Éolien en mer : pourquoi les parcs français mettent-ils du temps à se concrétiser ?

La France possède le deuxième gisement éolien marin d'Europe, après la Grande-Bretagne. Pourtant, la mise en service des parcs reste un processus de longue haleine. Pour répondre aux besoins en électricité décarbonée, estimés à 585 TWh dès 2030 par la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) de février 2026, le gouvernement modifie sa stratégie d'attribution. Le choix de réunir les prochains appels d'offres 9 et 10 porte sur un volume total de 10 GW, un levier qui fonctionne en complément du socle nucléaire.

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Résumé : 

  • Changement d’échelle : La réunion des appels d’offres (AO) 9 et 10 regroupe dix lots pour une puissance de 10 GW, soit l’équivalent de vingt fois la capacité d’un parc tel que ceux de Saint-Brieuc ou Saint-Nazaire.
  • Approvisionnement : Les nouveaux critères prévoient une priorité donnée aux approvisionnements européenspour répondre à l’arrivée d’éoliennes marines de construction chinoise sur le marché.
  • Économie du projet : Le prix cible est fixé sous la barre des 100 €/MWh, contre 66 €/MWh pour le précédent appel d’offres attribué, afin d’intégrer la hausse des coûts de construction.
  • Objectif 2050 : L’ambition est d’atteindre 45 GW de puissance installée, un gisement permettant de remplir à cet horizon l’équivalent d’environ un quart des besoins en électricité en France.

Les défis de la mise en œuvre : entre délais et besoins massifs

Près des deux tiers de la consommation française en énergie finale sont encore issus des énergies fossiles. La trajectoire de décarbonation implique une électrification des usages (véhicules électriques, pompes à chaleur, industrie), portant le besoin de production électrique décarbonée à 585 TWh en 2030, contre 458 TWh en 2023.

L’éolien en mer présente des caractéristiques techniques spécifiques : un facteur de charge situé entre 40 et 45 % et des émissions de CO2 comprises entre 13 et 19 grammes équivalent par kWh produit. Cependant, le déploiement de cette technologie s’inscrit dans des cycles longs. Alors que les quatre parcs en service totalisent 2 GW, le quotidien Ouest-France rapporte que 5,6 GW de projets supplémentaires sont en cours de développement en Manche, en Vendée et en Méditerranée. Le secteur compare ces capacités actuelles aux objectifs de production fixés par la PPE pour 2030.

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Une nouvelle architecture pour les appels d’offres

Jusqu’alors, les attributions étaient lancées de manière séquentielle pour des puissances unitaires plus restreintes, comme l’AO 9 qui portait sur environ 2,5 GW. La décision de joindre ce dernier à l’AO 10 (estimé à 8 ou 9 GW) permet de viser 10 GW de puissance cumulée lors des prochaines procédures.

Cette organisation est suivie de près par les acteurs industriels et portuaires. Les usines de Saint-Nazaire, Cherbourg et Le Havre souffrent des atermoiements successifs mentionnés par Ouest-France, tandis que l’impatience gagne également les ports ayant déjà investi dans des infrastructures pour éoliennes flottantes. Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) a accueilli favorablement cette annonce, tout en exprimant une vigilance sur la mise en œuvre réelle afin d’éviter de nouveaux ralentissements dans le processus d’attribution.

La planification technique : le rôle des façades maritimes

Le choix des zones d’implantation fait l’objet d’un processus encadré. Un débat public intitulé « La mer en débat », organisé par la CNDP, s’est tenu du 20 novembre 2023 au 26 avril 2024. Ce travail a permis d’établir des cartographiesdéfinissant les zones prioritaires pour les dix prochaines années et à l’horizon 2050.

L’éolien flottant occupe une place centrale dans ces prévisions. Cette technologie permet une installation plus loin des côtes, accédant à des vents réguliers tout en réduisant la visibilité depuis le littoral. Toutefois, ces projets impliquent des contraintes techniques supérieures. Les documents ministériels fixent des échéances de mise en service échelonnées selon les zones : les premières en Manche sont projetées pour 2035, tandis que d’autres, comme dans le Golfe de Gascogne ou le Golfe du Lion, visent l’horizon 2040.

Une diversification nécessaire du mix électrique

La PPE de février 2026 anticipe une demande d’électricité décarbonée comprise entre 650 et 693 TWh à l’horizon 2035. Pour atteindre ces volumes, la stratégie nationale repose sur l’accélération de plusieurs leviers de production.

Le calendrier de construction des nouvelles centrales nucléaires prévoit des mises en service à partir de 2035. Dans cet intervalle, le Ministère de la Transition Écologique souligne qu’il est indispensable de développer les énergies renouvelables pour augmenter la production décarbonée. L’objectif est d’atteindre 15 GW installés en 2035 et 18 GW en 2037. Cette diversification est présentée par les pouvoirs publics comme une réponse aux enjeux de résilience du système électrique.

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La mise en commun des appels d’offres 9 et 10 intervient dans un contexte où les ports et les fabricants de composants ont déjà engagé des investissements significatifs. À terme, le développement de la filière doit permettre de remplir, à l’horizon 2050, l’équivalent d’environ un quart des besoins en électricité en France.

La filière, qui emploie plus de 7 500 personnes en France, dépend désormais du respect des prochaines étapes de passation de marchés. Si les zones prioritaires et les puissances par façade sont identifiées, la capacité à transformer ces périmètres en parcs opérationnels est soumise à l’échelonnement prévu entre 2035 et 2040.


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