Agrivoltaïsme : Quand le soleil devient l’allié de la souveraineté alimentaire et énergétique

Face aux enjeux de la transition énergétique, l'agrivoltaïsme propose un modèle de coexistence sur les terres rurales. Entre innovation technologique et recherche de résilience agronomique, ce dispositif vise à concilier le maintien des activités agricoles avec la production d'électricité renouvelable.

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Résumé : 

  • Le concept : une double production — énergie et alimentation — sur une même surface, encadrée par la loi pour favoriser le maintien de l’activité agricole.
  • Les leviers : une recherche d’atténuation de certains aléas climatiques pour les cultures ou le bétail et la possibilité d’un apport financier complémentaire pour l’exploitation.
  • L’innovation : des performances accrues en laboratoire, avec des cellules solaires dépassant désormais les 28 % de rendement.
  • Le cadre : la législation définit l’agrivoltaïsme par l’obligation d’apporter un service direct à la production agricole.

Dans le cadre des objectifs de décarbonation du mix énergétique, la France cherche à accroître sa capacité de production photovoltaïque tout en limitant les conflits d’usage des sols. L’agrivoltaïsme répond à cet enjeu en installant des panneaux au-dessus des parcelles tout en visant le maintien d’une activité agricole effective.

Ce modèle est désormais régi par la loi n° 2023-175 du 10 mars 2023, dite loi APER. Ce texte prévoit que l’installation apporte un bénéfice direct à l’exploitation et impose que la production agricole demeure l’activité principale du site. Le cadre réglementaire vise à écarter les projets susceptibles de compromettre durablement le potentiel agronomique des terres.

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Des interactions agronomiques à l’étude

L’installation de structures photovoltaïques peut agir comme un écran physique face à certains événements météorologiques. Selon les configurations étudiées, les panneaux sont susceptibles de limiter l’exposition directe des cultures sensibles à la grêle ou à un ensoleillement excessif. Cette protection dépend de la densité de l’implantation et du type de culture. Son évaluation fait l’objet de suivis de terrain dans le cadre des projets en cours.

L’ombrage partiel fourni par les panneaux est analysé pour sa capacité à modifier le microclimat local. En réduisant l’exposition directe du sol au rayonnement solaire, ces dispositifs sont étudiés pour leur effet potentiel sur la limitation de l’évapotranspiration. Cette caractéristique est particulièrement scrutée lors des épisodes de fortes chaleurs, afin de déterminer dans quelle mesure elle contribue au maintien de l’humidité des sols.

En Mayenne, le projet porté par Alta Terra — société commune créée en mai 2024 à parité par la coopérative Terrena et l’opérateur Altarea — illustre l’adaptation de ce modèle à l’élevage. Sur un site de 134 hectares en polyculture-élevage à Grez-en-Bouère, 15,3 hectares accueilleront des panneaux photovoltaïques d’une puissance de 8 MW. Les structures sont conçues à une hauteur permettant la circulation du troupeau ovin, offrant ainsi aux animaux des zones d’ombre sur la parcelle.

Innovation technologique : vers une efficacité accrue

Le développement de l’agrivoltaïsme s’appuie sur une recherche constante d’amélioration du rendement des composants photovoltaïques, afin d’optimiser la production d’énergie par mètre carré.

Le secteur franchit des étapes techniques significatives. Fin avril 2026, les fabricants Longi et Trina Solar ont annoncé avoir franchi le seuil des 28 % de rendement pour des cellules solaires en silicium.

Trina Solar a atteint un rendement de 28,00 % avec une cellule hybride à contacts arrière compatible TOPCon (THBC). Longi a atteint 28,13 % grâce à une cellule hybride à contacts arrière interdigités (HIBC). Ces performances ont été validées par l’institut allemand ISFH.

Ces architectures à contacts arrière (BC) suppriment l’ombrage en face avant en déplaçant les électrodes à l’arrière, ce qui optimise l’absorption lumineuse. Ces résultats concernent des cellules en conditions de test. La trajectoire qu’ils indiquent vers des modules plus performants est suivie par les acteurs du secteur photovoltaïque, y compris dans ses applications rurales.

Un cadre réglementaire pour sécuriser les exploitations

L’agrivoltaïsme en France est conditionné par l’apport d’un service à la parcelle agricole. Selon les critères définis par la loi APER, le projet doit répondre à au moins l’un des besoins suivants : amélioration du potentiel et du rendement agronomique, adaptation au changement climatique par une protection contre les aléas, ou amélioration du bien-être animal.

Cette approche vise à ce que la production d’énergie accompagne la résilience de l’exploitation. Le revenu issu de la vente d’électricité peut constituer un apport financier complémentaire pour l’exploitant, dans un contexte de fluctuation des coûts de production agricole.

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L’agrivoltaïsme s’inscrit dans une stratégie de diversification où le solaire complète les autres sources de production décarbonées, dont le nucléaire. Cette complémentarité est intégrée dans les réflexions sur la transition énergétique française et ses engagements climatiques.

L’agrivoltaïsme se présente comme un modèle multidisciplinaire pour intégrer les énergies renouvelables au sein du monde agricole. Grâce aux innovations portées par des industriels comme Trina Solar et Longi, et au cadre défini par la loi APER, ce modèle cherche à démontrer que la production d’énergie peut accompagner l’activité des exploitations françaises. Le déploiement de projets comme celui de Grez-en-Bouère contribue à l’acquisition de retours d’expérience sur le terrain.


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