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Une base militaire transformée en centrale de 200 GWh par an
La base aérienne 110 de Creil a cessé toute activité aéronautique en 2016, après plus d’un siècle d’histoire militaire, de la Première Guerre mondiale jusqu’aux missions de renseignement des dernières décennies. Le site, vaste et déjà artificialisé, semblait idéal pour accueillir de l’énergie solaire. Il faudra pourtant attendre six ans de développement, entre les procédures d’autorisation, les travaux de dépollution sur plus de deux cents hectares et l’intégration des exigences environnementales, avant que les premiers panneaux ne soient posés à partir de 2023.
Le résultat dépasse les ambitions initiales. La centrale produit en moyenne 200 gigawattheures d’électricité décarbonée par an, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 85 000 personnes. Elle permet d’éviter l’émission de 13 000 tonnes de CO₂ chaque année et fonctionnera jusqu’en novembre 2052, soit sur une durée de vie de plus de vingt-cinq ans.
Pour donner une mesure concrète de ce que représentent ces 200 GWh, il faut imaginer une ville comme Creil elle-même, environ 36 000 habitants, alimentée à hauteur de deux fois et demie par son ancienne base militaire.
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L’investissement total s’élève à 150 millions d’euros, dont 75 % ont été confiés à des entreprises et équipements européens, avec une part française de 50 %. Une dimension industrielle qui donne à ce projet une portée bien au-delà du simple décompte de kilowattheures.
La deuxième centrale de France, issue du plan « Place au Soleil »
Avec ses 202 MWc, la centrale de Creil se positionne au deuxième rang national, juste derrière celle de Cestas en Gironde et ses 300 MWc inaugurés en 2015, et devant la centrale de Marville en Meuse et ses 152 MWc. C’est aujourd’hui la réalisation la plus emblématique du plan gouvernemental « Place au Soleil », lancé en 2018 par le ministère des Armées avec l’objectif de mobiliser jusqu’à 2 000 hectares de foncier militaire inutilisé pour y développer de l’énergie solaire. Trente-deux sites ont été retenus dans ce cadre, dont Creil constitue le projet phare.
Cette approche répond à un défi structurel que connaît bien la filière photovoltaïque française : trouver du foncier disponible sans consommer de terres agricoles ou naturelles. Les friches militaires, souvent vastes, déjà imperméabilisées et situées hors zones protégées, offrent une réponse pragmatique à cette contrainte. La loi Zéro Artificialisation Nette, qui complique de plus en plus les projets de centrales au sol en terrain vierge, rend ces reconversions d’autant plus précieuses. Le parc solaire français atteignait 33 GW de puissance installée au premier trimestre 2026 : chaque nouvelle grande centrale contribue directement aux objectifs de la PPE3, qui fixe un cap de 48 GW à horizon 2030.
Un modèle économique ancré dans la durée
La centrale de Creil bénéficie d’un tarif de rachat d’environ 8 centimes du kilowattheure sur 20 ans, obtenu dans le cadre d’un appel d’offres de la Commission de régulation de l’énergie remporté en 2024. Ce contrat de long terme, garanti par l’État, sécurise les revenus du projet et illustre le mécanisme de soutien public au photovoltaïque à grande échelle.
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La technologie employée a elle aussi évolué par rapport aux premières estimations. Le projet initial prévoyait plus de 500 000 panneaux à couches minces. Grâce aux progrès des modules bifaciaux à haute puissance unitaire, il a été possible d’atteindre les mêmes performances avec seulement 331 830 panneaux, tout en réduisant l’empreinte au sol. Une évolution qui traduit à elle seule les gains de rendement spectaculaires enregistrés par l’industrie photovoltaïque depuis le lancement du projet.
Dans un contexte où la filière solaire française fait face à des appels d’offres moins généreux, à des délais de raccordement qui s’allongent et à une raréfaction du foncier disponible, la centrale de Creil démontre que les grands projets restent possibles, à condition de s’appuyer sur des fonciers adaptés, d’anticiper les procédures réglementaires et d’ancrer le financement dans la durée. Un signal encourageant pour les dizaines d’autres sites militaires désaffectés qui attendent encore leur reconversion, et pour une filière qui a plus que jamais besoin de réussites concrètes à montrer.

