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Résumé :
- Disponibilité : Lancement d’Euria, assistant IA gratuit disponible sur web et applications mobiles (iOS/Android).
- Localisation : Un traitement des données assuré intégralement dans les data centers suisses d’Infomaniak.
- Énergie : Une infrastructure alimentée par des sources renouvelables avec récupération de la chaleur fatale.
- Confidentialité : L’entreprise affirme ne collecter aucune donnée utilisateur pour l’entraînement de ses modèles.
- Écosystème : Un outil intégré à la suite collaborative kSuite, ciblant particulièrement les secteurs réglementés.
Le marché des assistants d’IA grand public est aujourd’hui majoritairement porté par des acteurs d’outre-Atlantique. C’est dans ce contexte de dépendance technologique qu’Infomaniak introduit Euria. Pour Marc Oehler, CEO de l’entreprise, l’absence de modèles majeurs nativement européens constitue un risque pour la souveraineté du continent. La stratégie affichée ici consiste à proposer une alternative locale permettant de conserver le contrôle sur les infrastructures et les flux de données.
Une infrastructure centrée sur la revalorisation énergétique
L’un des points saillants de cette annonce réside dans la gestion de l’empreinte environnementale. Infomaniak indique que l’électricité utilisée pour alimenter Euria provient de sources renouvelables. Surtout, l’hébergeur mise sur la circularité thermique : la chaleur générée par les serveurs lors des calculs d’IA est récupérée pour alimenter le réseau de chauffage urbain de Genève.
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Selon les projections fournies par l’entreprise, à pleine charge, ce data center pourrait fournir assez d’énergie pour chauffer environ 6 000 logements de type Minergie-A durant l’hiver. L’infrastructure permettrait également de couvrir les besoins en eau chaude sanitaire de 20 000 personnes quotidiennement. Infomaniak estime que cette revalorisation évitera l’émission de 3 600 tonnes de CO₂ par an en substituant le gaz naturel. Pour Boris Siegenthaler, fondateur de l’entreprise, ce modèle transforme la contrainte thermique de l’IA en une ressource collective, fonctionnant par ailleurs sans consommation d’eau pour le refroidissement.
Souveraineté et protection des données : le pari du cloud suisse
Sur le plan de la confidentialité, le prestataire suisse adopte un positionnement de rupture avec les modèles standards. Le traitement des requêtes et le stockage sont présentés comme étant réalisés sans aucun recours à des prestataires tiers ou transferts hors de Suisse.
L’entreprise affirme que les échanges sont chiffrés et qu’aucune donnée n’est exploitée pour l’entraînement de modèles d’IA ou pour l’établissement de profils publicitaires. Un « mode éphémère » est également mis en avant : selon la documentation technique du service, ce mode permet de b, ce qui rendrait toute récupération ultérieure impossible, y compris pour l’hébergeur. Par ces garanties, Euria vise les secteurs aux exigences de sécurité élevées, tels que la santé, le droit ou la finance, où b et à la Loi suisse sur la protection des données (LPD) est un prérequis non négociable.
L’IA face aux limites de la dépendance technologique
Si l’infrastructure est souveraine, le cœur logiciel d’Euria repose sur des modèles d’IA open source hébergés localement. Selon Infomaniak, ces modèles ont été sélectionnés pour couvrir les principaux usages d’un assistant d’IA, tout en intégrant des choix visant à limiter la consommation énergétique.
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La feuille de route annoncée prévoit une intégration croissante dans l’écosystème productif d’Infomaniak (kSuite), avec l’ajout futur d’agents intelligents et de capacités de génération d’images. Toutefois, une nuance demeure : l’hébergement local ne signifie pas une indépendance technologique totale. La conception même des modèles de base reste souvent tributaire de recherches et de développements mondiaux. La souveraineté revendiquée ici porte donc davantage sur le contrôle de l’infrastructure et la sécurisation des données que sur la maîtrise amont des algorithmes.
En combinant hébergement local et valorisation thermique, l’initiative d’Infomaniak propose un modèle de développement qui tente de concilier explosion des besoins numériques et impératifs climatiques. Cependant, le passage d’une infrastructure souveraine à une filière européenne de l’IA totalement autonome reste un défi de long terme. La capacité des acteurs locaux à maintenir ce niveau d’exigence face à la puissance d’investissement des géants du secteur sera l’un des enjeux majeurs des prochaines années.

