Éolien flottant en Méditerranée : ce que révèle le giga-projet au large de la Corse

L'annonce du projet « Atis » en mer Ligurienne met en lumière l'intérêt croissant pour les énergies marines en Méditerranée. Ce projet de parc italien de 864 MW illustre le potentiel de l'éolien flottant, une technologie qui permet d'envisager de nouveaux espaces de production décarbonée au sein des zones maritimes profondes.

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Résumé : 

  • Une envergure inédite en Méditerranée : Le projet prévoit l’implantation de 48 éoliennes flottantes sur une surface maritime de 264 km² en mer Ligurienne.
  • Le levier des profondeurs : En s’affranchissant des fondations fixes, la technologie flottante est conçue pour s’adapter aux zones méditerranéennes profondes, là où les fonds marins descendent de manière abrupte.
  • Une cohabitation à construire : Situé à proximité de périmètres sensibles, le projet fait l’objet de procédures d’évaluation pour intégrer la biodiversité, la navigation intense et les activités de pêche.
  • Une dynamique européenne : Ce projet s’inscrit dans une dynamique européenne de développement des énergies renouvelables en mer au sein du réseau interconnecté.

L’horizon de la mer Ligurienne pourrait accueillir, si le projet aboutit, une infrastructure énergétique d’une ampleur inédite pour le bassin méditerranéen. Cette zone maritime, partagée par des flux intenses et bordée par les littoraux français, italiens et insulaires, fait actuellement l’objet d’une procédure d’évaluation et d’enquête publique. Jusqu’à présent, la configuration bathymétrique de cette mer fermée, caractérisée par des fonds marins qui plongent de façon abrupte dès que l’on s’éloigne des côtes, rendait difficilement accessible le déploiement de l’éolien offshore traditionnel.

L’éolien offshore posé a démontré sa viabilité sur d’autres façades maritimes, notamment en Atlantique. À 20 kilomètres au large de Saint-Nazaire, un parc en service depuis 2022 alimente en électricité renouvelable environ 700 000 personnes grâce à ses 80 éoliennes. Cependant, ce modèle industriel repose sur des fondations rigides ancrées au sol, une solution technique adaptée aux faibles profondeurs des plateaux continentaux.

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Pour ouvrir la Méditerranée aux énergies marines, la filière s’oriente vers une évolution technologique majeure : l’éolien flottant. En remplaçant les fondations fixes par des structures reliées au fond par des lignes d’ancrage câblées, cette méthode permet de concevoir des installations en haute mer, dans des zones jusqu’alors peu accessibles aux technologies posées. Le projet « Atis » incarne ce changement d’échelle à l’échelle régionale.

Le projet Atis : la Méditerranée s’ouvre aux ambitions industrielles de l’éolien en mer

Porté par l’énergéticien italien Eni Plenitude, le projet Atis ambitionne de déployer 48 éoliennes flottantes. L’ensemble de l’infrastructure occuperait une surface maritime d’environ 264 km² pour développer une capacité nominale globale de 864 MW.

« Ce parc éolien flottant en mer, d’une capacité de 864 MW, sera construit au large des côtes toscanes », détaille Claudio Piccinelli, responsable de l’éolien offshore et des énergies renouvelables de Plenitude.

Géographiquement, les structures flottantes seraient positionnées dans les eaux italiennes, à 28 kilomètres au nord-est du Cap Corse. Le site se situe ainsi à proximité immédiate de l’île de Capraia, de l’île de la Gorgone et de l’archipel toscan, à seulement 6 kilomètres de la limite des eaux territoriales françaises.

Si les phases d’instruction aboutissent, cette installation deviendrait le plus grand parc éolien offshore installé en Méditerranée. Le dossier se trouve actuellement en phase d’évaluation d’impact environnemental, une étape centrale du processus d’instruction visant à analyser la viabilité et les incidences d’une telle infrastructure avant toute phase de construction.

Les grandes profondeurs : le verrou topographique que le flottant cherche à lever

L’intérêt des énergéticiens pour le flottant s’explique par la géologie même du bassin méditerranéen. Contrairement aux configurations de la mer du Nord, les profondeurs augmentent ici très rapidement, rendant les solutions posées au sol difficiles à déployer dans de nombreuses zones du bassin méditerranéen, en dehors de rares franges côtières.

L’éolien flottant en Méditerranée contourne cet obstacle physique en installant le rotor et la nacelle sur des structures flottantes ancrées au fond marin. Ces dernières maintiennent leur position grâce à des lignes de mouillage adaptées aux reliefs importants. Pour les mers fermées à topographie abrupte, le passage au flottant représente une solution clé pour capter les gisements de vent en mer. En ouvrant ces espaces profonds, la technologie permet d’envisager un élargissement des zones mobilisables pour la transition énergétique.

Usage de l’espace maritime : comment la filière anticipe les enjeux locaux

Parce qu’il s’inscrit dans un espace partagé, le projet Atis suscite des points d’attention légitimement analysés par les usagers de la mer et les observateurs des deux côtés de la frontière maritime. Pour ECOinfos, l’enjeu consiste à documenter comment les projets intègrent ces paramètres dès la phase de conception.

Le premier volet concerne la préservation des écosystèmes. Le secteur d’implantation prévu se situe à proximité de zones environnementales sensibles, notamment le parc naturel de l’archipel toscan côté italien, et non loin du Parc naturel marin du Cap Corse côté français. Les évaluations d’impact environnemental étudient précisément l’effet des parties immergées des structures flottantes, des câbles interéoliennes et des ancrages sur les fonds marins ainsi que sur l’avifaune. Une enquête publique a d’ailleurs été ouverte en France, ce qui confirme que les incidences transfrontalières font l’objet d’un examen spécifique.

Le second défi réside dans la cohabitation avec les activités humaines. La mer Ligurienne est un espace de navigation commerciale et de plaisance très fréquenté. L’insertion du parc nécessite une coordination avec les autorités maritimes pour adapter si besoin les couloirs de navigation et garantir la sécurité. De même, l’impact potentiel sur la pêche artisanale locale fait partie des points d’attention réglementaires dans les processus d’évaluation et de concertation. Enfin, concernant l’impact paysager, l’éloignement à 28 kilomètres du littoral du Cap Corse atténue l’émergence visuelle des éoliennes depuis les côtes françaises, celle-ci restant dépendante des conditions de visibilité.

Pour les instances de référence, à l’image des analyses de France Renouvelables ou du Ministère de la Transition écologique dans le cadre français, ces défis constituent des critères d’évaluation indispensables pour veiller à l’intégration environnementale et territoriale des projets industriels.

Vers un mix décarboné interconnecté : l’horizon électrique européen

Le raccordement d’un tel complexe de 864 MW constitue une composante majeure du défi industriel. L’architecture technique d’Atis prévoit l’acheminement de l’électricité via des câbles sous-marins d’exportation connectés à deux sous-stations électriques flottantes, avec un point d’atterrage terrestre identifié à Rosignano-Marittima, sur le littoral toscan.

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Bien que la production et le raccordement soient ancrés dans le réseau italien, la proximité des frontières rappelle la dimension collective de la transition énergétique. L’électricité produite s’inscrirait dans un système électrique européen interconnecté, contribuant aux engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’Italie et de l’Union européenne.

Cette nouvelle capacité de production vient illustrer la trajectoire des mix électriques modernes. En France, la stratégie repose sur la coexistence de sources pilotables, comme l’énergie nucléaire, et de sources variables, à l’image des énergies marines. Cette complémentarité systémique est recherchée pour diversifier l’approvisionnement électrique et consolider la souveraineté énergétique européenne, sans opposer les technologies décarbonées. Au-delà de ce projet italien, l’initiative Atis illustre ainsi les ambitions industrielles de l’éolien flottant, une solution technique appelée à s’inscrire dans la trajectoire des objectifs climatiques communs.


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