Énergies renouvelables et sécurité énergétique : les constats de la conjoncture actuelle

L'analyse des dynamiques récentes sur les marchés mondiaux de l'énergie met en lumière un rôle croissant pour le solaire et l’éolien. Loin d'un retour massif au charbon, les indicateurs montrent que les technologies renouvelables participent à la stabilité des systèmes électriques en réduisant la dépendance aux importations de combustibles fossiles.

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Résumé : 

  • Réduction des besoins d’importation : Depuis 2010, le déploiement des énergies renouvelables (EnR) a permis d’éviter l’importation de 700 millions de tonnes de charbon et 400 milliards de m³ de gaz naturel, soit une économie estimée à 1 300 milliards de dollars.
  • Bascule de la production mondiale : L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) prévoit que les renouvelables deviendront la première source d’électricité mondiale, dépassant le charbon entre fin 2025 et mi-2026.
  • Compétitivité accrue : Le secteur bénéficie d’une baisse notable des coûts de fabrication, notamment une chute de plus de 60 % du prix des modules photovoltaïques en Chine depuis 2023.

Malgré les craintes d’un recours accru au charbon face aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, les chiffres publiés par le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA) en avril 2026 indiquent une tendance différente. En mars 2026, la production mondiale d’électricité à partir de charbon est restée stable, avec un recul de 3,5 % hors de Chine.

Le CREA souligne dans son analyse que cette évolution s’inscrit dans un contexte où la sécurité énergétique mondiale devient de plus en plus liée au développement des capacités renouvelables plutôt qu’à l’approvisionnement en énergies fossiles.

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Les EnR comme facteurs de résilience d’approvisionnement

L’AIE indique dans ses derniers rapports que l’accélération du déploiement des EnR participe à la sécurité énergétique. En substituant une production locale aux combustibles importés, ces technologies limitent l’exposition aux fluctuations des cours mondiaux et aux aléas logistiques. L’agence note ainsi que le déploiement des énergies propres a déjà contribué à réduire les besoins d’importation de combustibles et à renforcer la sécurité de l’approvisionnement électrique.

Cette réactivité est un facteur clé : alors que les grandes infrastructures énergétiques exigent des cycles de planification longs, le rythme des installations renouvelables permet d’ajouter des capacités de production au réseau pour répondre à l’évolution des besoins de puissance.

Le recul de l’avantage économique du charbon

Le rapport du CREA met en évidence un basculement économique accentué par les coûts de logistique maritime. Les tensions sur les voies de transit renchérissent le coût du charbon livré, au point de le rendre, dans certains contextes d’approvisionnement, plus onéreux que la production et le stockage d’énergies renouvelables.

Cette évolution est soutenue par la maturité des mécanismes de marché. L’AIE observe que l’expansion du secteur repose de plus en plus sur des enchères compétitives et des contrats d’achat d’électricité (PPA). Ces accords permettent de sécuriser les coûts énergétiques sur le long terme (15 à 20 ans), offrant une protection contre la volatilité des prix de gros de l’électricité.

Modernisation et flexibilité des systèmes électriques

L’intégration des énergies renouvelables variables nécessite une transformation des infrastructures de réseau. L’AIE identifie le besoin de flexibilité comme une priorité stratégique. Pour limiter les pertes de production (curtailment), les investissements s’orientent vers les solutions de stockage et la gestion active de la demande.

Le pompage-turbinage (PSH) joue un rôle central dans cette mutation : l’AIE prévoit un doublement des ajouts annuels de capacités PSH pour atteindre 16,5 GW par an d’ici 2030. Ces dispositifs, combinés au déploiement de diverses solutions de stockage, visent à assurer la disponibilité de l’énergie en adéquation avec les besoins du réseau, en complément des sources de production pilotables déjà installées.

Une expansion mondiale confirmée

Les prévisions de l’AIE pour 2030 confirment la place prépondérante des énergies décarbonées. Environ 4 600 GW de capacités renouvelables supplémentaires devraient être installés mondialement entre 2025 et 2030, soit une puissance équivalente à la capacité installée cumulée de la Chine, de l’Union européenne et du Japon aujourd’hui.

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À cette échéance, les énergies renouvelables devraient assurer environ 43 % de la production mondiale d’électricité. Selon l’agence, la pérennité de cette dynamique dépendra de la capacité des États à moderniser leurs réseaux électriques et à simplifier les cadres administratifs d’autorisation pour les nouveaux projets.

Le dépassement prochain du charbon par les énergies renouvelables s’inscrit dans une mutation structurelle des systèmes énergétiques mondiaux. Selon les données de l’AIE et du CREA, cette trajectoire est favorisée par des impératifs de compétitivité et de sécurité d’approvisionnement. En développant la flexibilité et en s’appuyant sur des ressources locales, les systèmes électriques gagnent en autonomie face aux instabilités internationales. La sécurité énergétique repose désormais sur une gestion optimisée des flux d’énergies renouvelables.


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