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Invitée d’honneur du conseil d’administration puis de l’assemblée générale du SER, Maud Bregeon était attendue avec des annonces concrètes par une filière solaire qui réclame depuis des mois de la visibilité. Le résultat a douché les espoirs. Sur LinkedIn, le président du SER Jules Nyssen, tout en saluant l’ouverture au dialogue de la ministre, n’a pas masqué sa déception. Pour lui, l’année 2026 se limitera à un unique appel d’offres « neutre », c’est-à-dire ouvert à toutes les technologies de production plutôt que réservé au photovoltaïque. Seule évolution notable qu’il met au crédit du gouvernement : cet appel d’offres intégrera désormais des installations hybrides couplant panneaux solaires et stockage, une demande de longue date du secteur.
Un appel d’offres « super neutre » qui laisse le solaire dans le flou pour 2027
C’est la suite qui inquiète le plus les professionnels. Pour 2027, le gouvernement n’évoque à ce stade qu’un appel d’offres PV qualifié de « super neutre », dont personne ne sait précisément comment il traitera le solaire. Autrement dit, le photovoltaïque devra se battre à armes égales avec d’autres filières, sans mécanisme dédié garantissant un volume de projets.
Jules Nyssen souligne un problème de calendrier qui aggrave l’affaire. 2027 étant une année présidentielle, la période qui s’ouvrira au printemps sera, selon lui, peu propice au lancement de nouveaux appels d’offres, quelle que soit l’issue politique du scrutin. La filière plaide donc pour anticiper dès maintenant, faute de quoi elle redoute une longue traversée du désert. Un appel d’offres neutre, par nature, ne donne aucune assurance sur le nombre de projets solaires qui seront effectivement retenus, ce qui rend toute planification industrielle et commerciale très difficile pour les entreprises du secteur.
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Une filière déjà fragilisée avant l’annonce
Le contexte rend ces déclarations d’autant plus sensibles. Depuis plusieurs mois, le SER et Enerplan, le syndicat des professionnels du solaire, dénoncent d’une seule voix ce qu’ils qualifient de « quasi-moratoire » sur le photovoltaïque. Trois appels d’offres avaient été lancés après la publication de la PPE3, mais la filière n’avait plus aucune visibilité au-delà de l’été 2026.
À cette incertitude s’ajoute la réforme du cadre tarifaire, l’arrêté S21, entrée en application en juin. Elle a supprimé la prime à l’autoconsommation et fait chuter le tarif de rachat du surplus à environ 11 €/MWh pour les petites installations, réduisant fortement l’intérêt économique du solaire résidentiel. Du côté de l’emploi, le président d’Enerplan Daniel Bour avait alerté au printemps sur des plans sociaux en cours et sur près d’un tiers des emplois de la filière menacés, un chiffre qui relève de son estimation syndicale et n’a pas fait l’objet d’un décompte indépendant.
Ce climat tranche avec la dynamique récente du solaire français. La puissance photovoltaïque raccordée approche désormais 32 GW, et le solaire a représenté près de 6 % du mix électrique métropolitain en 2025, avec une production de 32,9 TWh, en hausse de 8,1 TWh sur un an selon le bilan électrique de RTE. Après le nucléaire, c’est la filière qui a le plus progressé en valeur absolue, ce qui nourrit le sentiment d’un paradoxe : le pays veut électrifier ses usages et attirer des industries énergivores, mais n’offre pas de trajectoire claire à la source d’électricité la plus rapide à déployer.
Enerplan monte au créneau à la veille de son assemblée générale
L’intervention de la ministre tombe à un moment délicat pour Enerplan, dont l’assemblée générale se tient le 9 juillet 2026. La vice-présidente Laetitia Brottier a réagi vivement, jugeant la perspective catastrophique pour les projets à taille humaine s’il ne restait plus que des appels d’offres neutres à programmer d’ici à la présidentielle. Elle a toutefois émis l’hypothèse d’un malentendu, espérant que les propos de la ministre aient été surinterprétés.
Le vice-président émérite André Joffre a résumé le désarroi du secteur par une question directe : que dire aux adhérents réunis le 9 juillet ? Le titre initial de la dépêche Tecsol jouait d’ailleurs sur l’éclipse solaire attendue le 12 août 2026 pour souligner l’ironie de la situation. La formule est habile, mais la réalité que redoutent les professionnels dépasse largement un phénomène astronomique de quelques minutes : c’est une visibilité réduite sur près de deux ans qui est en jeu.
Ce que la filière attend concrètement
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Au-delà des déclarations, les demandes du secteur restent constantes et précises. Elles portent sur trois volets principaux :
- un calendrier daté et des volumes clairs pour les prochains appels d’offres, cohérents avec les objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie
- un traitement spécifique et lisible du solaire au sein des appels d’offres neutres, afin que la filière ne devienne pas une simple variable d’ajustement
- un soutien maintenu à l’autoconsommation et à la place du stockage, après le recul opéré par l’arrêté S21
Pour l’instant, le dialogue est ouvert mais les engagements manquent. La rencontre du 17 juin entre la ministre et les représentants de la filière avait déjà abouti au même constat : une écoute réelle, mais aucune décision ferme. L’assemblée générale du SER n’a pas inversé la tendance. Reste à savoir si l’exécutif transformera ces échanges en volumes concrets avant que le calendrier politique ne referme la fenêtre.

