Fermes solaires géantes : comment la Chine mise sur le gigantisme renouvelable

Au cœur des vastes étendues du nord-ouest de la Chine, d'immenses structures miroitantes modifient le paysage. Ces centrales solaires thermiques à concentration (CSP), dont l'apparence futuriste est documentée dans les zones désertiques du pays, s'inscrivent dans une stratégie de diversification des infrastructures énergétiques. Au-delà du déploiement massif de panneaux photovoltaïques classiques, la Chine investit dans des capacités de stockage thermique et par batteries. L'enjeu est d'améliorer la flexibilité du système électrique pour mieux intégrer une production par nature variable.

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Résumé : 

  • Un basculement historique : En 2025, pour la première fois dans l’histoire du système électrique moderne, les énergies renouvelables ont dépassé le charbon dans le mix mondial (33,8 % contre 33,0 %), selon le rapport Ember Global Electricity Review 2026.
  • La technologie au service du réseau : Le solaire thermique à concentration offre une capacité de stockage thermique. Ce procédé permet de prolonger la génération d’électricité après le coucher du soleil, constituant un levier de flexibilité supplémentaire pour les opérateurs.
  • Une dynamique industrielle forte : L’AIE rapporte que les prix spot mondiaux des modules photovoltaïques ont chuté de 50 % entre fin 2022 et fin 2023. Parallèlement, le coût des batteries de stockage a baissé de 45 % sur la seule année 2025 selon Ember.

Le rapport Ember Global Electricity Review 2026 documente un changement structurel du secteur électrique : en 2025, la croissance de la production d’électricité bas-carbone (+887 TWh) a surpassé l’augmentation de la demande mondiale (+849 TWh). Le solaire a été le moteur principal de cette évolution, couvrant 75 % de la hausse nette de la demande. Cette progression a contribué à limiter le recours aux combustibles fossiles, dont la production mondiale enregistre un léger recul de 0,2 %, une première depuis 2020.

La Chine est un acteur majeur de ce mouvement. En 2023, le pays a installé 260 GW de capacités photovoltaïques, soit près du triple de l’année précédente selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE). En 2025, la part de l’éolien et du solaire dans le mix électrique chinois a atteint 22 %, illustrant la rapidité du déploiement à l’échelle du pays.

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Le solaire thermique (CSP) : un complément à la production photovoltaïque 

Le solaire thermique à concentration fonctionne selon un principe distinct du photovoltaïque. Des miroirs concentrent le rayonnement vers un récepteur pour générer une chaleur intense. Cette énergie thermique peut ensuite être stockée pour être mobilisée ultérieurement. Cette réserve permet d’actionner une turbine et de produire de l’électricité même lorsque le rayonnement solaire direct n’est plus disponible, notamment en soirée.

Cette technologie agit comme un complément aux parcs photovoltaïques classiques. Si ces derniers fournissent une électricité abondante en journée, le CSP apporte une capacité de production décalée dans le temps. Cette synergie entre différentes formes de production solaire aide les gestionnaires de réseau à équilibrer l’offre et la demande, facilitant l’intégration des énergies renouvelables à production variable.

Une domination industrielle qui influe sur les coûts de production 

La baisse des prix des composants solaires est étroitement liée à l’évolution de l’appareil industriel chinois. En 2023, selon l’AIE, la Chine représentait environ 95 % des nouvelles capacités de fabrication mondiales sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Cette concentration, associée à une concurrence intense entre producteurs, a conduit les prix spot des modules photovoltaïques vers des niveaux historiquement bas pour le secteur.

Pour les grandes centrales au sol (segment « utility-scale »), le coût de génération de l’électricité est désormais le plus bas du marché dans la majorité des régions du monde. En 2023, les investissements dans le solaire photovoltaïque ont dépassé 480 milliards de dollars. Le secteur poursuit également son innovation avec la montée en puissance de la technologie TOPCon, une architecture de cellule photovoltaïque plus efficace vers laquelle s’orientent désormais la majorité des investissements de fabrication selon l’AIE.

Stockage : vers une gestion plus flexible de l’électricité 

Le déploiement des batteries à grande échelle accompagne cette mutation du système électrique. En 2025, les capacités mondiales de stockage ont progressé de 46 % pour atteindre 250 GWh. Cette dynamique est soutenue par une baisse du coût des batteries de 45 % en 2025 (Ember), améliorant la viabilité économique du stockage réseau.

Certains pays affichent des résultats significatifs : le Chili et l’Australie ont installé suffisamment de batteries pour être en mesure de déplacer plus de 50 % de leur nouvelle production solaire de 2025 vers d’autres plages horaires. Au niveau mondial, ce taux de transfert atteint 14 % pour la nouvelle production solaire, indiquant que cette énergie devient une ressource de mieux en mieux intégrée par les opérateurs.

Le modèle du gigantisme face aux réalités européennes 

La transposition de très grands parcs solaires en Europe se heurte toutefois à des contraintes locales. L’AIE souligne que le manque de sites adaptés et la complexité des procédures administratives de permis freinent le développement des installations de grande taille dans de nombreux pays.

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En 2023, bien que les centrales au sol (utility-scale) aient représenté 57 % des ajouts mondiaux de capacité photovoltaïque, l’AIE préconise un développement parallèle des segments distribués (toitures) et des parcs au sol, selon les besoins de chaque territoire. Pour absorber ces volumes, une hausse rapide des investissements dans les réseaux électriques est jugée nécessaire par l’agence. La modernisation des infrastructures est un enjeu central pour faciliter le raccordement des nouvelles capacités bas-carbone.

Comme le résume Bryony Worthington, présidente du conseil d’administration d’Ember (traduction libre) : « Le monde entre dans une ère de croissance propre et sort de celle des fossiles dans le secteur électrique. » Les chiffres de 2025 montrent que cette progression de l’électricité bas-carbone est une réalité déjà à l’œuvre. Le solaire, épaulé par les progrès du stockage, s’affirme comme la principale source de nouvelle production mondiale. L’enjeu consiste désormais à adapter ces avancées technologiques aux spécificités de chaque réseau pour assurer la décarbonation progressive des systèmes électriques.


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