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Une année dense pour le régulateur
Le rapport de la Commission de Régulation de l’Energie confirme une activité soutenue. En 2025, la CRE a tenu 65 séances, mené 16 consultations publiques, soit plus d’une par mois, et auditionné 17 acteurs de marché. Elle a également été entendue à 20 reprises par le Parlement, signe que le prix de l’énergie est resté un sujet politique central, et a participé à plus de 80 réunions sur des sujets européens. Le Comité de règlement des différends et des sanctions (CoRDiS) a de son côté traité 43 saisines et rendu 14 décisions.
Cette intensité s’est doublée d’un travail de fond : à l’occasion de son 25e anniversaire, la CRE a publié ses orientations stratégiques à 2030, structurées autour de 3 grands axes, 8 orientations et 22 actions concrètes. Objectif affiché : réussir la transition énergétique, répondre aux besoins des consommateurs et participer à la construction d’une Europe énergétique compétitive et souveraine.
La fin de l’ARENH, bascule structurelle du marché
L’événement marquant de l’année est l’extinction, au 31 décembre 2025, de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH), en place depuis 2010. Fournisseurs et gros consommateurs doivent désormais s’approvisionner intégralement sur le marché, tandis qu’EDF valorise sa production nucléaire aux conditions de marché.
Solaire : le SER et Enerplan réclament une feuille de route claire au gouvernement
Pour accompagner cette bascule, la CRE a préparé le dispositif qui succède à l’ARENH, le versement nucléaire universel (VNU). Elle a évalué les coûts complets de production du nucléaire historique pour 2026-2028 à 60,3 €/MWh, paramètre clé du nouveau mécanisme. Les seuils de taxation et d’écrêtement des revenus d’EDF ont été fixés par le gouvernement à 78 €/MWh et 110 €/MWh. Pour 2026, les revenus prévisionnels d’EDF s’établissant à 66,08 €/MWh, aucune minoration des prix n’est déclenchée à ce stade.
Cette transition a déjà dynamisé les échanges : les volumes traités sur les marchés à terme français ont atteint 1 897 TWh en 2025, en hausse de 20 % par rapport à 2024, portés par le besoin de couverture des acteurs et l’arrivée de nouveaux participants.
Un record à l’export, une production toujours nucléaire
La production d’électricité française a atteint 547,6 TWh, en progression de 1,5 % sur un an. Le nucléaire en représente l’essentiel avec 373 TWh, soit 68,1 % du mix, devant l’hydraulique (62,4 TWh), l’éolien (49,6 TWh) et le solaire (32,9 TWh). La production renouvelable totale s’élève à 156 TWh.
Cette abondance a permis à la France de battre un record historique d’exportation, à 92,5 TWh, particulièrement vers l’Allemagne. Ces échanges ont généré 5,4 milliards d’euros de valorisation nette et 1,6 milliard d’euros de recettes d’interconnexion pour RTE, recettes qui viennent réduire les tarifs de réseau payés par l’ensemble des consommateurs. La consommation brute, elle, est restée quasi stable à 446 TWh, tandis que la consommation de gaz reculait de 3 % à 350 TWh, soit 27 % de moins qu’en 2019.
Des prix qui baissent, une volatilité qui s’envole
Le paradoxe de l’année tient dans la dissociation entre niveau et stabilité des prix. Les prix moyens se rapprochent des niveaux d’avant-crise : le prix de l’électricité en base pour livraison l’année suivante est tombé à 61 €/MWh en 2025, contre 77 €/MWh en 2024. Côté gaz, le contrat mensuel s’échangeait à 27 €/MWh fin décembre, en baisse de 53 % par rapport à son pic annuel de février.
Mais les prix de court terme connaissent une variabilité inédite. Le nombre d’heures à prix négatifs est passé de 352 en 2024 à 513 en 2025, concentrées au printemps et en été lors des forts pics de production éolienne et solaire. Dans le même temps, 21 % des heures ont dépassé 100 €/MWh, contre 16 % un an plus tôt. Cette double dynamique traduit l’intégration croissante d’énergies non pilotables dans le système et pose directement la question des flexibilités.
Pour les consommateurs, la tendance reste à la détente : le prix moyen des offres d’électricité affichées au comparateur énergie info a reculé de 8,3 % en un an, à 218,5 €/MWh en décembre 2025, et celui du gaz de 3 %, à 134,7 €/MWh. Les tarifs réglementés de vente d’électricité avaient par ailleurs baissé de 15 % en moyenne au 1er février 2025.
Flexibilités, réseaux et soutien aux renouvelables
L’adaptation du système constitue le fil rouge des travaux 2025. Avec le TURPE 7 (2025-2028), la CRE a engagé une réforme des plages d’heures creuses pour déplacer la consommation vers l’après-midi, quand l’électricité solaire est abondante et peu chère. À fin 2025, près de 15 GW d’énergies renouvelables participent au mécanisme d’ajustement de RTE, une hausse spectaculaire en un an.
Les besoins d’investissement dans les réseaux changent d’échelle : RTE estime à environ 100 milliards d’euros les montants à engager sur quinze ans, avec un niveau comparable côté distribution pour Enedis. La CRE a aussi musclé sa surveillance de marché, avec plus de 26 millions de transactions suivies et plus de 600 alertes analysées.
Sur le soutien aux énergies renouvelables, la CRE a instruit 11 périodes d’appels d’offres terrestres et proposé de retenir 818 dossiers pour 5,05 GW, dont 63 % de projets photovoltaïques et 37 % d’éolien terrestre. Les charges de service public de l’énergie (CSPE) reviennent à une dynamique d’avant-crise, à 10,9 milliards d’euros pour 2025, avec une prévision de 12,9 milliards pour 2026 portée par la hausse des volumes soutenus et des prix de marché durablement bas.
Une gouvernance renouvelée et un ancrage européen
L’année a enfin été celle d’un renouvellement profond de la gouvernance. Trois nouveaux commissaires (Victor Alonso, Nadia Faure et Didier Rebischung) et un nouveau directeur général, Jérôme Dupont, ont rejoint la CRE début 2026, tandis que Paquita Morellet-Steiner a pris la présidence du CoRDiS en mai 2025.
Sur la scène européenne, la présidente Emmanuelle Wargon a été élue en septembre à la tête du Conseil des régulateurs de l’ACER, l’agence européenne de coopération des régulateurs de l’énergie. Une reconnaissance qui place la CRE au cœur des chantiers à venir : achèvement du marché intérieur, paquet législatif sur les réseaux électriques et réformes de protection des consommateurs attendues en 2026.

