, la zone à entretenir approche un hectare, soit près de 10 000 mètres carrés, souvent en partie chez le voisin.

C’est là que l’addition peut grimper. L’amende administrative peut atteindre 50 euros par mètre carré non débroussaillé. Le tableau ci-dessous en donne l’ordre de grandeur.

Surface laissée en l’étatAmende administrative maximale théorique
100 m² (un coin de terrain)5 000 €
500 m² (un fond de parcelle)25 000 €
1 000 m² (10 % de la zone)50 000 €

S’y ajoutent une amende pénale de 1 500 euros, et jusqu’à 15 000 euros et un an d’emprisonnement si le défaut de débroussaillement a contribué à détruire le bien d’autrui. Depuis 2025, vendeurs et bailleurs doivent aussi indiquer le statut du bien au regard de cette obligation dès l’annonce immobilière.

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Pour les riverains sinistrés, selon l’analyse publiée par le cabinet de l’avocat Reda Kohen, le détenteur du lieu où naît un incendie n’est pas responsable de plein droit au titre de l’article 1242 du Code civil : la victime doit prouver une faute, par exemple un défaut d’entretien ou de débroussaillement. Le cabinet évoque aussi la piste du trouble anormal de voisinage et recommande de déclarer le sinistre rapidement à son assureur, avec un état des pertes daté. Ces éléments ne remplacent pas un conseil juridique personnalisé.


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