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En résumé
- Auditionné le 17 juin 2026 par la commission des finances de l’Assemblée nationale, Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, a recommandé aux habitants des zones rurales de passer à la voiture électrique.
- Son argument : les ruraux roulent davantage mais peuvent recharger facilement à domicile, la nuit, pour réaliser des économies.
- Le PDG s’est en revanche montré réticent à investir dans des bornes publiques, jugées selon lui « peu utilisées » et relevant « plus de la comm’ qu’une réelle aide ».
- Il a glissé un avertissement sur une possible future taxe sur la recharge électrique, à mesure que l’État perd des recettes liées aux carburants.
- L’audition portait surtout sur la fiscalité et les superprofits du groupe : Pouyanné a revendiqué 19 milliards d’euros d’impôts et taxes en 2025 et 100 milliards de dollars sur cinq ans, écartant toute optimisation fiscale.
- Sur le plafonnement des prix à la pompe dans ses 3 300 stations, il a chiffré le manque à gagner à près de 200 millions d’euros et menacé de retirer le dispositif en cas de nouvelle surtaxe.
Un conseil paradoxal venu du patron du pétrole
L’échange est parti d’une question concrète : pourquoi TotalEnergies est-il si peu présent en bornes de recharge dans les zones rurales, et quelles priorités le groupe compte-t-il y donner ? La réponse de Patrick Pouyanné a pris les députés à contre-pied. Loin de défendre uniquement son cœur de métier, le dirigeant a recommandé aux habitants des campagnes de se tourner vers la voiture électrique, qu’il a qualifiée de «vrai atout» pour ces territoires.
Son raisonnement repose sur un constat pratique. Les ruraux roulent davantage, pour aller travailler ou déposer les enfants à l’école, mais ils disposent aussi plus facilement d’un logement individuel permettant d’installer une borne. «Il est très facile d’installer une borne» à domicile, a-t-il avancé, ajoutant que les habitants peuvent recharger leur véhicule la nuit et réaliser ainsi des économies. Le dirigeant a même souligné un paradoxe d’usage : la voiture électrique reste aujourd’hui largement urbaine, alors qu’elle serait, selon lui, particulièrement adaptée aux territoires ruraux.
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Cette recommandation n’est pas totalement désintéressée. TotalEnergies n’est pas qu’un pétrolier : le groupe est aussi fournisseur d’électricité, et l’essor du véhicule électrique alimente ce pan de son activité. La sortie du PDG illustre la transformation revendiquée du groupe, qui cherche à se présenter comme un acteur de la transition énergétique au-delà de sa rente pétrolière.
Un bémol de taille : Total ne veut pas financer les bornes publiques
Le conseil de Patrick Pouyanné s’accompagne toutefois d’une réserve qui en limite la portée. Interrogé sur le déploiement de bornes de recharge publiques dans les zones rurales, le dirigeant s’est montré clairement réticent à investir. Selon lui, ces installations «seront très peu utilisées et ce sera plus de la comm’ qu’une réelle aide», les Français pouvant brancher leur véhicule chez eux.
Le message est donc à double détente : la solution électrique est encouragée, mais l’effort d’infrastructure est renvoyé vers le domicile des particuliers plutôt que vers le réseau public. Une position cohérente avec la logique économique du groupe, qui privilégie la recharge à domicile, mais qui laisse de côté la question des automobilistes ne disposant pas d’un logement adapté ou de longue distance, pour qui le maillage public reste déterminant.
Patrick Pouyanné a par ailleurs rappelé avoir ouvert une cinquantaine de stations depuis la crise des gilets jaunes, en plaidant pour qu’elles deviennent «des lieux de vie et commerce pour l’équilibre», estimant qu’elles ne peuvent pas vivre uniquement du carburant.
La menace fiscale en filigrane : la taxe sur la recharge
Un détail de la déclaration mérite l’attention, car il révèle une inquiétude de fond. En vantant les économies permises par la recharge nocturne, Patrick Pouyanné a glissé une réserve révélatrice : ces économies tiennent «tant qu’on n’a pas décidé d’augmenter les taxes sur la recharge d’électricité des véhicules».
La remarque n’a rien d’anodin. À mesure que le parc électrique progresse, l’État voit fondre ses recettes issues de la fiscalité sur les carburants, qui représentent plusieurs dizaines de milliards d’euros par an. La question d’une taxation de l’électricité utilisée pour recharger les véhicules revient donc dans le débat public. Un rapport du Conseil des prélèvements obligatoires, cité par la presse, met cependant en garde contre une différenciation des tarifs d’accise selon l’usage : elle n’est pas jugée souhaitable pendant la transition et nécessiterait, à plus long terme, une base juridique européenne ainsi que des évolutions technologiques des compteurs.
Une audition sous tension sur les superprofits et la fiscalité
Cette séquence sur la voiture électrique s’inscrit dans une audition bien plus large et nettement plus conflictuelle. Pendant plus de deux heures, Patrick Pouyanné a répondu au feu roulant des questions des députés sur la fiscalité du groupe et la question des superprofits, notamment face au rapporteur de la mission flash sur la taxation des carburants, Philippe Brun, et au président de la commission, Éric Coquerel. Il s’agissait de la douzième audition du dirigeant devant l’Assemblée ou le Sénat depuis le début de la crise énergétique de 2022.
Le contexte est explosif. Le conflit au Moyen-Orient, marqué par les tensions autour du détroit d’Ormuz, a dopé les revenus pétroliers du groupe et relancé en France le débat sur la taxation des profits exceptionnels. Face aux accusations d’insuffisance fiscale, Patrick Pouyanné a défendu son bilan avec aplomb, en alignant les chiffres pour démontrer que son entreprise paie déjà lourdement l’impôt.
| Indicateur | Chiffre avancé par Patrick Pouyanné |
|---|---|
| Impôts et taxes versés en 2025 | 19 milliards d’euros (taux effectif supérieur à 40 %) |
| Impôts et taxes versés en 2022 | 35 milliards d’euros (taux supérieur à 50 %) |
| Impôts payés dans le monde en cinq ans | 100 milliards de dollars |
| Part du résultat issue du pétrole et du gaz | 70 % |
| Impôts et taxes en France en 2025 | près de 2 milliards d’euros |
Le dirigeant a expliqué que l’essentiel de l’impôt est prélevé par les pays producteurs, là où se réalise la majeure partie du résultat du groupe, et a écarté tout recours à l’optimisation fiscale en invoquant les principes de territorialité et de non-double imposition. Il a aussi rappelé que TotalEnergies figure parmi les cinq pays, sur cent trente-cinq, où le groupe paie le plus d’impôts et taxes de toute nature.
Le bras de fer autour du plafonnement des prix à la pompe
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Le second front de l’audition portait sur le plafonnement des prix des carburants dans les quelque 3 300 stations françaises du groupe. Éric Coquerel, dont le groupe LFI plaide pour un blocage des prix, a estimé normal que TotalEnergies contribue d’une manière ou d’une autre à compenser la flambée des prix de l’énergie. La réponse de Patrick Pouyanné a été directe : «ce n’est pas nous qui avons déclaré la guerre».
Le PDG a insisté sur le caractère volontaire de la mesure, rappelant que rien n’obligeait le groupe à plafonner ses prix à la pompe. Il a chiffré à près de 200 millions d’euros le manque à gagner cumulé depuis le début de la guerre, affirmant même que ce plafond se situe en dessous du prix de revient. Surtout, il a posé un avertissement clair : en cas de surtaxation décidée par le Parlement, le dispositif de plafonnement pourrait être retiré, résumant sa position d’une formule : on ne peut pas vouloir lui prendre deux fois le même argent.

