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Un effet ciseau qui inquiète le régulateur
Le principe est simple à comprendre, mais redoutable dans ses conséquences. Le réseau de distribution du gaz, avec ses centaines de milliers de kilomètres de canalisations, coûte cher à entretenir, que dix millions de foyers y soient raccordés ou seulement six millions.
Or, avec la fin annoncée du gaz dans le neuf dès 2027 et le remplacement progressif des chaudières par des pompes à chaleur, le nombre d’abonnés va mécaniquement fondre dans les prochaines décennies. Le tarif de réseau, qui représente aujourd’hui environ un tiers de la facture totale de gaz d’un ménage, devra donc être réparti sur une base de clients toujours plus réduite. C’est cette mécanique que la CRE a voulu chiffrer précisément.
Trois scénarios, un écart vertigineux
Pour évaluer l’ampleur du problème, le régulateur a construit trois trajectoires de décroissance de la consommation gazière, toutes compatibles avec les objectifs de neutralité carbone fixés par la Stratégie nationale bas carbone.
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Dans le scénario le plus modéré, porté par les gestionnaires de réseaux eux-mêmes, la consommation ne baisserait que de 14 % d’ici 2050, et le nombre d’abonnés reculerait de seulement 9 %. Dans ce cas de figure, la hausse du tarif de réseau resterait contenue à 0,2 % par an hors inflation, une évolution jugée « faible » par la CRE.
Le scénario intermédiaire, lui, entraînerait une progression de 1,4 % par an.
Mais c’est le troisième scénario, celui d’une décroissance rapide de la consommation, qui inquiète le plus : dans cette hypothèse, le tarif de réseau pourrait grimper de 3,5 % par an hors inflation pendant vingt-cinq ans. Un rythme qui, cumulé sur une aussi longue période, représente un alourdissement considérable de la charge financière pour les foyers qui n’auront pas basculé vers d’autres sources d’énergie.
Qui va payer la note ?
Ce sont les ménages les plus captifs du système qui risquent de trinquer en premier lieu. Les occupants du parc de logements sociaux, souvent dans l’incapacité de financer eux-mêmes une rénovation énergétique ou le remplacement de leur chaudière, se retrouveraient piégés dans un système dont le coût unitaire explose à mesure que les autres abonnés le quittent. À cela s’ajoute une autre facture, moins visible mais tout aussi réelle : celle du démantèlement des infrastructures devenues obsolètes.
Dans le scénario de décroissance rapide, la CRE évalue ce coût à environ 10 milliards d’euros, contre seulement 1 à 2 milliards dans les scénarios plus modérés.
Prenons l’exemple d’un couple de retraités vivant dans une maison ancienne chauffée au gaz dans une commune rurale peu dense : si leurs voisins basculent progressivement vers l’électrique ou la pompe à chaleur, ils pourraient se retrouver, dans dix ou quinze ans, à payer seuls l’entretien d’un réseau conçu pour desservir bien plus de foyers.
Que faire si vous êtes encore raccordé au gaz ?
Ce rapport ne doit pas être lu comme une injonction à tout changer du jour au lendemain, mais plutôt comme un signal à prendre au sérieux sur le temps long.
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Si vous envisagez de faire installer une nouvelle chaudière ou de rénover votre système de chauffage dans les prochaines années, il peut être pertinent d’intégrer cette perspective dans votre réflexion. La pompe à chaleur reste aujourd’hui l’alternative la plus soutenue par les pouvoirs publics, avec des aides financières qui restent significatives malgré les évolutions récentes des dispositifs.
À l’inverse, rester au gaz n’a rien d’un choix irrationnel à court terme, surtout si votre logement est bien isolé et votre chaudière récente. Mais ce rapport de la CRE a le mérite de rappeler une réalité simple : plus la transition s’accélère autour de vous, plus le coût de rester à l’écart risque, mathématiquement, de grimper.
