Dieselgate : Renault renvoyé en correctionnelle, 2 millions de véhicules en cause, le Diesel condamné à l’avenir ?

C'est une décision judiciaire publiée ce 28 juillet 2026 qui rebat les cartes de l'automobile française. Renault est officiellement renvoyé devant le tribunal correctionnel pour tromperie aggravée, accusé d'avoir manipulé les émissions de près de 2 millions de véhicules diesel entre 2009 et 2017. Bien au-delà du procès, c'est le moteur diesel lui-même qui se retrouve sur le banc des accusés.

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Ce que le parquet reproche à Renault : une tromperie organisée sur 8 ans

Le parquet de Paris accuse Renault d’avoir calibré ses véhicules diesel de façon à ce qu’ils respectent les normes d’émissions en conditions de laboratoire, tout en produisant des niveaux de pollution bien supérieurs sur route réelle. Les faits reprochés couvrent une période de huit ans, entre 2009 et 2017, et concernent 1 768 006 véhicules Euro 5 et 294 790 véhicules Euro 6, pour un total de près de 2 millions de voitures commercialisées en France. Le parquet qualifie cette pratique de stratégie « assumée » et « collégiale », suggérant qu’elle ne relevait pas d’un dysfonctionnement technique isolé, mais d’un choix délibéré à plusieurs niveaux de l’entreprise. Ce renvoi en correctionnelle intervient dans le sillage du scandale Volkswagen, révélé en 2015, qui avait touché plus de 11 millions de véhicules dans le monde et ouvert la voie à des poursuites contre d’autres constructeurs européens.

Renault, de son côté, conteste fermement tout manquement. Dans son communiqué du 27 juillet 2026, le constructeur affirme que ses systèmes de contrôle des émissions conciliaient réduction de la pollution et sécurité des conducteurs, et promet de défendre son innocence. L’audience de fixation du procès est attendue au 1er avril 2027, avec un jugement qui ne devrait pas intervenir avant 2028. Peugeot-Citroën et Fiat Chrysler, qui font également l’objet de demandes de renvoi de la part du parquet, pourraient se retrouver dans une situation similaire dans les mois à venir.

2 millions de propriétaires de diesel face à une impasse : revente, ZFE, pollution réelle

Pour les propriétaires des véhicules concernés, la nouvelle est pour le moins inconfortable. Même si le procès ne débouchera pas sur un rappel obligatoire des véhicules à court terme, elle renforce une réalité déjà difficile à vivre au quotidien : posséder un diesel en 2026 est de plus en plus contraignant. Les villes françaises multiplient les zones à faibles émissions (ZFE), qui interdisent progressivement la circulation des véhicules les plus polluants selon leur vignette Crit’Air. Un diesel Euro 5, précisément au cœur de ce dossier, est classé Crit’Air 2, et se retrouve déjà exclu de certaines métropoles aux heures de pointe.

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Prenons l’exemple d’un propriétaire parisien d’une Renault Clio IV diesel Euro 5 de 2013, acheté en toute bonne foi il y a dix ans : son véhicule, potentiellement concerné par les faits reprochés, vaut aujourd’hui sensiblement moins qu’un équivalent essence ou hybride à la revente, et se retrouve progressivement exclu des centres-villes sans qu’aucune compensation ne lui soit proposée.

La décote des diesels sur le marché de l’occasion s’est accentuée depuis plusieurs années, non pas à cause du scandale Renault spécifiquement, mais parce que les acheteurs anticipent les contraintes à venir. Cette pression conjuguée, judiciaire, réglementaire et commerciale, pousse de nombreux ménages à accélérer un changement de véhicule qu’ils n’avaient pas forcément prévu, souvent au profit de l’électrique ou de l’hybride.

NOx, santé publique : pourquoi le diesel était une fausse promesse énergétique

Au cœur du dossier se trouvent les oxydes d’azote (NOx), ces polluants que le diesel émet en grande quantité et dont les effets sur la santé sont documentés depuis des décennies : irritations des voies respiratoires, aggravation de l’asthme, bronchites chroniques, et dans les cas les plus graves, maladies cardiovasculaires. C’est d’ailleurs précisément sur ce point que la qualification de « tromperie aggravée » prend tout son sens : le parquet estime que le calibrage frauduleux des systèmes de contrôle des émissions a directement contribué à exposer des populations à une pollution invisible mais réelle, favorisant selon les réquisitions « l’apparition de maladies respiratoires ».

Le diesel avait longtemps été vendu comme un choix rationnel sur le plan énergétique, notamment grâce à sa moindre consommation et à ses émissions de CO2 inférieures à celles de l’essence. Mais cette équation ne tenait que si les niveaux de NOx affichés étaient réels. Dès lors que ces chiffres étaient manipulés, l’avantage environnemental du diesel disparaissait largement, et son bilan sanitaire devenait franchement négatif. Le moteur thermique diesel, pensé comme un compromis acceptable dans la transition énergétique, s’est révélé être un maillon fragile dont les dégâts réels avaient été soigneusement occultés.

Vers l’électrique : ce que le Dieselgate a finalement accéléré pour l’industrie automobile française

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Le paradoxe du Dieselgate, c’est qu’en ébranlant durablement la confiance des consommateurs dans le moteur thermique, il a puissamment contribué à accélérer la transition vers le véhicule électrique. Les ventes de voitures électriques ont progressé de façon spectaculaire en Europe depuis 2015, et cette dynamique doit beaucoup à la méfiance installée par les scandales successifs autour du diesel. Renault lui-même, qui sera jugé pour avoir mal géré son passé thermique, a entre-temps engagé plus de 10 milliards d’euros d’investissements dans l’électrique et les batteries d’ici 2030, avec notamment le succès de la Renault 5 E-Tech. Le constructeur est aujourd’hui l’un des leaders du marché électrique en France, une ironie de l’histoire qui n’échappe pas aux observateurs du secteur.

Le procès, dont l’issue reste incertaine et lointaine, ne changera pas fondamentalement la donne industrielle. La condamnation commerciale du diesel par les consommateurs, les réglementations européennes et les contraintes de circulation urbaine est déjà en cours. Ce que ce renvoi en correctionnelle rappelle avec force, c’est que la transition énergétique dans l’automobile n’est pas qu’une affaire de technologie ou de subventions : c’est aussi une affaire de confiance, et que cette confiance, une fois brisée, se reconstruit très difficilement.


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