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Résumé :
- Ressource : Eau de l’aquifère du Dogger puisée à 1 800 m de profondeur (température de 70°C).
- Infrastructure : Un réseau de 18,5 km desservant Villetaneuse, Épinay-sur-Seine et Pierrefitte-sur-Seine via 70 sous-stations.
- Financement : Investissement de 63,5 millions d’euros, dont 26,7 millions de subventions de l’Ademe (Fonds Chaleur) et de la Région Île-de-France.
- Impact environnemental : Une réduction des émissions de CO2 estimée à 9 000 tonnes par an par le maître d’ouvrage.
L’exploitation des ressources du sous-sol constitue l’un des piliers des stratégies de décarbonation en Île-de-France. La formation géologique du Dogger, située entre 1 500 et 2 000 mètres sous le bassin parisien, est le principal aquifère exploité pour le chauffage urbain. Cette strate calcaire contient une eau dont la température oscille généralement entre 57°C et 85°C.
Le Smirec (Syndicat mixte des Réseaux d’Énergie calorifique), deuxième réseau de chaleur de la région, inscrit cette nouvelle centrale dans la stratégie définie par Plaine Commune au sein de son Plan Climat Air Énergie Territorial. Si l’exploitation du Dogger a connu des phases de ralentissement par le passé en raison de contraintes techniques liées à la corrosion, les programmes de relance initiés en 2008 ont permis de consolider cette filière. Le Smirec indique qu’en l’espace de quinze ans, la part des énergies renouvelables (EnR) dans son mix énergétique global est passée de 2 % à 65 %.
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Fonctionnement technique : l’extraction des calories du sous-sol
La centrale de Villetaneuse, implantée entre l’Université Paris Nord Sorbonne et la rue Pablo Neruda, utilise la technique du doublet géothermique. Ce dispositif repose sur deux forages distincts : un puits de production extrait l’eau chaude de la nappe, tandis qu’un puits de réinjection la renvoie dans le réservoir après l’extraction de sa chaleur. Cette réinjection est indispensable car l’eau du Dogger présente une forte minéralisation, ce qui interdit tout rejet en surface.
Le transfert d’énergie s’effectue via un échangeur thermique : les calories de l’eau géothermale sont récupérées pour chauffer l’eau du réseau urbain, sans contact direct entre les deux fluides. Cette chaleur est ensuite acheminée vers 70 sous-stations situées au pied des immeubles pour assurer le chauffage et la production d’eau chaude sanitaire.
La centrale produit annuellement environ 55 000 MWh. Pour garantir la continuité de l’approvisionnement lors des périodes de grand froid, une chaufferie au gaz d’appoint complète le dispositif, bien que la géothermie assure, selon les données du projet, plus de 67 % de la production de chaleur.
Un réseau étendu entre Villetaneuse, Épinay et Pierrefitte
Le développement de ce réseau de 18,5 kilomètres est le résultat d’une collaboration entre les villes de Villetaneuse, Épinay-sur-Seine et la commune déléguée de Pierrefitte-sur-Seine. Le projet vise à raccorder environ 10 000 équivalents-logements, incluant des parcs de bailleurs sociaux, des copropriétés ainsi que des équipements publics tels que l’Université de Villetaneuse.
L’inauguration de l’infrastructure a réuni de nombreux officiels, dont Julien Charles, préfet de la Seine-Saint-Denis, Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France, et Mathieu Hanotin, président de Plaine Commune. Pour les collectivités engagées, l’enjeu est de permettre le raccordement progressif de bâtiments actuellement chauffés au fioul ou au gaz, afin d’intégrer ces usagers dans un système de chauffage plus durable.
Le modèle de gestion publique et la maîtrise des coûts
Le Smirec a fait le choix d’une régie publique intégrale pour la gestion de ce nouveau réseau. Selon le syndicat et les élus locaux, cette gouvernance permet de renforcer la maîtrise territoriale de l’énergie. L’objectif de cette structure publique est de protéger les abonnés de la volatilité des prix des combustibles fossiles en s’appuyant sur une ressource locale dont les coûts d’exploitation sont stables.
En limitant la dépendance aux marchés énergétiques mondiaux, le réseau cherche à offrir une trajectoire tarifaire prévisible. Cette stabilité constitue un argument central pour les bailleurs sociaux et les gestionnaires d’équipements publics du territoire. Le Smirec affiche par ailleurs l’ambition d’atteindre 75 % d’énergies renouvelables et de récupération sur l’ensemble de ses réseaux d’ici l’horizon 2050.
Un investissement soutenu par les partenaires institutionnels
La réalisation de cette centrale, représentant un investissement total de 63,5 millions d’euros, a bénéficié d’un soutien financier important. Les subventions de l’Ademe, via le Fonds Chaleur, et de la Région Île-de-France s’élèvent à 26,7 millions d’euros.
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Ce projet s’inscrit dans une dynamique régionale où la géothermie profonde s’impose comme un levier majeur de la transition énergétique territoriale. Pour la Seine-Saint-Denis, cette mise en service constitue une réponse concrète aux objectifs de réduction de l’empreinte carbone du chauffage urbain tout en pérennisant un modèle de production d’énergie ancré localement.
Note sur les sources : Les données techniques (profondeur de 1 800 m, réseau de 18,5 km et raccordement de 10 000 équivalents-logements) sont conformes aux déclarations officielles d’inauguration de décembre 2025. Des écarts mineurs ont pu être relevés dans certaines publications techniques antérieures.

