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Une partie de l’électricité verte qui alimente habituellement l’équivalent de 240 000 foyers français est actuellement coupée. En cause : la centrale photovoltaïque de Cestas, entre Bordeaux et Arcachon, la plus puissante de France avec 300 MW, a été rattrapée dans la nuit de samedi à dimanche par le méga-feu qui ravage la Gironde depuis une semaine. Les flammes, venues de l’ouest, ont pénétré sous quelques mètres au nord du site, selon les informations rapportées par GreenUnivers. La centrale a été sauvée, mais elle reste à l’arrêt.
Ce qui s’est passé dans la nuit de samedi à dimanche
Samedi soir, les autorités ont décidé de nouvelles évacuations dans plusieurs communes proches de Bordeaux, dont Cestas, alors que l’incendie, qualifié de « pyrocumulonimbus » par les pompiers du département (un phénomène où le feu crée son propre vent et devient erratique), gagnait en intensité. Dans la nuit, le front du feu a atteint la bordure nord de l’installation exploitée et en partie détenue par Neoen, qui possède 40 % du site, les 60 % restants appartenant à d’autres actionnaires.
C’est dans ce contexte tendu qu’un renfort a été engagé spécifiquement pour protéger le parc de panneaux, avec pour résultat une grande partie des installations préservée, même si la centrale reste, à ce stade, à l’arrêt le temps des vérifications.
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Un renfort suisse envoyé spécifiquement pour protéger le site
Ce sont des pompiers venus de Suisse qui ont assuré la protection du site durant cette nuit critique. Un détachement de 34 sapeurs-pompiers romands, 23 Genevois, huit Vaudois, deux Neuchâtelois et un pompier de Haute-Savoie, est parti samedi midi de Genève avec onze véhicules et est arrivé en soirée dans la banlieue de Bordeaux. L’ensemble du détachement a été engagé dès son arrivée sur la commune de Cestas.
Selon Nicolas Millot, porte-parole du groupement genevois des services d’incendie et de secours, contacté par plusieurs médias suisses, l’ensemble des équipes était pleinement mobilisé sur place à 1 heure du matin « pour protéger un champ de panneaux photovoltaïques ». Il précise qu’« une grande partie des champs de panneaux a été préservée », la mission ayant pris fin vers 6 heures dimanche matin. Les mêmes pompiers devaient reprendre leur mission dans la journée, d’autres renforts suisses étant attendus jusqu’au 1ᵉʳ août. Paris a par ailleurs demandé à Berne l’envoi de quatre hélicoptères légers dans le cadre du mécanisme européen de protection civile.
Cet épisode illustre concrètement un phénomène que les propriétaires de toitures solaires connaissent parfois de loin : lorsqu’un feu de forêt s’approche d’une installation photovoltaïque, la priorité des secours est de préserver les onduleurs, les câbleries et les postes de livraison, bien plus fragiles face aux flammes que les panneaux eux-mêmes.
Une centrale rattrapée par le pire épisode de feux depuis 1949
Le sort de Cestas ne se joue pas isolément : il s’inscrit dans l’une des crises d’incendies les plus graves qu’ait connues la France depuis plus de 70 ans. Partis mercredi 22 juillet, les feux qui touchent la Gironde et une partie des Landes ont déjà détruit au moins 42 000 hectares dans le département à la date du 27 juillet, selon les pompiers locaux. Le bilan humain s’alourdit également : environ 80 sapeurs-pompiers ont été blessés selon le dernier point de situation disponible, dont une dizaine ont dû être évacués vers des structures de soin. Aucune victime civile n’était à déplorer selon le bilan communiqué dimanche par la préfecture.
| Date | Hectares brûlés en Gironde | Personnes évacuées (cumulé) |
|---|---|---|
| 23 juillet | 4 800 ha | 20 000 |
| 24 juillet | 19 000 ha | 110 000 |
| 26 juillet | 42 000 ha | 220 000 |
Ce tableau donne la mesure de l’emballement du sinistre en quatre jours à peine. Pour situer l’ampleur de l’événement, le précédent le plus sévère en surface remonte à 1949, année où les feux de Gironde avaient parcouru environ 52 000 hectares et fait 82 morts. Les feux de 2026 n’ont, à ce stade, pas dépassé ce record en surface, mais ils sont déjà considérés comme les plus dévastateurs depuis cette date. À l’échelle nationale, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez évoquait dimanche 115 000 hectares parcourus par le feu depuis le début de l’année, un chiffre national qu’il ne faut pas confondre avec les 42 000 hectares propres à la Gironde.
Quel impact sur l’électricité et sur les prix
Une centrale de 300 MW à l’arrêt en plein été n’est pas un détail technique : c’est une capacité de production qui, en fonctionnement normal, produit en moyenne 345 GWh par an, soit l’équivalent de la consommation annuelle de plus de 240 000 habitants hors chauffage, selon les données communiquées par Neoen. Rapportée à une journée, cette moyenne annuelle représente environ 945 MWh de production perdue par jour d’arrêt, un ordre de grandeur que l’on peut valoriser au prix moyen du marché de gros de juillet 2026, autour de 92 euros le MWh. Cela représenterait une perte de l’ordre de 85 000 à 90 000 euros par jour sur cette base. Dans les faits, ce montant est probablement sous-estimé : l’été est la période de plus forte production solaire de l’année, et le design est-ouest de Cestas, pensé pour étaler la production sur toute la journée, laisse penser qu’un jour de plein été produit nettement plus que la moyenne annuelle.
Il faut toutefois nuancer cet impact avec un paramètre propre au marché électrique français actuel : sur de nombreuses heures de milieu de journée, notamment le 26 juillet, le prix spot est tombé en territoire négatif (jusqu’à -0,86 euro le MWh à 16 heures), précisément parce que la production solaire nationale dépasse alors la demande. Autrement dit, sur ces heures-là, l’arrêt de Cestas retire de la capacité à un moment où le système électrique est déjà en surproduction solaire : l’effet immédiat sur les prix de gros y est donc plus limité qu’il ne le serait en soirée, aux heures de pointe, où le prix grimpe lui à plus de 140 euros le MWh. Ce n’est qu’en cas de vague de chaleur combinée à une forte demande de climatisation que l’absence de cette capacité pourrait davantage se faire sentir sur les prix.
Autre volet moins visible pour le grand public : depuis 2022, Cestas met à disposition de RTE une partie de ses onduleurs pour participer aux services système qui stabilisent la fréquence du réseau électrique, selon Neoen. Le temps de l’arrêt, cette contribution est suspendue, sans que cela remette en cause la stabilité globale du réseau, RTE disposant d’autres moyens de réglage.
Et maintenant, quelle suite pour la centrale
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Aucune date de redémarrage n’a été communiquée à ce stade par Neoen ni par les autorités. Après le passage d’un feu à proximité immédiate d’une installation photovoltaïque de cette taille, une inspection des câbles, des onduleurs et des postes de livraison est généralement nécessaire avant toute remise sous tension, une vérification qui peut prendre de quelques jours à plusieurs semaines selon l’étendue des dégâts constatés. Pour l’heure, la priorité reste la lutte contre le feu lui-même : la préfète de Gironde a indiqué que le retour des personnes évacuées n’aura pas lieu tant que l’incendie ne sera pas fixé.

