Nucléaire ou solaire : Glucksmann refuse de choisir

Invité à débattre de souveraineté énergétique, Raphaël Glucksmann a défendu une idée simple : la France ne sera vraiment libre qu'en sortant du gaz et du pétrole. L'eurodéputé décrit une « laisse énergétique » qui pèse sur le climat, le pouvoir d'achat et les finances publiques. Derrière le mot, un projet : relancer un « plan Messmer » de la transition, du nucléaire au solaire.

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Sortir de la dépendance au gaz et au pétrole

Le constat posé par Raphaël Glucksmann est volontairement sévère. Chaque choc pétrolier ou gazier rappelle, selon lui, que les Français subissent directement les décisions de dirigeants étrangers sur lesquels ils n’ont aucune prise. La guerre en Ukraine, le chantage gazier orchestré par Vladimir Poutine ou les tensions récurrentes au Moyen-Orient se traduisent très concrètement à la pompe et sur les factures d’énergie. Cette vulnérabilité, l’eurodéputé la résume d’une formule : une « laisse énergétique qui nous enserre le cou », expression qu’il a employée lors d’un débat sur la souveraineté énergétique.

À ce coût supporté par les ménages s’ajoute une facture budgétaire massive pour l’État. Pour amortir la flambée des prix des énergies fossiles depuis 2022, les pouvoirs publics ont engagé des dizaines de milliards d’euros de boucliers et de remises diverses, sans pour autant réduire durablement la dépendance structurelle du pays. C’est précisément ce paradoxe que Glucksmann met en avant : dépenser massivement pour subventionner une énergie importée revient, selon lui, à financer la dépendance plutôt qu’à en sortir.

Face à cette situation, il plaide pour un retour de l’État stratège, à l’image du plan Messmer lancé après le choc pétrolier de 1973. La référence n’est pas anodine : ce plan avait permis à la France de bâtir en une quinzaine d’années un parc nucléaire qui assure encore aujourd’hui l’essentiel de sa production électrique. Mais l’eurodéputé insiste sur un point : il ne s’agit plus seulement de construire des réacteurs. L’objectif serait une grande politique de sortie du fossile, combinant sobriété, efficacité énergétique, électrification des usages, rénovation thermique, développement des transports collectifs, soutien à une voiture électrique réellement accessible et investissements massifs dans le réseau, le stockage, le nucléaire et les énergies renouvelables.

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Nucléaire et renouvelables : un débat que la gauche n’a pas tranché

Sur le mix électrique, Raphaël Glucksmann refuse d’entrer dans la guerre de tranchées entre nucléaire et renouvelables qui structure une partie du débat français. Sa position est qu’il faudra les deux, et que le vrai retard se situe aujourd’hui du côté des renouvelables, en particulier du photovoltaïque. Cette ligne le distingue nettement des autres composantes de la gauche, alors même qu’il avance désormais aux côtés de Boris Vallaud et de Yannick Jadot.

Le sujet est loin d’être consensuel. Boris Vallaud, ancien chef des députés socialistes, défend un mix dont le cœur serait constitué des renouvelables, jugés moins coûteux et plus rapides à déployer que de nouvelles infrastructures nucléaires, tout en soutenant la construction de 6 à 8 EPR et la prolongation de la durée de vie des centrales historiques jusqu’à 60 ans. À l’opposé, la cheffe des Écologistes Marine Tondelier estime que la souveraineté passe par 100 % de renouvelable et considère le nucléaire comme une option ni viable ni crédible. Le tableau ci-dessous résume ces positions, qui devront être conciliées si la gauche veut présenter un projet énergétique commun.

ResponsablePosition sur le nucléairePosition sur les renouvelables
Raphaël Glucksmann (Place publique)Nécessaire, ne pas opposer au resteÀ accélérer en priorité, surtout le solaire
Boris Vallaud (PS)6 à 8 EPR, prolongation à 60 ansCœur du mix, moins chers et plus rapides
Marine Tondelier (Écologistes)Ni viable ni crédible100 % renouvelable visé

Cette discussion n’est pas seulement programmatique. Elle s’inscrit dans l’initiative « Construire 2027 », qui réunit les trois responsables en vue de l’élection présidentielle et qui revendique de travailler à un « nouveau plan Messmer » de la transition. Dans les sondages publiés mi-juin, Raphaël Glucksmann était crédité de 13 à 16 % des intentions de vote selon les hypothèses, ce qui donne à ses prises de position énergétiques un poids politique croissant.

Systovi, symbole d’une industrie solaire à reconstruire

Pour illustrer le décrochage industriel français, l’eurodéputé cite régulièrement la disparition de Systovi et le déclin de Photowatt, deux fabricants emblématiques de panneaux solaires. Le cas Systovi est devenu un cas d’école. Basée à Carquefou, en Loire-Atlantique, et créée en 2008, l’entreprise a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Nantes le 17 avril 2024, laissant 87 salariés sans emploi. Filiale du groupe Cetih, elle disposait d’une capacité de 80 MW par an et avait même investi fin 2023 dans un nouveau laminateur visant 200 000 modules annuels, sans parvenir à résister à la concurrence asiatique.

Repère sur SystoviDonnée
ImplantationCarquefou (Loire-Atlantique)
Création2008
Capacité de production80 MW par an
Effectif au moment de la fermeture87 salariés
Chiffre d’affaires 2023environ 23 millions d’euros
Liquidation judiciaire17 avril 2024

Glucksmann y voit la preuve d’une « absence totale de stratégie des gouvernements successifs », sans protection ni vision de long terme sur la souveraineté industrielle. Sa réponse est double : un « Buy European Act » orientant la commande publique vers les productions européennes, et une politique commerciale plus protectrice face au dumping. L’angle reste sensible, car une partie des professionnels du solaire rappelle que des barrières trop fortes à l’importation pourraient renchérir les installations et ralentir le déploiement, dans un marché où les panneaux importés restent nettement moins chers. La question n’est donc pas tranchée entre protéger l’industrie et préserver l’accessibilité des prix pour les particuliers et les installateurs.

À cette logique de reconquête s’ajoute un enjeu de fin de vie des équipements, que la gauche met aussi en avant. La filière de recyclage progresse vite : l’éco-organisme Soren a collecté 9 477 tonnes de modules en 2024, en hausse de 82 % sur un an, avec un objectif européen de collecte fixé à 85 %. De quoi nourrir l’idée d’une souveraineté qui ne se limite pas à la production, mais englobe le réemploi et le recyclage.

Rénovation thermique et logement : l’autre front

La rénovation thermique des bâtiments constitue le second grand pilier du discours. Raphaël Glucksmann insiste sur la nécessité de lever les freins financiers qui bloquent encore de nombreux ménages, au premier rang desquels l’avance de trésorerie exigée avant le versement des aides. Pour des foyers modestes, devoir financer des travaux lourds avant d’être remboursés constitue souvent un obstacle dirimant, qui explique en partie le décalage entre les ambitions affichées et le rythme réel des rénovations.

L’eurodéputé appelle par ailleurs à un grand plan dédié aux écoles, trop souvent devenues des passoires thermiques inconfortables l’hiver comme lors des épisodes de chaleur. L’enjeu dépasse la seule facture énergétique : il touche au confort, à la santé et aux conditions d’apprentissage des élèves, ce qui lui donne une portée à la fois sociale et symbolique.

Une transition érigée en stratégie nationale

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Le message central de Raphaël Glucksmann est avant tout politique. Pour lui, la transition écologique ne doit plus être une priorité fluctuante, ajustée au gré des arbitrages budgétaires, mais le cœur d’une stratégie nationale et européenne assumée dans la durée. Il en fait une condition de souveraineté autant que d’avenir industriel : sortir du fossile, c’est selon lui reprendre la main sur ses prix, ses approvisionnements et son tissu productif.

Ce cadrage rejoint un argument géopolitique récurrent dans son discours, celui d’une Europe qui doit cesser de financer indirectement des puissances dont elle dépend pour son énergie. La « libération énergétique » qu’il appelle de ses vœux se veut donc autant une réponse climatique qu’une affirmation de puissance, à un moment où le sujet s’installe durablement dans la préparation de l’échéance présidentielle.


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