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Le problème des 10 % restants
En France, 90 % des trains voyageurs circulent déjà sur des lignes équipées de caténaires, ces fils électriques qui alimentent les rames en continu. Pour ces trains-là, l’empreinte carbone est déjà réduite, alimentée qu’elle est par le mix électrique français, majoritairement nucléaire et renouvelable. Mais il reste 10 % du réseau ferroviaire non électrifié, des lignes secondaires souvent rurales, dont l’équipement en infrastructure coûterait des milliards d’euros pour un trafic parfois très limité.
Sur ces lignes, la SNCF faisait jusqu’ici rouler des rames bimode, capables de basculer entre moteur électrique sur les tronçons câblés et moteur diesel sur les tronçons non câblés. Un compromis qui fonctionne, mais qui maintient une consommation de diesel incompatible avec les objectifs de décarbonation du secteur des transports.
C’est précisément ce verrou que le nouveau train à batterie d’Alstom vient de faire sauter.
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Comment fonctionne concrètement ce train ?
Le principe est élégant dans sa simplicité. Le train se comporte comme une rame électrique classique lorsqu’il circule sous caténaire : il puise son énergie dans le réseau et, en même temps, recharge ses batteries embarquées. Lorsqu’il aborde un tronçon non électrifié, il bascule automatiquement sur ses batteries, sans rupture de confort pour les passagers, et sans une goutte de diesel.
Sur la ligne Nîmes-Vauvert, le train circule sous caténaire jusqu’à un certain point, puis parcourt le tronçon non électrifié jusqu’à Vauvert en puisant dans ses batteries. L’autonomie en mode 100 % batterie dépasse les 80 kilomètres, ce qui couvre largement les besoins de la ligne.
Un autre avantage mérite d’être souligné : le freinage régénératif. À chaque fois que le train freine, l’énergie cinétique est récupérée et stockée dans les batteries, ce qui permet d’économiser jusqu’à 20 % d’énergie par rapport à une rame conventionnelle. Et comme le moteur électrique ne produit aucune combustion, le train est sensiblement plus silencieux que les versions diesel, ce que les riverains des lignes concernées ne devraient pas manquer de remarquer.
Un programme national à 41 millions d’euros
Ce premier train en Occitanie ne vient pas de nulle part. Il s’inscrit dans un programme national piloté conjointement par Alstom, la SNCF Voyageurs et cinq régions françaises : Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France et Nouvelle-Aquitaine. L’enveloppe totale du programme atteint 41 millions d’euros, répartis entre les régions participantes (30 millions), SNCF Voyageurs (6 millions) et Alstom (5,5 millions).
La région Sud avait d’ailleurs pris une longueur d’avance : depuis le 28 juillet 2026, un premier train à batterie circule déjà sur la ligne Avignon-Carpentras, sur un principe identique. Le train roule sous caténaire jusqu’à Sorgues, puis bascule sur batterie pour rejoindre Carpentras sur la portion non électrifiée.
Ces deux mises en service inaugurales ne constituent qu’une première étape. Les essais en conditions réelles sont programmés pour durer au moins deux ans, avec pour objectif d’analyser les performances, la consommation, la fiabilité et l’autonomie au quotidien avant tout déploiement à plus grande échelle sur le reste du réseau national.
Pourquoi c’est important pour la transition énergétique
Il serait tentant de voir dans ce train une anecdote technique. Ce serait une erreur. Le ferroviaire représente l’un des modes de transport les moins émetteurs de CO2 par voyageur, mais cette performance repose presque entièrement sur l’électrification des lignes. Faire rouler des trains diesel sur des lignes secondaires efface une grande partie de cet avantage environnemental.
La batterie embarquée ouvre une voie alternative à l’électrification complète des infrastructures, dont le coût est souvent prohibitif pour des lignes peu fréquentées. Plutôt que d’engager des travaux de pose de caténaires sur des centaines de kilomètres de voies secondaires, il devient possible de moderniser le matériel roulant pour éliminer le diesel, à un coût bien plus raisonnable.
Cette logique s’inscrit parfaitement dans les objectifs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) publiée en février 2026, qui fixe des trajectoires de décarbonation ambitieuses pour tous les secteurs, y compris les transports terrestres.
Un signal fort pour l’industrie ferroviaire française
Au-delà de l’enjeu environnemental, cette mise en service envoie un signal industriel important. Alstom, qui traverse une période de restructuration difficile, démontre ici sa capacité à livrer des innovations technologiques concrètes et opérationnelles. La France devient le premier pays à exploiter commercialement ce type de rame régionale à batterie dans le cadre d’un programme national structuré, ce qui positionne le groupe français en avance sur plusieurs de ses concurrents européens.
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Pour les régions impliquées, l’enjeu est aussi territorial : maintenir des liaisons ferroviaires attractives sur des lignes secondaires qui seraient autrement condamnées à une dégradation de service, voire à la fermeture pure et simple, face aux coûts d’exploitation d’un parc diesel vieillissant.
Les prochains mois seront décisifs. Si les essais confirment les performances annoncées, rien n’empêche d’envisager une généralisation rapide de ce modèle à d’autres lignes françaises encore tributaires du diesel, et avec elles, une transformation silencieuse mais profonde du paysage ferroviaire régional.

