Mix électrique : le paradoxe britannique de 2025 entre record de renouvelables et hausse limitée du carbone

Le Royaume-Uni a atteint un record pour sa transition énergétique en 2025. Pour la première fois, les sources renouvelables ont fourni 47 % du mix électrique national. Pourtant, selon Carbon Brief (s'appuyant sur les données de NESO et du rapport DESZN Energy Trends), l'intensité carbone de l'électricité a légèrement progressé de 2 %, passant de 124 à 126 gCO2/kWh. Ce décalage s'explique par une année transitoire, marquée par la sortie définitive du charbon et un repli de la production nucléaire.

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Résumé : 

  • Record vert : Les énergies renouvelables ont produit 152 TWh en 2025, couvrant 47 % du mix (+6 % par rapport à 2024).
  • Intensité carbone : Elle remonte à 126 gCO2/kWh (+2 %) en raison de facteurs conjoncturels précis.
  • Ajustement du mix : La fin du charbon et la maintenance du parc nucléaire (tombé à 11 % du mix) ont conduit à un recours plus important au gaz (28 %).
  • Demande en hausse : La consommation électrique a progressé de 4 TWh (+1 %).
  • Objectif 2030 : Le gouvernement maintient son ambition d’atteindre 95 % de production décarbonée d’ici 2030.

L’année 2025 constitue une période transitoire pour le système électrique britannique. D’un côté, le pays a atteint un nouveau record de production renouvelable, qui couvre désormais presque la moitié de la consommation nationale. De l’autre, l’empreinte carbone a connu une légère hausse. Ce phénomène ne remet pas en cause la trajectoire de décarbonation ; il illustre la complexité technique d’une transformation structurelle du mix, où les ajustements entre sources décarbonées et recours au gaz restent nécessaires.

Un dynamisme sans précédent pour les énergies vertes

En 2025, la production des énergies renouvelables a atteint 152 TWh au Royaume-Uni. Selon les données de l’Opérateur national du système énergétique (NESO) et du rapport DESZN Energy Trends, cette part représente 47 % du mix électrique national, soit une progression de deux points sur un an. Ce volume, en hausse de 6 %, permet aujourd’hui aux filières vertes de couvrir quasiment la moitié de la consommation électrique du pays.

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L’éolien consolide sa position de pilier central avec 87 TWh produits, marquant une hausse de 5 % par rapport à 2024. La biomasse suit avec 41 TWh (+2 %). Cependant, c’est le solaire qui affiche la croissance la plus forte : avec 19 TWhproduits, la filière enregistre une progression de 31 % en un an. Cette montée en puissance confirme l’accélération des capacités de production décarbonées.

Carbon Brief attribue cette percée du solaire au fait que l’année 2025 a été marquée par le printemps et l’année les plus ensoleillés jamais enregistrés. En parallèle, de nouvelles centrales solaires ont été lancées, représentant un cinquième de la capacité installée. Le pays dispose désormais d’une capacité éolienne de 33 GW. Selon Carbon Brief, le Royaume-Uni se situe parmi les États les plus avancés sur les renouvelables, derrière les pays scandinaves.

Équation carbone : quand le recul du nucléaire et du charbon sollicite le gaz

Le Royaume-Uni a fermé sa dernière centrale à charbon fin septembre 2024, devenant le premier pays du G7 à abandonner ce combustible. Parallèlement, la production nucléaire a connu un repli, représentant 11 % du mix électrique. Ce recul de 5 TWh (son niveau le plus bas en un demi-siècle) s’explique, selon la source, par l’arrêt d’une partie de la flotte pour maintenance et rechargement de combustible.

Pour compenser l’arrêt du charbon et la baisse de production nucléaire, le gaz a servi de variable d’ajustement. Sa production a augmenté de 5 % sur un an pour fournir 28 % de l’électricité totale. Selon Carbon Brief, ce recours accru a conduit à une hausse de l’intensité carbone de l’électricité, chaque kilowattheure étant lié à 126 grammes de dioxyde de carbone contre 124 gCO2/kWh en 2024.

Le gaz a permis de maintenir l’approvisionnement durant cette phase où deux sources décarbonées majeures étaient en retrait. Pour l’avenir, le gouvernement britannique a engagé un plan de 17 milliards d’euros pour construire deux nouveaux réacteurs EPR par EDF à l’est du pays. Toutefois, le chantier de Hinkley Point a été repoussé à 2029 au mieux, voire 2030 ou 2031.

Demande en hausse et commerce extérieur : les variables de l’ombre

La demande d’électricité au Royaume-Uni a augmenté de 4 TWh en 2025, soit une hausse de 1 %. Cette croissance de la consommation intervient alors que le pays a perdu un total de 10 TWh d’approvisionnement en raison de plusieurs changements, incluant la baisse de certaines sources de production domestiques mentionnées précédemment.

Le pays a enregistré une baisse de ses importations nettes d’électricité (-1 TWh) en 2025, conséquence d’une hausse des exportations et d’une légère baisse des importations. Ces dernières représentent désormais 10 % du mix électrique. L’exécutif ambitionne de transformer le pays en exportateur net d’électricité d’ici 2030.

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L’opérateur NESO n’a pas atteint son objectif de faire fonctionner le réseau électrique pendant au moins 30 minutes sans utiliser d’énergies fossiles en 2025. Carbon Brief souligne que des progrès beaucoup plus rapides seront nécessaires pour tenir les engagements de décarbonation du système.

Le gouvernement s’est engagé à ce que les sources décarbonées couvrent 100 % de la demande en 2030 (et 95 % de la production totale). Ces objectifs s’appuient sur le développement du nucléaire et les investissements prévus dans le réseau. La trajectoire reste orientée vers une transition profonde, malgré les ajustements techniques observés lors de cette année 2025.Conclusion Le record de 47 % de production renouvelable en 2025 démontre que la transition énergétique britannique progresse. La légère hausse de l’intensité carbone observée ne traduit pas un échec des énergies vertes, mais résulte de facteurs temporaires : le repli du nucléaire pour maintenance et la sortie définitive du charbon ont conduit à un recours accru au gaz comme variable d’ajustement. Le cas britannique illustre les défis de la gestion d’un mix en transformation, où le développement des renouvelables doit s’accompagner d’investissements dans le réseau et le nucléaire pour atteindre les objectifs de 2030.


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