Montrer le sommaire Cacher le sommaire
- Le verdict des chiffres : le solaire hybride face au charbon et au gaz
- Mieux gérer la variabilité de la production solaire
- Une option adaptée aux besoins des centres de données et de l’industrie
- Une compétitivité liée au terrain et au réseau
- Vers de nouveaux usages : l’exemple des carburants de synthèse
- Un levier clé pour la planification énergétique
Résumé :
- Une baisse des coûts documentée : Le MWh hybride (solaire + stockage) oscille désormais entre 48 € et 73 €sur les sites bénéficiant d’un fort ensoleillement.
- Le rôle décisif des batteries : Le coût des systèmes de stockage a diminué de 93 % depuis 2010, modifiant l’équation économique du secteur.
- Un déploiement rapide : Ces centrales peuvent être opérationnelles en un à deux ans, offrant une réponse concrète aux besoins croissants d’électricité décarbonée.
Depuis 2010, le secteur de l’énergie a connu une évolution de grande ampleur : le coût de production du solaire photovoltaïque a baissé de 87 %, tandis que celui des batteries a diminué de 93 %. Cette convergence transforme la place du solaire dans le mix énergétique. En l’associant à des capacités de stockage, il ne se limite plus à une source variable, mais peut désormais fournir une électricité disponible de manière plus stable, y compris après le coucher du soleil, selon le dimensionnement des installations.
Selon un rapport de l’IRENA (Agence internationale pour les énergies renouvelables), le coût actualisé de l’électricité (LCOE) pour ces centrales hybrides se situe désormais entre 48 et 73 €/MWh sur les sites mondiaux les mieux dotés. Ce niveau de prix marque un tournant : dans les zones géographiques bénéficiant de ressources solaires optimales, cette combinaison devient compétitive face à la construction de nouvelles centrales au charbon ou au gaz.
Géothermie : comment la France mobilise le potentiel thermique de son sous-sol
Vent, soleil, eau et géothermie : les leçons de la trajectoire énergétique au Kenya
Le verdict des chiffres : le solaire hybride face au charbon et au gaz
Les données publiées par l’IRENA permettent une comparaison directe des coûts de production. Avec une fourchette basse à 48 €/MWh, le solaire couplé au stockage se positionne désormais, dans certaines régions, sous les coûts estimés des nouvelles centrales à charbon chinoises (entre 62 et 76 €/MWh) et des nouvelles centrales à gaz mondiales, qui dépassent généralement les 88 €/MWh.
Il y a seulement cinq ans, le coût du solaire avec stockage se maintenait au-dessus de 88 €/MWh. Cette trajectoire s’explique par un effet d’échelle sur les composants. L’IRENA projette d’ailleurs la poursuite de cette tendance, avec une estimation de baisse supplémentaire de l’ordre de 30 % d’ici 2030, ce qui pourrait amener les coûts sous la barre des 44 €/MWh pour les projets bénéficiant des meilleures configurations.
Mieux gérer la variabilité de la production solaire
Le principal défi du solaire réside dans le décalage entre la production (maximale à midi) et la demande (souvent plus forte en fin de journée). Le stockage par batterie permet de mieux gérer cette contrainte en assurant un déplacement de charge. L’électricité produite en surplus durant les heures de fort ensoleillement est conservée pour être réinjectée sur le réseau lors des heures de forte demande en soirée.
Ce mécanisme ne se contente pas de lisser l’offre ; il optimise l’utilisation des infrastructures de raccordement et réduit l’exposition à la volatilité des prix des énergies fossiles. Dans un contexte de tensions sur les approvisionnements, ces systèmes contribuent à diminuer la dépendance aux fluctuations du prix du gaz. L’agence note également qu’une hybridation avec l’éolien peut, dans certains cas, réduire les besoins en batteries, les deux sources se complétant sur différents profils horaires et saisonniers.
Une option adaptée aux besoins des centres de données et de l’industrie
L’économie numérique et le développement de l’intelligence artificielle nécessitent une alimentation électrique continue. Ces infrastructures, particulièrement consommatrices d’énergie, peuvent trouver dans le solaire pilotable une piste de décarbonation adaptée à leurs exigences de service.
L’un des atouts de ces solutions réside dans leur rapidité de mise en œuvre. Une centrale solaire couplée à des batteries peut être construite en un à deux ans après l’obtention des autorisations nécessaires. Cette rapidité permet de répondre aux besoins d’infrastructures électriques de grande taille dans des délais souvent plus courts que ceux des centrales thermiques conventionnelles. Le complexe Al Dhafra, aux Émirats arabes unis, illustre cette capacité avec une puissance garantie de 1 GW à un coût avoisinant les 62 €/MWh.
Une compétitivité liée au terrain et au réseau
Si la tendance mondiale est à la baisse, la rentabilité réelle du solaire hybride reste étroitement liée aux conditions locales. L’ensoleillement, le coût des équipements régionaux, mais aussi le cadre réglementaire et les conditions de raccordement au réseau sont des facteurs déterminants.
À titre d’exemple, si les pays à fort ensoleillement affichent les coûts les plus bas, la tendance à la baisse s’observe sur de nombreux autres marchés, bien que le rythme dépende des politiques énergétiques locales. La capacité du réseau électrique à intégrer cette électricité stockée demeure l’un des enjeux majeurs pour le déploiement de ces solutions.
Vers de nouveaux usages : l’exemple des carburants de synthèse
Au-delà de l’injection directe sur le réseau, l’électricité solaire pilotable ouvre des perspectives pour la décarbonation des secteurs industriels lourds. La production d’hydrogène par électrolyse et de carburants de synthèse (e-fuels) dépend notamment d’une source d’énergie stable et compétitive. Le stockage associé au photovoltaïque constitue ainsi un facteur favorable au développement de ces nouvelles filières dans les zones à haut potentiel solaire.
Francesco La Camera, directeur général de l’IRENA, souligne ce changement de paradigme : « L’électricité renouvelable disponible 24h/24 et 7j/7 est désormais compétitive face aux combustibles fossiles. L’argument historique selon lequel les renouvelables manqueraient de fiabilité ne tient plus. »
Un levier clé pour la planification énergétique
Data Centers : pourquoi le solaire attire les grands acteurs du numérique
Fermes solaires géantes : comment la Chine mise sur le gigantisme renouvelable
Le passage du solaire hybride sous le seuil des 50-70 €/MWh sur les sites favorables modifie les perspectives de planification énergétique. Si cette technologie n’est pas une réponse unique et doit s’adapter aux contraintes de réseau et de localisation, elle démontre que la pilotabilité devient accessible aux énergies renouvelables.
En France aussi, le stockage peut contribuer à mieux valoriser le potentiel du photovoltaïque, à condition de tenir compte des spécificités du réseau, des conditions de raccordement et des besoins d’équilibre du mix électrique. Il s’affirme ainsi comme un outil complémentaire aux autres sources décarbonées pour sécuriser une transition énergétique performante.

