Heures creuses : ce qui change pour 11 millions de foyers d’ici 2027

Depuis le 1er novembre 2025, le système des heures pleines / heures creuses connaît sa plus grande transformation depuis sa création dans les années 1970. Décidée par la Commission de régulation de l'énergie dans le cadre du tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité (TURPE 7), la réforme déplace une partie des heures à tarif réduit de la nuit vers l'après-midi. Au total, 11 millions de foyers vont voir leurs horaires changer d'ici octobre 2027. L'enjeu pour le consommateur est simple à formuler mais exigeant à appliquer : ceux qui adaptent leurs habitudes continueront de payer leur électricité moins cher, les autres risquent de voir leur facture grimper sans avoir rien demandé.

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Ce qui change concrètement

Le principe de base ne bouge pas. Chaque foyer en option heures pleines / heures creuses conserve 8 heures de tarif réduit par jour, tous les jours de l’année, week-ends et jours fériés compris. C’est leur répartition dans la journée qui évolue.

Jusqu’ici, ces heures creuses étaient le plus souvent concentrées la nuit. Désormais, elles se découpent en deux périodes : une plage nocturne d’au moins 5 heures consécutives entre 23h et 7h, et une plage diurne pouvant aller jusqu’à 3 heures entre 11h et 17h. Les 8 heures creuses quotidiennes vont être réparties sur ces deux périodes, la nuit entre 23h et 7h avec au moins 5 heures consécutives, et la journée entre 11h et 17h avec jusqu’à 3 heures.

Autre nouveauté de taille : la saisonnalité. Pour plus de la moitié des foyers concernés, les plages d’heures creuses seront différentes en été et en hiver, avec davantage d’heures creuses en milieu de journée l’été, quand le soleil produit le plus, et un retour vers la nuit en hiver.

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Pourquoi déplacer les heures creuses vers l’après-midi

Le dispositif heures pleines / heures creuses avait été pensé pour une époque où le nucléaire produisait massivement la nuit, pendant que la demande s’effondrait. Inciter les ménages à décaler leur consommation après 22h permettait alors d’absorber cette production et de lisser la courbe de charge du réseau.

Cette logique s’inverse avec l’essor du photovoltaïque. La production solaire française a atteint un niveau tel que l’électricité devient abondante et bon marché en milieu de journée, au point que les prix de gros plongent régulièrement sous zéro lors des après-midis ensoleillés. En 2025, la France a d’ailleurs enregistré 513 heures à prix négatifs, contre 352 l’année précédente, selon le rapport d’activité de la CRE. Repositionner les heures creuses l’après-midi vise donc à faire coïncider la consommation des ménages avec ces pics de production renouvelable, plutôt que de la concentrer sur des créneaux où l’électricité est plus chère et plus carbonée. C’est, en clair, un signal tarifaire mis au service de l’équilibre du réseau et de l’intégration des énergies renouvelables.

Qui est concerné et selon quel calendrier

La réforme touche les 14,5 millions de clients disposant d’une offre heures pleines / heures creuses. Parmi eux, 3,5 millions bénéficiaient déjà de plages compatibles avec les nouvelles règles et ne verront rien changer. Restent donc 11 millions de foyers dont les horaires évoluent par étapes.

Le déploiement se fait en deux vagues : une première phase de novembre 2025 à juin 2026 concerne 1,7 million de clients qui disposaient déjà d’heures creuses en journée et la nuit, puis une seconde phase de décembre 2026 à octobre 2027 étend le dispositif à 9,3 millions de compteurs supplémentaires. Les clients professionnels seront intégrés à la fin du déploiement, en 2027.

Bonne nouvelle sur le plan pratique : aucune intervention n’est nécessaire à votre domicile. Grâce au compteur Linky, les plages horaires sont mises à jour à distance, y compris pour les usages asservis comme les chauffe-eau, à condition qu’ils soient bien reliés au compteur via le contact sec. Chaque client concerné est prévenu au moins un mois avant le changement par son fournisseur d’électricité, par courrier ou e-mail. Un point souvent mal compris mérite d’être souligné : les horaires exacts sont décidés par Enedis et non par le fournisseur, en fonction des contraintes locales du réseau, ce qui explique que deux voisins puissent avoir des créneaux différents.

À noter, une évolution récente passée relativement inaperçue. Dans une délibération du 8 janvier 2026, la CRE a assoupli les règles en autorisant à nouveau le créneau 11h-14h en heures creuses pour les nouveaux clients pendant la période hivernale, une possibilité qui avait été suspendue en février 2025 car elle coïncidait avec les pics de consommation de l’hiver. Le signe que le dispositif continue de s’ajuster au fil des retours d’expérience.

Comment profiter des nouvelles heures creuses

C’est ici que tout se joue. L’option heures pleines / heures creuses ne devient intéressante que si vous parvenez à basculer une part suffisante de votre consommation sur les bons créneaux. Les ordres de grandeur communiqués pour 2026 situent ce seuil de rentabilité autour de 30 à 35 % de la consommation totale déplacée en heures creuses.

Les gains les plus nets viennent des appareils énergivores et programmables. Concrètement, les usages à recaler en priorité sur les nouvelles plages de nuit et d’après-midi sont les suivants :

  • Le chauffe-eau électrique, principal levier d’économie, à programmer via son contacteur jour/nuit.
  • La recharge du véhicule électrique, idéalement de nuit en hiver et en milieu de journée l’été.
  • Le lave-linge et le lave-vaisselle, lancés en différé sur les créneaux à tarif réduit.
  • La pompe de piscine et, le cas échéant, les usages pilotables par prises connectées.

À titre indicatif, un foyer peut économiser environ 97 euros par an avec un chauffe-eau électrique de 2 000 kWh commandé en heures creuses, et jusqu’à 121 euros par an avec un véhicule électrique consommant autour de 2 500 kWh rechargé sur ces créneaux. Le réflexe à adopter dès qu’un changement d’horaire vous est notifié : reprogrammer immédiatement vos équipements pour les caler sur les nouvelles plages, sous peine de continuer à les faire tourner en heures pleines.

Heures creuses ne rime pas automatiquement avec économies

C’est le point que peu d’articles assument clairement. Déplacer les heures creuses ne fait baisser aucune facture par magie. Le tarif du kWh en heures creuses reste inférieur à celui des heures pleines, mais l’écart ne profite qu’à ceux qui consomment au bon moment. En 2026, le tarif réglementé Bleu d’EDF s’affiche à 0,2065 euro le kWh en heures pleines contre 0,1579 euro en heures creuses pour un compteur de 6 kVA. L’intérêt de l’option dépend donc entièrement de votre capacité à exploiter la plage de nuit et la nouvelle plage d’après-midi.

Pour les foyers dont le mode de vie ne permet pas ce déplacement, par exemple les personnes présentes et actives surtout en soirée, l’option peut devenir moins avantageuse que le tarif de base. Avant tout changement, il est donc pertinent de vérifier sur son espace Enedis ou auprès de son fournisseur quelle part de sa consommation tombe réellement en heures creuses, et de comparer avec une offre de base ou une offre de marché concurrente. Le passage d’une option à l’autre reste gratuit et rapide avec un compteur Linky.

En résumé, cette réforme n’est ni une punition ni un cadeau : c’est un signal. Elle récompense les foyers capables de piloter leur consommation au rythme du soleil et pénalise l’inertie. Pour le lecteur équipé en photovoltaïque ou en véhicule électrique, c’est même une opportunité concrète d’aligner ses usages sur sa propre production et sur l’électricité la moins chère du marché.


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