Électricité renouvelable : comment la Mayenne territorialise sa production

En Mayenne, la transition énergétique prend une dimension très concrète. Grâce à l'action combinée des collectivités, d'un syndicat d'énergie et des gestionnaires de réseau, le département couvre près de 30 % de ses besoins électriques par des productions locales. Une approche de terrain qui illustre la complémentarité entre le maillage national et les boucles départementales.

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Résumé : 

  • Taux de couverture électrique par les EnR locales de 29,5 % (mix dominé par l’éolien et le photovoltaïque, complété par d’autres filières renouvelables locales).
  • Méthode basée sur la planification publique (ZAENR) et le co-investissement via une Société d’Économie Mixte (SEM).
  • Défi technique : l’adaptation et le raccordement au réseau de distribution pour intégrer des capacités de production diffuses.

Le modèle électrique français évolue vers un système hybride. S’il reste largement structuré autour de grands moyens de production et d’un réseau national interconnecté, une couche décentralisée se déploie depuis quelques années : des capacités locales, portées par des acteurs de proximité. Ces nouvelles filières (éolien, solaire, etc.) ne s’opposent pas au réseau national, elles s’y intègrent de manière systémique.

La Mayenne illustre clairement cette évolution. Le département a structuré avec méthode le développement des énergies renouvelables locales. Les données de Territoire d’Énergie Mayenne (TE53) soulignent qu’en 2024, 29,5 % de l’électricité consommée sur le territoire provient d’une production locale issue des EnR.

Photovoltaïque : comment le recyclage foncier accélère la production locale en France

La planification territoriale, premier levier d’accélération des EnR

Le déploiement des énergies renouvelables nécessite un cadre territorial défini. Sans planification, l’implantation des projets peut dépendre davantage des seules opportunités foncières et des porteurs de projets privés. La Mayenne privilégie une organisation en amont.

Le dispositif des Zones d’Accélération des Énergies Renouvelables (ZAENR) permet aux communes de délimiter les secteurs géographiques adaptés à ces installations (éolien, photovoltaïque au sol, toitures, agrivoltaïsme). Pour aider les municipalités dans ce processus, Territoire d’Énergie Mayenne (TE53) déploie une ingénierie mutualisée. TE53 accompagne les collectivités dans les études de faisabilité, avec des aides financières dont les modalités varient selon les projets et les profils de collectivités. Ce mécanisme abaisse le seuil d’accès pour les petites communes souvent confrontées à des contraintes techniques ou réglementaires qu’elles ne peuvent absorber seules.

Le co-investissement public-privé : sécuriser la valeur sur le territoire

Une fois les zones identifiées, la question du financement se pose. Pour mieux ancrer la gouvernance et une partie de la valeur des projets sur le territoire, des outils d’intervention directe voient le jour.

La SEM Énergie Mayenne (Société d’Économie Mixte), créée en octobre 2021, associe des capitaux publics et privés. Ce montage vise à mieux ancrer les retombées économiques sur le territoire et peut permettre de conserver une part de la gouvernance locale. En investissant directement, la collectivité devient actrice de la production. Certains projets éoliens illustrent ce mécanisme de cofinancement, lorsque les acteurs publics locaux deviennent parties prenantes des infrastructures.

Intégration au réseau : la réalité technique derrière les objectifs

La production locale ne prend tout son sens que si elle est correctement intégrée au réseau électrique. En France, près de 90 % des installations EnR sont raccordées directement au réseau de distribution opéré par Enedis, et non au réseau de transport à haute tension.

L’enjeu opérationnel est celui de l’intégration des flux. L’éolien (qui représente 19,3 % de la consommation électrique mayennaise) et le photovoltaïque (4,7 %) produisent de façon variable. Le réseau national interconnecté contribue alors à l’équilibrage et à la sécurité d’approvisionnement global. La Mayenne ne vise pas une autonomie électrique fermée, notion techniquement complexe, mais s’inscrit dans une logique de contribution croissante. Pour y parvenir, l’anticipation des capacités de raccordement dès la phase d’étude permet de réduire le risque de délais ou de surcoûts évitables lors de la phase de réalisation.

Objectif 50 % : les conditions de la réplication à l’échelle française

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Territoire d’Énergie Mayenne affiche l’objectif d’atteindre 50 % de couverture de la consommation électrique par les énergies renouvelables d’ici 2028-2030 (et porte par ailleurs des objectifs ambitieux sur le biogaz local). Cette trajectoire, qui représente une progression d’environ 20 points par rapport au niveau de 2024, suppose la poursuite du développement de projets locaux adaptés.

Cette démarche indique aux autres départements français qu’une transition énergétique organisée repose sur des méthodologies transposables sous certaines conditions : la présence d’un syndicat d’énergie départemental capable de mutualiser l’ingénierie, l’utilisation de mécanismes de portage financier (comme les SEM) pour entrer dans le capital des parcs, et une coordination précoce avec le gestionnaire du réseau électrique.

3 leviers pour l’action locale

  • Solliciter l’ingénierie mutualisée du syndicat d’énergie départemental : Ces structures accompagnent les communes dans l’identification des zones favorables (ZAENR) et l’instruction technique des dossiers complexes.
  • Activer les outils de portage financier public : Entrer dans le capital d’un projet énergétique via une SEM (ou équivalent) permet aux collectivités de maintenir un lien direct de décision sur l’infrastructure.
  • Anticiper les capacités de raccordement avec le gestionnaire : Un dialogue très précoce avec le gestionnaire du réseau de distribution permet de calibrer les projets en fonction des capacités réelles et d’optimiser l’insertion locale.

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