Taxe Ifer : la droite veut faire payer davantage les centrales solaires et éoliennes au budget 2027

Hangars agricoles, toitures d'entrepôts, ombrières, parcs au sol et éoliens : tous les exploitants de plus de 100 kWc paient chaque année l'Ifer. Au 1er janvier 2027, cette taxe quasi double déjà pour le solaire d'avant 2021. Et à l'Assemblée, des amendements des groupes de droite au budget 2027 veulent la renchérir encore. Ce que cela représente, installation par installation.

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Pour un agriculteur qui exploite un hangar photovoltaïque de 100 kWc mis en service avant 2021, l’Ifer passe déjà de 862 € à 1 616 € par an au 1er janvier 2027, en vertu du budget voté l’an dernier. Les débats ouverts cette semaine sur le projet de loi de finances 2027 remettent la taxe sur la table, avec des propositions venues de la droite et de l’extrême droite qui visent les installations plus récentes et l’éolien terrestre.

Ce qui se joue à l’Assemblée cette semaine

Le projet de loi de finances pour 2027 a été déposé le 1er octobre. Près de 1 800 amendements ont été déposés sur sa première partie, celle des recettes, que la commission des finances examine du 7 au 9 octobre. Selon GreenUnivers, les premiers textes déposés marquent un retour en force de l’imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux, à l’initiative des groupes de droite.

L’offensive n’est pas nouvelle. Au budget 2026, le groupe UDR avait proposé d’appliquer à l’éolien terrestre la même majoration de 7,54 €/kW que celle imposée au solaire ancien. Un an plus tôt, un député voulait même multiplier par dix l’Ifer éolien. Les deux textes avaient été rejetés. Le sort des propositions 2027 dépendra des votes, mais la cible est connue : les tarifs réduits et l’éolien.

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Qui paie l’Ifer, et combien aujourd’hui

L’Ifer ne concerne que les installations dont la puissance cumulée des onduleurs atteint ou dépasse 100 kW sur un même lieu. Les panneaux des maisons, généralement entre 3 et 9 kWc, n’y sont pas soumis. Un grand hangar agricole, la toiture d’un entrepôt, des ombrières ou une centrale au sol le sont tous.

Le barème 2026 distingue deux régimes. Les centrales mises en service avant le 1er janvier 2021 paient 8,62 €/kW. Celles mises en service après cette date bénéficient d’un tarif réduit à 3,588 €/kW, aligné sur l’hydraulique pendant leurs vingt premières années. La loi de finances 2026 a ajouté pour les premières une majoration de 7,54 €/kW de 2027 à 2029, soit 16,16 €/kW au total. Le produit de cette majoration va au budget de l’État, et non aux collectivités.

C’est précisément ce tarif réduit post-2021 qui constitue la cible naturelle de toute nouvelle hausse : il concerne l’essentiel du parc installé ces cinq dernières années.

Ce que ça coûte concrètement : trois cas types

ECOinfos a calculé l’Ifer annuel de trois installations types selon la loi actuelle, puis selon deux scénarios de durcissement plausibles, qui ne reproduisent pas un amendement précis.

InstallationIfer 2026Ifer 2027 (loi actuelle)Scénario A : fin du tarif réduitScénario B : fin du tarif réduit + majoration
Hangar agricole 100 kWc, avant 2021862 €1 616 €1 616 €1 616 €
Toiture d’entrepôt 250 kWc, après 2021897 €897 €2 155 €4 040 €
Centrale au sol 5 MWc, après 202117 940 €17 940 €43 100 €80 800 €

Calculs ECOinfos, hors revalorisation annuelle du barème.

Dans le scénario le plus dur, la facture d’Ifer d’une toiture de 250 kWc serait multipliée par 4,5. Pour un parc éolien de six machines de 3,6 MW, soit 21,6 MW, l’Ifer actuel tourne autour de 184 000 € par an. L’ajout d’une majoration de 7,54 €/kW, comme proposé l’an dernier, porterait la note à près de 347 000 €.

Ramené au chiffre d’affaires, l’effet n’est pas anodin. Un hangar de 100 kWc dans le Sud produit de l’ordre de 120 MWh par an. Avec un contrat d’achat de 10 à 12 c€/kWh, il génère environ 12 000 à 14 000 € de recettes. La hausse déjà votée de 754 € représente donc 5 à 6 % du chiffre d’affaires, et une part bien plus lourde de la marge une fois l’emprunt et la maintenance payés.

Une taxe locale qui glisse vers le budget de l’État

L’Ifer de base finance les communes, intercommunalités et départements qui accueillent les installations. C’est l’un des rares arguments qui pousse un conseil municipal à accepter un parc. La majoration votée l’an dernier a rompu cette logique en fléchant le surplus vers l’État. Les hausses présentées comme favorables aux territoires ne profitent donc aux communes que si le texte le prévoit explicitement : pour les élus ruraux, la répartition compte autant que le montant.

Une filière déjà sous pression budgétaire

Cette offensive fiscale s’ajoute à un PLF 2027 qui s’attaque déjà aux « rentes » des anciens contrats solaires, avec une révision ou une résiliation de certains contrats d’achat et environ 120 millions d’euros d’économies visées. Depuis juin, le tarif de rachat des installations de 100 kWc ou moins est par ailleurs tombé à 1,1 c€/kWh.

L’an dernier, le rapporteur pour avis sur l’énergie, Jean-Luc Fugit, s’était opposé à la hausse de 88 % de l’Ifer sur le solaire ancien, et un député avait tenté de relever le seuil à 500 kW pour épargner les plus petites installations, jugées les plus fragiles. Sans succès. Pour les développeurs, le risque tient moins au montant qu’à l’instabilité du cadre fiscal, qui renchérit le financement bancaire de projets calculés sur vingt ou trente ans.

Ce que les exploitants doivent faire dès maintenant

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Après la commission viendront la séance publique et la navette avec le Sénat, avec l’éventualité d’un 49.3 qui figerait la version du gouvernement. Les exploitants ont intérêt à vérifier la date de mise en service et la puissance cumulée des onduleurs de chaque site, qui fixent le régime applicable. Pour les centrales d’avant 2021, la hausse 2027 doit entrer dès maintenant dans la trésorerie. Pour les autres, mieux vaut provisionner un scénario de durcissement jusqu’au vote définitif, attendu d’ici fin décembre.


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