Stockage d’énergie : de nouvelles capacités pour accompagner la croissance des renouvelables

La transition énergétique française franchit une étape industrielle. Avec la création de la plateforme Corsica Sole Hexagone, les infrastructures à grande échelle se déploient comme un levier de flexibilité pour le système électrique, facilitant l'intégration des énergies renouvelables au réseau.

Montrer le sommaire Cacher le sommaire

Résumé : 

  • Investissement : 150 M€ mobilisés par Corsica Sole et la Banque des Territoires.
  • Ambition : Déploiement de 2 GWh de capacité sur le réseau haute tension d’ici 2029.
  • Rôle : Transformer l’électricité variable (solaire/éolien) en une ressource pilotable.
  • Contexte : Des capacités de stockage par batterie raccordées au réseau de distribution multipliées par 11 en 4 ans.

L’éolien et le solaire occupent une place centrale dans notre mix électrique national. Pour optimiser cette production décarbonée et garantir sa disponibilité, le développement de solutions de stockage devient un enjeu de premier plan. Il s’agit de décorréler le moment de la production de celui de la consommation afin d’offrir au système la souplesse nécessaire à son équilibre permanent.

Corsica Sole Hexagone : un projet structurant pour la flexibilité

L’IPP français Corsica Sole et la Banque des Territoires ont officialisé la création d’une plateforme commune dédiée aux installations à grande échelle. Baptisée Corsica Sole Hexagone, cette structure est détenue à 51 % par l’opérateur privé et à 49 % par l’investisseur public. Leur alliance vise à accélérer la mise en service de projets raccordés au réseau haute tension géré par RTE.

Photovoltaïque : pourquoi la baisse des coûts devrait se poursuivre

Une enveloppe d’investissement pouvant atteindre 150 millions d’euros est mobilisée pour bâtir ces actifs stationnaires, avec un calendrier opérationnel déjà tracé. Dès 2027, un premier site verra le jour à Beuvry (Hauts-de-France) avec une puissance de 50 MW pour 100 MWh de capacité. Par la suite, le lancement de la construction de deux autres opérations totalisant 500 MW et 1 GWh est programmé avant la fin 2026. À l’horizon 2029, la plateforme ambitionne d’atteindre une capacité totale de près de 2 GWh sur le territoire national.

Pourquoi le stockage est un partenaire stratégique des EnR

Les énergies renouvelables comme l’éolien et le photovoltaïque produisent de l’électricité selon les conditions météorologiques. Fin 2023, la France comptait 41,6 GW de capacités installées pour ces deux filières. Contrairement aux idées reçues, leur intégration ne demande pas l’installation d’une puissance de stockage équivalente à chaque mégawatt produit. Selon les scénarios de l’ADEME, multiplier par cinq la puissance des énergies variables d’ici 2050 ne conduirait qu’à un besoin de stockage limité (moins de 20 GW), grâce à la complémentarité des autres leviers de flexibilité.

Comprendre le mécanisme de la flexibilité

L’ADEME définit cette notion comme la capacité du système à décaler une consommation ou une production. Ce levier permet notamment de limiter les pertes d’énergie verte lors des pics de production.

Prenons un cas concret : le 28 juin 2024, plus de 3 GW de production photovoltaïque ont été « écrêtés » (non injectés sur le réseau) entre 13h et 16h. Pourtant, le soir même à 21h30, la production des centrales à gaz a dû augmenter de 400 MW pour couvrir la demande lors du lancement des ballons d’eau chaude. Les batteries lithium-ion offrent alors une option pertinente pour absorber une partie de ce surplus de mi-journée afin de le restituer lors de la pointe du soir, contribuant ainsi à réduire la dépendance aux énergies fossiles.

Une dynamique industrielle soutenue en France

Le paysage électrique français se transforme rapidement. Selon l’Observatoire Enedis, les capacités de stockage par batterie raccordées au réseau de distribution ont atteint 529 MW à la fin du troisième trimestre 2024. Si la France se situe actuellement derrière l’Allemagne ou le Royaume-Uni sur ce segment, des projets d’envergure émergent, comme l’unité Amarenco de Saucats (Gironde) et ses 105 MW.

Historiquement, le pays s’appuie sur 5,2 GW de puissance via les STEP (Stations de Transfert d’Énergie par Pompage) liées aux barrages hydrauliques. Ces installations assurent la gestion de longue durée, mais leur potentiel de développement géographique est désormais limité (environ 2 à 3 GW additionnels possibles). Dans ce contexte, les batteries apparaissent comme une réponse complémentaire pour l’équilibrage quotidien et rapide du réseau.

Des citoyens acteurs de l’équilibre électrique

Nouveaux projets éoliens en France : une étape clé pour la production d’électricité verte
Gaz renouvelable : la montée en puissance du biométhane dans nos territoires

Les grandes infrastructures ne sont qu’une partie de l’équation. La flexibilité de demain reposera également sur les solutions décentralisées et la gestion de la demande, notamment via les véhicules électriques. À l’été 2024, la France comptait 1,2 million de voitures électriques. En décalant leur recharge vers les heures de forte production solaire (10h-16h), il devient possible d’absorber des surplus renouvelables de manière très efficace.

Pour le consommateur, cette évolution s’appuie sur trois piliers identifiés par l’ADEME : le suivi des consommations via le compteur Linky, l’utilisation d’offres tarifaires incitatives (type Tempo) et le pilotage automatisé des appareils connectés. En investissant dans ces nouvelles infrastructures, la France renforce la viabilité de son mix énergétique. Le projet Corsica Sole Hexagone illustre ainsi l’un des leviers mobilisés pour bâtir un système électrique résilient et durable.


Vous aimez cet article ? Partagez !