Montrer le sommaire Cacher le sommaire
Résumé :
- Hors Chine, dans les pays suivis en temps quasi réel, la production électrique au charbon a reculé de 3,5 % en mars 2026, malgré les tensions sur les approvisionnements en gaz naturel liquéfié dans plusieurs pays importateurs, principalement asiatiques. Source : dataset CREA du 14 avril 2026, compilant POSOCO, Ember, AIE et China Electricity Council.
- Selon le rapport IRENA sur les coûts de production d’énergie renouvelable en 2024 (publié en 2025), l’électricité éolienne était produite à un coût moyen 53 % inférieur à l’option fossile la plus compétitive. Le solaire affichait un écart de 41 %.
- Contrairement aux flux de GNL dépendants de points de passage maritimes uniques, la production solaire et éolienne ne dépend pas du transit de combustible. Elle reste toutefois soumise à des chaînes d’approvisionnement en équipements.
- Les exportations chinoises de batteries au lithium ont progressé de 44 % entre février et mars 2026. Celles de panneaux solaires ont augmenté de 121 % sur la même période. Source : données douanières rapportées par Science & Vie (07/05/2026).
Le « réflexe charbon » appartient au passé
Lors de la crise pétrolière de 1973, le charbon a servi de substitut dans plusieurs pays. La situation de 2022 est plus nuancée : si la production fossile avait progressé temporairement en Europe dans un contexte de perturbations du gaz russe, le CREA précise que cette hausse s’expliquait principalement par une faible disponibilité nucléaire et hydraulique, et non par le seul choc gazier.
En mars 2026, ce schéma ne se reproduit pas dans les pays couverts par le dataset CREA du 14 avril 2026. Ce dataset compile les relevés de POSOCO, Ember, l’AIE et du China Electricity Council. Il couvre 87 % de la production électrique mondiale au charbon et plus de 60 % de celle au gaz. Dans ce périmètre, la production électrique à partir de fossiles recule de 1 % en glissement annuel. Hors Chine, la baisse atteint 3,5 % pour le charbon et 4 % pour le gaz. Le transport maritime de charbon recule de 3 %, pour atteindre son niveau le plus bas depuis 2021, selon les données de Kpler reprises par le CREA. Des hausses localisées sont toutefois enregistrées en Chine, au Japon et en Corée du Sud.
Le parc éolien EMYN pleinement opérationnel : 488 MW de capacité installée pour le réseau électrique
Selon le CREA, dans le périmètre suivi, aucune centrale à charbon mise en veille n’a été réactivée en mars 2026 et aucune fermeture d’unité planifiée n’a été retardée.
Plusieurs pays asiatiques ont adopté des mesures d’ajustement : ralentissement de la cadence industrielle, passage en cours à distance pour certains élèves, réduction de la semaine de travail dans certains secteurs, selon le recensement du CREA.
La raison technique de cette absence de rebond est identifiée par le CREA : avant la crise, les centrales à charbon fonctionnaient déjà à des taux proches de leur capacité maximale. Le gaz assure habituellement la capacité à ajuster rapidement la production électrique selon les variations de la demande. Dans les pays asiatiques les plus exposés aux perturbations du GNL via Ormuz, la disponibilité de cette production flexible au gaz a diminué, sans que le charbon dispose de marges supplémentaires pour la compenser.
Les renouvelables : un bouclier de sécurité immédiat
Le 20 mars 2026, le directeur général de l’AIE, Fatih Birol, a qualifié les impacts combinés de la crise énergétique régionale de pire menace pour la sécurité énergétique mondiale depuis les chocs pétroliers des années 1970, selon le CREA. Dans ce contexte, le déploiement record du solaire et de l’éolien en 2025 a contribué à atténuer l’impact de la fermeture du détroit sur la production électrique dans les pays suivis, selon le CREA.
Selon le rapport IRENA sur les coûts de production d’énergie renouvelable en 2024, l’électricité produite par l’éolien coûte en moyenne 53 % moins cher que l’option fossile la plus compétitive. Le solaire affiche un écart de 41 %. Ces chiffres portent sur l’année 2024.
Le CREA fournit un ordre de grandeur pour situer l’ampleur du déploiement de 2025. Les capacités solaires et éoliennes installées cette seule année, environ 510 GW de solaire et 160 GW d’éolien, génèrent environ 1 100 TWh par an, sur la base des facteurs d’utilisation moyens calculés à partir des données Ember. La totalité du GNL transitant par le détroit d’Ormuz en 2025 aurait permis de produire, si converti en électricité, environ 590 TWh. Ces deux grandeurs sont annuelles et théoriques. Elles ne correspondent pas nécessairement aux mêmes marchés, aux mêmes moments ni aux mêmes usages.
En mars 2026, hors Chine, la production solaire a progressé de 14 % et la production éolienne de 8 % en glissement annuel, selon le CREA. Ces augmentations ont contribué à compenser une partie de la baisse de production électrique fossile dans les pays suivis. Le CREA souligne que la construction record de capacités en 2025 a réduit le besoin de recourir aux fossiles face à la fermeture du détroit.
De la dépendance aux flux à la souveraineté technologique
En 2025, environ 19 % du commerce mondial de GNL transitait par le détroit d’Ormuz, soit 112 milliards de mètres cubes, selon le CREA. Près de 90 % de ces volumes étaient destinés aux marchés asiatiques, selon l’AIE. Ce modèle d’approvisionnement repose sur la continuité de flux physiques concentrés en un point géographique unique. Sa fermeture expose les pays importateurs à une instabilité des prix sur les marchés mondiaux du GNL. L’impact sur les volumes disponibles varie selon les niveaux de stocks stratégiques, les contrats en cours et les capacités de réorientation logistique propres à chaque pays.
La production solaire et éolienne ne dépend pas du transit maritime de combustible. Son déploiement peut contribuer à réduire la sensibilité d’un système électrique aux perturbations de ces flux. Cette propriété ne s’applique pas uniformément : les grands parcs éoliens et solaires au sol restent soumis aux réseaux de transport électrique et aux chaînes d’approvisionnement en équipements.
Entre février et mars 2026, les exportations chinoises de batteries au lithium ont progressé de 44 % et celles de panneaux solaires de 121 %, selon les données rapportées par Science & Vie. L’IRENA souligne, dans son rapport 2024, l’importance croissante du stockage et des systèmes hybrides pour intégrer les sources renouvelables variables dans les mix électriques. Selon l’AIE dans son rapport World Energy Investment 2024, les investissements dans le stockage batterie sont très concentrés géographiquement : en 2023, pour chaque dollar investi dans ce secteur dans les économies avancées et en Chine, un centime seulement était investi dans les autres économies émergentes et en développement.
En 2024, les investissements mondiaux dans les énergies propres, incluant les renouvelables, les réseaux et le stockage, ont atteint environ 2 000 milliards de dollars selon l’AIE, soit près du double des investissements dans les fossiles. Ces investissements précèdent la fermeture du détroit d’Ormuz de février 2026.
En mars 2026, une faible production nucléaire au Japon et en Corée du Sud a contribué à maintenir la part du charbon dans ces pays, selon le CREA, indépendamment des tensions sur le GNL. Ce cas illustre le rôle des sources stables dans l’équilibre d’un mix électrique, en complément des énergies renouvelables variables.
La France et l’Europe en première ligne
L’Europe reçoit directement une part limitée du GNL transitant par le détroit d’Ormuz. Selon l’AIE, près de 90 % des volumes via Ormuz sont destinés à l’Asie, l’Europe représentant un peu plus de 10 % des exportations du détroit. Cette exposition directe réduite ne l’isole pas des effets de la crise sur les prix mondiaux du gaz et de l’énergie, ni des questions posées sur les chaînes de valeur en équipements solaires et batteries.
En France, le gouvernement prépare un plan d’électrification de secteurs clés de l’économie dans l’objectif de réduire la dépendance aux fossiles importés, selon le CREA. La même source indique que des pistes de financement par une hausse de la fiscalité sur les revenus des entreprises du secteur fossile sont mentionnées, sans qu’une décision officielle du gouvernement français ait été enregistrée à la date de publication de cette analyse.
Face aux perturbations des livraisons de gaz russe en 2022, plusieurs pays européens ont accéléré le déploiement des renouvelables, dans un contexte également marqué par des politiques publiques et des objectifs climatiques. Le CREA enregistre, dans son analyse du 14 avril 2026, une baisse de la production électrique au charbon et des émissions du secteur électrique européen en 2023, qu’il relie à cette accélération parmi d’autres facteurs.
Les exportations chinoises de panneaux solaires ont progressé de 121 % entre février et mars 2026 et celles de batteries au lithium de 44 % sur la même période, selon les données rapportées par Science & Vie. Ces données illustrent l’intensité des flux commerciaux de ces deux catégories d’équipements en provenance de Chine, sans que les sources disponibles permettent de conclure à une stratégie industrielle européenne définie en réponse directe à cette situation.
Les données du CREA pour mars 2026, dans les pays suivis en temps quasi réel, montrent que le charbon n’a pas joué le rôle de variable d’ajustement automatique lors de la fermeture du détroit d’Ormuz. Des hausses localisées sont documentées en Chine, au Japon et en Corée du Sud. Dans le reste du périmètre couvert, la hausse des productions solaire et éolienne a contribué à la baisse de la production électrique fossile, dans un contexte de déploiement record de capacités en 2025, environ 510 GW de solaire et 160 GW d’éolien installés cette seule année, selon le CREA.
Des incertitudes demeurent sur la durée de la fermeture du détroit, les stocks stratégiques disponibles et les capacités de réorientation logistique. Des fragilités structurelles subsistent également : forte concentration géographique des investissements dans le stockage batterie selon l’AIE, hausse des exportations chinoises de panneaux solaires, et inégalités d’accès aux financements dans les économies émergentes.
Onduleurs « Grid-Forming » : une brique technique pour l’intégration des énergies renouvelables
Par rapport aux précédents de 1973 et de 2022 documentés par les sources, cette crise intervient dans un contexte différent : les coûts de production renouvelable sont, selon l’IRENA, inférieurs à ceux des fossiles les plus compétitifs, et les capacités installées atteignent un niveau record selon le CREA. Les données de mars 2026, dans le périmètre couvert, suggèrent une contribution des énergies solaire et éolienne à la baisse du recours aux fossiles face à un choc d’approvisionnement en GNL. Ce constat reste propre au mois et au périmètre observés.
Sources : Dataset CREA, 14 avril 2026 (POSOCO, Ember, AIE, China Electricity Council, données Kpler). IRENA, Renewable Power Generation Costs in 2024, publié en 2025. AIE, World Energy Investment 2024 ; AIE, Strait of Hormuz; AIE, The Middle East and Global Energy Markets. Science & Vie, article du 07 mai 2026.

