Rendement photovoltaïque : faut-il attendre les cellules tandem pérovskites pour s’équiper ?

Face à la croissance du photovoltaïque en France, l'optimisation des surfaces disponibles s'affirme comme un enjeu d'aménagement foncier. Si le silicium reste la technologie dominante du marché, de nouvelles architectures sont activement étudiées en laboratoire : les cellules tandem associant silicium et pérovskites. L'objectif de ces recherches n'est pas de remplacer les installations actuelles, mais de densifier la production électrique par mètre carré sur les toitures et les infrastructures existantes.

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Résumé : 

  • Le plafond du silicium : la technologie photovoltaïque standard s’approche de ses limites physiques d’efficacité, orientant la recherche vers des matériaux complémentaires.
  • L’approche tandem : en superposant une couche de pérovskite au silicium, la cellule capte une part plus large du spectre lumineux pour produire davantage d’énergie sur une même surface.
  • Densification énergétique : cette méthode offre un levier technique pour optimiser l’utilisation des toitures et des infrastructures en France, limitant ainsi la consommation d’espace au sol.
  • L’avis de la rédaction : cette technologie encore en développement demeurant au stade expérimental, elle ne justifie pas de repousser un projet d’installation basé sur les panneaux commercialisés aujourd’hui.

L’énergie solaire photovoltaïque constitue un moteur essentiel de la transition énergétique. Les données de l’Agence Internationale de l’Énergie (IEA), notamment à travers son rapport Renewables, confirment l’accélération continue de cette filière à l’échelle mondiale. Sur le terrain, ce déploiement s’appuie à environ 98 % sur les cellules en silicium, selon les données sectorielles reprises par les chercheurs du CNRS.

En France, le développement solaire rencontre un défi d’aménagement spatial. Afin de préserver les terres agricoles et les milieux naturels, une partie des stratégies de déploiement vise à produire davantage d’énergie sur les zones déjà artificialisées. C’est pour répondre à ce besoin d’optimisation foncière que les laboratoires développent les cellules dites « tandem ». Cette architecture cherche à améliorer sensiblement l’efficacité des futurs panneaux installés sur les toitures ou les ombrières.

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La limite physique du silicium : pourquoi la recherche doit aller plus loin

La prédominance du silicium s’explique par sa grande maturité industrielle. Les équipements actuels permettent aujourd’hui de produire une électricité à faible coût, une dynamique documentée par les rapports de l’IEA. Cette technologie éprouvée représente une composante majeure de la décarbonation du mix électrique. Toutefois, ses performances ne peuvent pas croître indéfiniment. Les lois de la physique imposent en effet une limite théorique (connue sous le nom de limite de Shockley-Queisser) au rendement d’une cellule à simple jonction, contraignant la capacité maximale de conversion d’un panneau monocristallin standard.

L’existence de ce plafond technique ne diminue en rien la pertinence des équipements actuels. Ils fournissent une solution immédiate pour réduire l’empreinte carbone et contribuer à l’approvisionnement local en électricité. Néanmoins, pour anticiper les objectifs climatiques de long terme avec une emprise au sol minimale, la recherche scientifique explore logiquement des voies complémentaires. L’idée directrice consiste à adosser un nouveau matériau au silicium pour poursuivre l’augmentation des rendements de conversion.

L’architecture tandem : la superposition des couches pour mieux capter la lumière

La lumière émise par le soleil couvre un large spectre de longueurs d’onde. Une cellule photovoltaïque en silicium classique ne parvient à convertir de manière optimale qu’une plage restreinte de ce rayonnement, perdant notamment une partie de l’énergie portée par les photons du spectre visible.

Pour contourner cette contrainte, l’architecture tandem repose sur la superposition de deux matériaux au sein d’un même module. La couche supérieure intègre des pérovskites , des structures cristallines de synthèse ajustables chimiquement. Cette fine épaisseur est configurée pour absorber la lumière visible (les photons de plus haute énergie). Le silicium, situé juste en dessous, récupère ensuite les rayonnements infrarouges (de plus faible énergie) que la pérovskite a laissé passer.

Par cette répartition des rôles optiques, la cellule exploite une fraction plus globale de l’énergie solaire incidente. Cette complémentarité permet d’augmenter la quantité d’électricité générée à surface égale, permettant ainsi de concevoir des modules à rendement supérieur.

Les jalons du laboratoire : décryptage des rendements certifiés

L’évolution de ces dispositifs est suivie par des organismes comme le National Renewable Energy Laboratory (NREL), qui recense les meilleurs rendements confirmés pour les cellules de recherche au niveau mondial.

Comme le soulignent les travaux menés par les chercheurs du CNRS et de l’Université de Rennes, la progression technique des prototypes associant pérovskite et silicium est particulièrement marquée. En laboratoire, sur des cellules de très petite surface, les rendements mesurés dépassent désormais le seuil des 35 %. Parallèlement, des modules de plus grande taille affichent des efficacités certifiées supérieures à 27 %.

Ces chiffres indiquent qu’il est physiquement possible de dépasser les limites d’une cellule simple en silicium. Si ces résultats constituent une avancée importante en laboratoire, le passage de ces prototypes vers des chaînes de production à grande échelle nécessite encore de surmonter plusieurs obstacles techniques.

Stabilité cristalline et industrialisation : les verrous technologiques en cours de levée

L’un des principaux verrous à lever concerne la sensibilité de la pérovskite face à son environnement. Sous l’effet prolongé de l’humidité ou de fortes chaleurs, ce matériau tend à se dégrader. Au niveau microscopique, sa structure cristalline change de configuration : elle passe d’une phase active absorbante (souvent qualifiée de phase « noire ») à une phase dégradée (dite « jaune ») qui perd une grande part de ses propriétés photovoltaïques.

Les équipes scientifiques se concentrent sur la stabilisation de ces matériaux. Pour valider leurs solutions de protection, elles recourent à des tests de vieillissement accéléré, soumettant par exemple les cellules à des éclairements intensifs simulant jusqu’à quinze fois la puissance du soleil, comme le rapportent les équipes de recherche françaises. L’enjeu industriel est d’obtenir des modules tandem capables de s’approcher de la durée de vie standard attendue sur le marché photovoltaïque, généralement estimée entre 20 et 25 ans.

Cette filière émergente s’appuie également sur des composants de base dont les matières premières sont disponibles en Europe. Selon les chercheurs de la filière, cette particularité géographique pourrait faciliter la structuration d’une chaîne de valeur locale autour de la production solaire de nouvelle génération.

Les recherches sur les cellules tandem pérovskite-silicium illustrent la capacité d’adaptation de la filière solaire face aux contraintes spatiales. Loin de rendre obsolètes les parcs existants, ces travaux préparent une solution de densification spécialement adaptée aux toitures et aux zones artificialisées de demain. En s’intégrant de façon complémentaire aux autres sources du mix électrique français, l’innovation photovoltaïque confirme sa place comme un levier structurant et durable de la transition énergétique.

À faire maintenant

Faut-il attendre les panneaux tandem pour s’équiper ? Si l’optimisation portée par les pérovskites offre de belles perspectives pour la prochaine décennie, elle ne justifie en aucun cas de suspendre un projet photovoltaïque aujourd’hui. Les panneaux en silicium actuellement distribués en France s’appuient sur une technologie mature, dont le comportement à long terme est largement documenté.

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La pertinence d’une installation solaire se juge sur des critères concrets et immédiats : votre niveau d’ensoleillement régional, l’adéquation entre le dimensionnement matériel et votre consommation, le mode de valorisation de l’énergie (autoconsommation avec revente du surplus) et les aides en vigueur. Repousser un projet au nom d’une technologie en phase de laboratoire peut signifier renoncer dès maintenant à des économies réelles sur vos factures énergétiques. Le silicium disponible aujourd’hui constitue déjà une solution compatible avec les objectifs de transition ; les avancées de la recherche prépareront simplement l’optimisation des futures surfaces à équiper.

Sources de la rédaction :

  • Agence Internationale de l’Énergie (IEA) – Données du marché mondial et rapport Renewables.
  • National Renewable Energy Laboratory (NREL)Best Research-Cell Efficiency Chart.
  • CNRS / Université de Rennes – Travaux de recherche sur la technologie pérovskite, les architectures moléculaires et la stabilité cristalline.

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