Monabee en liquidation judiciaire : un nouveau signal pour la filière solaire française

L'installateur solaire Monabee vient d'être placé en liquidation judiciaire par le Tribunal des activités économiques de Lyon, mettant un terme à quinze années d'activité dans le photovoltaïque résidentiel. La société, domiciliée à Dardilly dans le Rhône et employant entre 20 et 49 salariés selon son immatriculation, avait d'abord été placée en redressement judiciaire début avril 2026, avec une date de cessation des paiements fixée au 10 mars 2026. Le tribunal a converti la procédure en liquidation début juillet, actant la fin définitive de l'activité.

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Sur leur site, les fondateurs Clara Trevisiol et Vianney Fichet évoquent l’instabilité réglementaire, les incohérences des orientations politiques et l’absence de vision durable sur la filière photovoltaïque pour expliquer cette issue. Le message, sincère et sans ambiguïté sur la déception de l’équipe, mérite d’être replacé dans le contexte plus large que traverse actuellement l’ensemble du secteur.

Une défaillance qui n’a rien d’isolé

Monabee n’est pas la première structure du secteur à disparaître ces derniers mois. ECOinfos a déjà documenté la liquidation judiciaire d’Everwatt, qui avait suscité les mêmes inquiétudes au sein de la profession. Le phénomène dépasse ces deux dossiers pris isolément : selon des données reprises par Le Figaro, une entreprise sur deux de moins de cinq ans d’existence a fait faillite dans le secteur photovoltaïque. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a par ailleurs enregistré une hausse de 47 % des plaintes liées au photovoltaïque entre 2023 et 2025, un indicateur qui traduit à la fois la multiplication d’acteurs peu scrupuleux et la fragilité générale du marché.

Ce climat s’inscrit d’ailleurs dans un ralentissement réel du marché résidentiel, et non dans une dynamique florissante. Au premier trimestre 2026, Enedis a certes raccordé 1 418 mégawatts de nouvelle puissance photovoltaïque, un niveau proche du T1 2025. Mais ce chiffre masque une chute de 43 % du nombre d’installations raccordées sur la période, à 31 565 contre plus de 55 000 un an plus tôt, et une division quasiment par deux du volume de projets en autoconsommation résidentielle. La stabilité apparente en mégawatts tient surtout à l’inertie d’un stock de projets déjà engagés et à la part croissante des grandes installations, qui pèsent lourd en puissance mais restent marginales en nombre. Le petit résidentiel, celui que ciblait justement Monabee, marque donc un vrai coup d’arrêt.

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Ce que ECOinfos retient de cette séquence

Ce n’est pas un hasard si des acteurs installés depuis dix ou quinze ans, avec une clientèle réelle et un savoir-faire technique reconnu, finissent en liquidation au même rythme que des sociétés éphémères créées pour encaisser des acomptes avant de disparaître. Les changements répétés sur les dispositifs de soutien ces dernières années, la longue période d’attentisme réglementaire de 2024 et 2025, puis un cadre PPE3 arrêté tardivement et à des ambitions revues à la baisse, ont fragilisé autant les acteurs sérieux que les opportunistes. Une filière ne peut pas se structurer durablement si les règles du jeu changent à chaque cycle politique et si les signaux envoyés aux investisseurs et aux professionnels varient d’une échéance électorale à l’autre.

Cette instabilité a un coût que l’on mesure aujourd’hui en emplois et en savoir-faire perdus. Une entreprise qui a formé des techniciens, structuré un service après-vente et accompagné des milliers de foyers vers l’autoconsommation pendant quinze ans ne disparaît pas parce que son modèle était mauvais : elle disparaît parce que l’environnement dans lequel elle opérait est devenu illisible. Le travail accompli par les équipes de Monabee pour développer un solaire de qualité en France mérite d’être reconnu, indépendamment du sort de la structure qui l’a porté.

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L’équipe d’ECOinfos tient à saluer, au-delà de l’analyse de ce dossier, les échanges et la collaboration entretenus avec Monabee pendant plusieurs années. Ces échanges ont nourri une partie de notre couverture du solaire résidentiel et reflétaient une exigence technique et un souci de transparence rares dans un secteur où les deux se font parfois défaut. Nous adressons nos remerciements à Clara Trevisiol, Vianney Fichet et à l’ensemble des équipes qui ont fait vivre ce partenariat, et leur souhaitons le meilleur pour la suite. 💙

Un test pour la suite de la filière

Ce dossier intervient à un moment charnière pour le secteur. La trajectoire solaire fixée par la PPE3 en février 2026 a certes mis fin à la menace d’un moratoire, mais elle acte aussi un net ralentissement des ambitions, avec un objectif ramené à 48 GW en 2030 contre 54 GW envisagés initialement. Sa mise en œuvre reste en cours, avec des appels d’offres relancés par vagues successives tout au long de 2026 et de nouveaux dispositifs encore à l’étude pour l’automne. Chaque nouvelle liquidation d’un acteur installé de longue date pèse sur la confiance des professionnels du secteur et sur celle des partenaires financiers appelés à soutenir la croissance de la filière, dans un cadre par ailleurs désormais clarifié sur le papier mais encore incertain dans son application concrète.


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