Sous les panneaux solaires, que devient réellement le sol ?

L’agrivoltaïsme ne se réduit pas à la cohabitation de panneaux solaires et de cultures. Les installations photovoltaïques modifient certaines propriétés physiques, chimiques et biologiques des terres. Une revue de littérature scientifique documente comment ces systèmes influencent l'humidité, la température et l'activité microbienne. Ces travaux mettent en avant l’importance d'adapter la conception de chaque projet pour préserver les fonctions du sol au fil des cycles culturaux.

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Résumé : 

  • Régulation thermique : L’ombrage atténue les écarts de température au sol, ce qui peut limiter l’évapotranspiration selon les conditions locales.
  • Hétérogénéité de l’eau : Les zones sous panneaux sont souvent décrites comme plus sèches, tandis que l’eau peut localement s’accumuler au niveau des lignes d’égouttement.
  • Indicateurs de suivi : L’activité microbienne et le taux de carbone organique sont des marqueurs précoces à surveiller pour garantir le maintien des fonctions biologiques.

L’agrivoltaïsme a longtemps été analysé sous l’angle du partage de l’espace. Cependant, une perspective plus récente, faisant l’objet de relais journalistiques spécialisés (notamment par pv magazine), s’intéresse aux interactions entre les infrastructures et le fonctionnement biologique du sol.

Une équipe de chercheurs dirigée par Budiman Minasny a publié dans la revue internationale Advances in Agronomy une compilation intitulée « Impacts of agrivoltaic systems on soil properties and pedogenesis ». Ce travail regroupe les résultats de nombreuses observations menées dans des contextes mondiaux variés pour identifier les effets relevés dans la littérature sur les processus fondamentaux des terres agricoles, tels que les cycles du carbone et de l’eau.

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Microclimat : des conditions modifiées par l’ombrage

Régulation thermique

La revue scientifique indique que les sols situés sous les panneaux photovoltaïques présentent souvent une atténuation de la plage thermique journalière. En limitant l’exposition directe, l’ombrage diminue la température de surface lors des pics de chaleur. Selon les situations, cet effet peut réduire le stress radiatif des cultures, bien que l’impact global dépende de la hauteur des structures et de la circulation de l’air.

La redistribution de l’humidité

Les études recensées rapportent des résultats parfois contrastés sur l’état hydrique des parcelles. Selon l’analyse de Budiman Minasny, ces divergences s’expliquent souvent par la durée des suivis ou la présence d’irrigation. Dans de nombreux cas, les sols situés directement sous les panneaux présentent fréquemment une humidité plus faible que les zones témoins.

L’interception des précipitations par les modules crée trois dynamiques distinctes :

  1. Zones abritées : Sous les modules, où les pluies sont réduites.
  2. Lignes d’égouttement : Où l’eau se concentre, pouvant localement augmenter les apports par rapport aux zones non couvertes.
  3. Zones inter-rangs : Qui conservent souvent, dans plusieurs suivis de parcelles, un régime hydrique proche de celui des zones non couvertes.

La vie invisible du sol : un écosystème en mutation

L’ombrage et la redistribution de l’eau influencent l’activité des communautés microbiennes. Selon les suivis analysés, les zones situées strictement sous les panneaux peuvent présenter un taux de carbone organique et une activité microbienne inférieurs aux espaces inter-rangs. À l’inverse, ces derniers maintiennent des niveaux de biomasse microbienne plus élevés.

Le rapport mentionne également des points de vigilance physiques et chimiques, variables selon les contextes pédoclimatiques :

  • Compactage : Un risque identifié principalement lors de la phase de chantier.
  • Équilibres chimiques : Des variations de pH ou de salinité ont été observées localement, notamment en raison d’un lessivage réduit sous les modules dans les zones arides ou sensibles aux sels.

Implications pour les projets en France : adapter la conception

L’orientation, la hauteur et la mobilité des panneaux comptent parmi les principaux leviers pour minimiser les écarts d’humidité. Les systèmes de suivi solaire (trackers) constituent une option technique pouvant contribuer à limiter l’ombre fixe et à réduire certaines hétérogénéités de microclimat sur la parcelle.

Pour les acteurs du secteur en France, l’enjeu consiste à intégrer l’agrivoltaïsme comme un facteur potentiel de résilience face aux aléas climatiques. Cependant, ces bénéfices ne sont pas systématiques : ils dépendent étroitement du binôme culture-climat et des pratiques de gestion agricole (travail du sol, irrigation, rotation).

Les données actuelles indiquent que l’agrivoltaïsme modifie certains facteurs clés du fonctionnement des sols. Pour que cette complémentarité favorise une agriculture durable, un suivi dans la durée de l’état des parcelles est nécessaire.

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L’utilisation de bio-indicateurs (activité microbienne, faune du sol) permet de distinguer les effets passagers des évolutions structurelles. Si les impacts à très long terme restent un champ de recherche ouvert, une conception adaptée peut contribuer à préserver la qualité des terres tout en produisant une énergie décarbonée.

Sources : Cet article s’appuie sur la revue de littérature de Minasny, B. et al., « Impacts of agrivoltaic systems on soil properties and pedogenesis », in Advances in Agronomy (Vol. 196, 2026, pp. 1-33, DOI: 10.1016/bs.agron.2025.11.001), ainsi que sur l’analyse « L’impact de l’agrivoltaïsme sur les propriétés des sols » publiée par pv magazine France le 20 février 2026.


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