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Le régulateur a rejoué la crise de 2022 avec le parc d’aujourd’hui
Dans sa note de septembre 2026 consacrée à l’économie du système électrique français, la Commission de régulation de l’énergie ne s’est pas contentée d’établir un bilan. Elle a construit un modèle d’équilibre offre-demande au pas horaire, puis rejoué l’année 2025 en y injectant les chocs de 2022, avec la même consommation et les mêmes moyens de flexibilité qu’aujourd’hui.
Trois conjonctures ont été testées. La première reproduit un triplement du prix du gaz, accompagné d’une hausse de 50 % du charbon et de 20 €/MWh sur le prix du carbone, comme lors de la crise énergétique. La deuxième reprend le profil de disponibilité du parc nucléaire de 2022, année marquée par 15 à 20 GW d’indisponibilité en permanence à partir d’avril, pour moins de 300 TWh de production. La troisième combine les deux, exactement comme cela s’est produit il y a quatre ans. Chaque scénario est ensuite calculé deux fois : avec le parc renouvelable actuel, puis avec celui de 2020.
Plus le choc est violent, plus l’amortisseur joue
Le résultat est sans ambiguïté : dans tous les scénarios simulés, le parc renouvelable installé depuis 2020 fait baisser le prix de marché, et l’écart se creuse à mesure que la crise s’aggrave sur le gaz.
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| Scénario rejoué sur 2025 | Prix avec le parc actuel | Prix avec le parc 2020 | Gain pour les consommateurs | Foyer de 4 000 kWh |
|---|---|---|---|---|
| Conjoncture normale | 61,3 €/MWh | 80,9 €/MWh | environ 8 Mds€ | environ 64 € |
| Triplement du prix du gaz | 122,4 €/MWh | 163,7 €/MWh | 18 Mds€ | environ 166 € |
| Indisponibilité du nucléaire | 92,9 €/MWh | 100,2 €/MWh | 2,3 Mds€ | environ 29 € |
| Les deux chocs combinés | 187,2 €/MWh | 214,2 €/MWh | 11 Mds€ | environ 108 € |
La dernière colonne est une estimation éditoriale ECOinfos, obtenue en appliquant les différentiels de prix publiés par la CRE à une consommation de 4 000 kWh, hors taxes. En cas de crise gazière, cela représente près de 200 euros TTC épargnés sur une seule année pour un foyer moyen, et davantage encore pour une maison chauffée à l’électricité.
La mécanique tient à la formation du prix. Quand le gaz devient très cher, chaque heure où une centrale à gaz fixe le prix coûte extrêmement cher à l’ensemble du système. En produisant à coût variable quasi nul, le solaire et l’éolien réduisent le nombre de ces heures. À l’inverse, dans le scénario d’indisponibilité nucléaire seule, l’effet reste favorable au consommateur mais beaucoup plus modeste, la CRE expliquant que le volume renouvelable supplémentaire ne suffit pas à réduire significativement le nombre d’heures où le thermique reste marginal.
Dans le scénario le plus sévère, le bilan s’inverse complètement
C’est le point le plus frappant du rapport. En conjoncture normale, le développement des renouvelables depuis 2020 représente un surcoût net de 2,7 milliards d’euros par an pour le système électrique. En cas de crise gazière isolée, ce surcoût tombe déjà à 1,6 milliard d’euros, soit 3,7 %, face à 18 milliards d’euros d’économies pour les consommateurs. En cas d’indisponibilité nucléaire seule, il se réduit à 900 millions d’euros, environ 1 %.
Et dans le scénario du double choc, le solde devient négatif de 1,6 milliard d’euros : le système électrique coûte moins cher avec les renouvelables installés depuis 2020 que sans. Le détail est éclairant : ces capacités permettent d’économiser 3,2 milliards d’euros d’importations d’électricité et 2,1 milliards d’euros de fonctionnement des centrales thermiques, des montants qui dépassent la hausse des coûts complets.
La CRE parle alors d’un double dividende. Non seulement les prix baissent pour tout le monde, mais les charges de soutien public diminuent, voire disparaissent, puisque les installations sous contrat vendent leur production à des prix élevés. C’est précisément ce qui s’est produit en 2022 : les revenus de marché des installations soutenues ont dépassé leurs coûts complets et ont généré des recettes nettes pour l’État en pleine crise.
Une protection à comparer aux 36 milliards du bouclier tarifaire
Le régulateur invite explicitement à mettre cet amortissement en regard du coût des mesures d’urgence de 2022, estimées à 36 milliards d’euros nets par la Cour des comptes, pour un montant brut de 72 milliards. Autrement dit, l’argent public dépensé pour geler les factures a été la réponse curative à un choc que le parc électrique de l’époque ne savait pas absorber.
Le rapport apporte deux mécanismes complémentaires. En crise gazière, les renouvelables permettent 1,3 milliard d’euros de rentes d’interconnexion supplémentaires, contre 700 millions en situation normale, parce que les prix français décrochent davantage de ceux des voisins européens, plus exposés au gaz. Ces rentes viennent en déduction des coûts de réseau supportés par les consommateurs. Les économies de fonctionnement des centrales thermiques doublent également, 1 milliard d’euros contre 500 millions en année normale.
Ce que cette simulation ne dit pas
Deux réserves méritent d’être posées, et la CRE ne les masque pas. D’abord, l’effet prix mesuré est un effet annuel dans une conjoncture donnée, alors que les coûts des installations s’étalent sur toute leur durée de vie : en période de crise ponctuelle, l’avantage prix est temporaire quand le coût, lui, reste permanent. Ensuite, l’amortissement ne signifie pas l’immunité. Dans le scénario du double choc, le prix moyen simulé atteint tout de même 187,2 €/MWh avec le parc actuel, un niveau qui produirait de nouveau une flambée des factures.
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L’enseignement reste toutefois solide, et il est rarement formulé ainsi dans le débat public : plus le contexte est dégradé, plus le parc renouvelable français devient économiquement rentable pour la collectivité. Ce que le rapport décrit n’est pas un coût qui produit accessoirement un bénéfice, mais une couverture contre un risque que le système électrique français a déjà subi une fois.

