Sortie des fossiles : la Colombie teste un modèle inédit pour accélérer les renouvelables

Le sommet de Santa Marta (avril 2026) a mis en lumière une trajectoire énergétique singulière : celle d'un pays producteur d'hydrocarbures qui amorce un basculement vers les renouvelables. Entre montée en puissance du solaire et gestion d'un mix décarboné, décryptage technique d'une mutation qui illustre les défis de diversification des économies extractives.

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Résumé :

  • Pivot technologique : La part du solaire et de l’éolien dans le mix électrique colombien est passée de 2 % à 17 %en quatre ans.
  • Stabilité du réseau : Le modèle repose sur une complémentarité entre l’hydroélectricité pilotable et les énergies renouvelables (EnR) à production variable.
  • Seuil historique : En 2025, la production solaire nationale a surpassé celle issue du charbon pour la première fois.
  • Réalité économique : La transition est encadrée par une stratégie de « gradualité » pour préserver les finances publiques encore liées aux exportations fossiles.

Une accélération du mix électrique par le solaire

L’accélération de la transition en Colombie n’est plus une simple intention, mais une réalité mesurable sur le réseau. Selon les données gouvernementales, la part des énergies renouvelables non conventionnelles (solaire et éolien) a atteint 17 % en 2026, contre seulement 2 % en 2022.

Le point d’inflexion majeur a été observé en 2025. Pour la première fois, la production d’électricité d’origine solaire a été plus importante que celle des centrales à charbon. Cette performance s’appuie sur le programme « Colombia Solar », doté d’un budget de 2 milliards de dollars d’ici 2030, ciblant deux axes :

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  1. Le déploiement de parcs solaires de grande envergure, notamment dans la zone Caraïbes.
  2. L’autoconsommation décentralisée, via l’installation de panneaux photovoltaïques sur les toits, visant à démocratiser l’accès à l’énergie.

Cette dynamique rejoint les grandes orientations internationales sur la montée en puissance nécessaire des énergies propres dans les systèmes électriques pour répondre à la croissance de la demande mondiale tout en réduisant la dépendance aux combustibles fossiles.

Indicateur20222026
Part EnR (Solaire + Éolien)2 %17 %
Hiérarchie de productionCharbon > SolaireSolaire > Charbon (depuis 2025)
Budget transition (2030)2 milliards $

Équilibrer la variabilité : la base hydroélectrique

L’un des enseignements techniques de la transition colombienne réside dans la gestion de l’intégration des EnR. La réussite de ce basculement repose sur la présence d’un socle hydroélectrique dominant.

Cette base offre une capacité de pilotage utile pour accompagner la montée en charge des sources à production variable (solaire, éolien). Comme le soulignent les analyses sur la sécurité énergétique des systèmes décarbonés, la stabilité des réseaux dépend souvent de la complémentarité entre les sources intermittentes et les capacités pilotables bas carbone. En Colombie, les réservoirs hydroélectriques permettent de limiter le recours aux centrales thermiques lors des phases d’ajustement du réseau, contribuant ainsi à la stabilité de l’approvisionnement.

Le défi de la diversification : une approche contrainte

Malgré ces avancées, la sortie totale des énergies fossiles reste un processus complexe. Le pétrole et le gaz représentent encore 4 % du PIB colombien et 30 % des exportations. Ces revenus, atteignant environ 15 milliards de dollars par an, restent indispensables pour les finances de l’État.

Le spécialiste de la planification énergétique, Ismael Suescun, rappelle d’ailleurs que se passer des énergies fossiles « prendra plusieurs décennies » compte tenu du déficit budgétaire élevé. La stratégie est donc celle de la gradualité, marquée par des décisions ciblées :

  • Gel de la prospection : Arrêt des nouveaux contrats d’exploration pétrolière et gazière.
  • Encadrement des pratiques : Suspension de la fracturation hydraulique pour les nouveaux projets.
  • Signal politique : En 2025, l’Amazonie colombienne a été présentée comme une zone libre de toute exploitation extractive.

Un premier signal de basculement économique a été enregistré en 2025 : pour la première fois, les exportations de caféont généré davantage de devises étrangères que les exportations de charbon, marquant un début de diversification des revenus nationaux.

Quelles perspectives pour les pays producteurs ?

Le cas colombien illustre une trajectoire de transition progressive. Il montre qu’un pays fortement dépendant des hydrocarbures peut amorcer une diversification énergétique ambitieuse, même si le chemin vers une sortie complète reste long et contraint par des réalités macroéconomiques.

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La transition énergétique devient ici un enjeu industriel : il s’agit de construire une alternative technologique dans un contexte où la demande mondiale de fossiles pourrait être progressivement remise en question par les politiques climatiques. Le modèle colombien suggère que les énergies renouvelables peuvent s’intégrer efficacement dans un mix existant, renforçant ainsi la résilience face à la volatilité des marchés mondiaux de l’énergie.

À l’issue de quatre années de transition accélérée, la Colombie affiche un bilan concret : la part des énergies renouvelables non conventionnelles a été multipliée par huit. Si la dépendance structurelle au pétrole demeure un défi pour les décennies à venir, le pays a posé les jalons d’un mix électrique plus diversifié. Une conférence de suivi prévue à l’automne 2026 devra montrer si cette dynamique débouche sur des mécanismes de coopération technique et économique plus larges entre pays producteurs.


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