« Trop, c’est trop » : le président d’Enerplan s’insurge contre le coup de frein au solaire

À l'Université de l'autoconsommation photovoltaïque, le président d'Enerplan a dénoncé un « solar bashing » et le coup de frein imposé au solaire. Pour les ménages, la réforme de juin 2026 a déjà changé la donne : sans prime et avec un surplus racheté 1,1 centime, la rentabilité d'une installation se joue désormais sur l'électricité consommée sur place, au bon moment de la journée.

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Si vous envisagez des panneaux solaires, la règle du jeu a changé : chaque kilowattheure que vous consommez vous-même vous fait économiser environ 20 centimes, contre à peine plus d’un centime s’il est revendu. Autrement dit, une installation bien pilotée peut rapporter environ 200 € de plus par an qu’une installation posée sans stratégie. C’est ce virage vers un solaire « pilotable » que la filière a placé au cœur de sa rentrée, dans un climat politique tendu.

Le 23 septembre à Paris, à l’ouverture de la 9e Université de l’autoconsommation photovoltaïque (UAPV), Daniel Bour, président du syndicat Enerplan, a livré selon Tecsol un discours d’une fermeté inhabituelle contre la mise en accusation systématique du photovoltaïque : « Il y a un moment où trop, c’est trop ». Au-delà de la colère, son message touche directement le portefeuille des particuliers.

Ce qui a changé pour les ménages depuis juin 2026

Daniel Bour reconnaît que l’autoconsommation a subi un net coup d’arrêt après la suppression de certains soutiens, l’État ayant choisi un modèle sans coût direct pour les finances publiques. Une évolution attendue, dont il critique surtout la brutalité.

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Concrètement, l’arrêté tarifaire S21 publié au Journal officiel du 4 juin 2026 a bouleversé l’équation. Pour les demandes de raccordement déposées à partir du 5 juin, la prime à l’autoconsommation disparaît. Elle représentait encore 80 € par kWc, soit 480 € pour une installation de 6 kWc. Le tarif de rachat du surplus tombe à 1,1 c€/kWh HT, contre 4 c€ auparavant, avec une indexation de 2 % par an sur 20 ans. Et sous 9 kWc, la vente en totalité n’est plus possible : seul le schéma autoconsommation avec vente du surplus subsiste. Les dossiers complets déposés avant cette date conservent leurs conditions d’origine. Reste un levier fiscal : depuis le 1er octobre 2025, la TVA à 5,5 % s’applique aux installations résidentielles jusqu’à 9 kWc, sous plusieurs conditions cumulatives que Daniel Bour juge inutilement complexes.

Le calcul qui change tout pour une maison équipée

Au tarif réglementé en vigueur depuis le 1er août 2026, le kWh en option Base coûte 0,2001 € TTC pour un compteur de 3 ou 6 kVA. Face à un rachat à 0,011 €, un kWh autoconsommé vaut donc environ 18 fois plus qu’un kWh injecté sur le réseau. Pour mesurer l’impact, ECOinfos a simulé une installation de 6 kWc produisant environ 7 200 kWh par an, une moyenne qui varie nettement entre le nord et le sud.

Scénario (6 kWc, 7 200 kWh/an)Part autoconsomméeÉconomie sur la factureRevente du surplusGain annuel totalPrime à l’installation
Avant le 5 juin 2026, sans pilotage30 %432 €202 €634 €480 €
Depuis le 5 juin 2026, sans pilotage30 %432 €55 €488 €0 €
Depuis le 5 juin 2026, avec pilotage45 %648 €44 €692 €0 €

Estimation ECOinfos, sur la base du TRV Base 6 kVA au 1er août 2026, hors indexation et hors évolution future des prix.

Un foyer qui installe aujourd’hui des panneaux sans changer ses habitudes perd environ 146 € de revenus par an par rapport à l’ancien régime, soit près de 3 400 € sur 20 ans en ajoutant la prime disparue. Mais le même foyer, s’il déplace une partie de sa consommation vers les heures ensoleillées, gagne environ 692 € par an, soit environ 200 € de plus que sans pilotage, et fait même mieux sur 20 ans que l’ancien régime sans pilotage, prime comprise. Le solaire reste rentable, à condition de le penser comme un outil de consommation et non comme un placement de revente.

Piloter sa production, la version domestique du plaidoyer d’Enerplan

Le cœur du discours tient en une idée : produire ne suffit plus, il faut délivrer l’électricité au moment où elle est utile. À l’échelle du réseau, il regrette l’absence de plan national pour le stockage et résume le paradoxe actuel : on écrête la production solaire en journée, pour allumer des centrales au gaz le soir.

Pour un particulier, ce principe se traduit par des gestes concrets : programmer le chauffe-eau électrique pour chauffer en milieu de journée plutôt qu’en heures creuses nocturnes, lancer lave-linge et lave-vaisselle quand les panneaux produisent, recharger une voiture électrique à domicile en journée ou ajouter un routeur solaire qui envoie automatiquement le surplus vers le ballon d’eau chaude. La batterie domestique complète l’arsenal, mais son coût impose un calcul au cas par cas. Et avec un surplus quasiment non rémunéré, surdimensionner son installation n’a plus guère de sens : mieux vaut une puissance calée sur sa consommation réelle de journée.

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Daniel Bour a aussi évoqué une rupture dans la relation avec l’État, entre incertitudes sur le S21 et perspective d’aucun nouvel appel d’offres photovoltaïque pendant une durée indéterminée, ce qu’il appelle la « visibilité du vide ». En juillet, le Syndicat des énergies renouvelables indiquait déjà, selon pv magazine, qu’un seul appel d’offres « neutre » était prévu en 2026.

Il pointe enfin une contradiction : l’électrification et les data centers créent de nouveaux besoins, alors que l’on freine une technologie capable d’être au rendez-vous dès 2029. Il rappelle que plus d’un million de Français ont déjà choisi l’autoconsommation et réclame qu’elle devienne une véritable politique nationale. Sa conclusion ne laisse aucune place au doute : « L’autoconsommation, c’est l’avenir ».


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