Fin de Rhônergia : Réaffectation des 300 M€ et plan d’investissement le long du Rhône

Le projet de barrage hydroélectrique Rhônergia a été abandonné en 2024 pour des raisons techniques et politiques. L'enveloppe de 300 millions d'euros prévue pour ce projet est réaffectée intégralement. Ce financement est destiné à un plan d'investissements qui cible l'optimisation des infrastructures existantes sur le fleuve Rhône.

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Résumé : 

  • L’enveloppe de 300 millions d’euros est intégralement réaffectée à des investissements le long du Rhône.
  • Le barrage de Génissiat fera l’objet d’une modernisation visant l’augmentation de sa production de 4,4 à 21,8 GWh/an d’ici à 2033.
  • 250 M€ sont consacrés à l’énergie, incluant l’installation de batteries de stockage sur neuf centrales hydroélectriques dès 2029.
  • 20 M€ sont alloués au développement de projets hydrauliques agricoles, notamment pour l’irrigation.
  • Un investissement de 15 M€ est prévu pour l’acquisition et la remise en service de trois voies ferrées à Loire-sur-Rhône, visant le report modal.

Le projet de barrage hydroélectrique Rhônergia, situé à 40 kilomètres en amont de Lyon, a été définitivement abandonné en 2024. Le barrage devait produire 140 gigawattheures (GWh) par an. L’arrêt du projet s’explique par des raisons techniques, liées à sa proximité avec le projet d’EPR2 de la centrale nucléaire du Bugey, ainsi que par une forte opposition locale. L’enveloppe de 300 millions d’euros a été préservée et réaffectée intégralement à un plan d’investissement couvrant l’énergie, le transport et l’eau le long du fleuve. Fabienne Buccio a souligné que ce redéploiement illustre la « capacité de l’Etat à transformer un abandon en opportunité d’action ».

Le pivot stratégique : une nouvelle approche pour le Rhône

Ce plan d’investissements est inédit dans son ampleur et sa conception. Il s’inscrit sur un axe stratégique de souveraineté énergétique et de développement des territoires. Le renouvellement de la concession de la Compagnie Nationale du Rhône (CNR), décidé en 2022, a prévu que tout projet abandonné devait être remplacé. La copie du plan a été transmise au gouvernement pour une validation ministérielle attendue d’ici la fin de 2025.

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Génissiat : Augmentation de la puissance des ouvrages existants

Sur les 300 millions d’euros réaffectés, 250 millions sont consacrés à la production d’énergie. La CNR envisage de rehausser la cote du barrage hydroélectrique de Génissiat (Ain) de 0,25 mètre à 1 mètre. Cette modification vise à augmenter sa production de 4,4 à 21,8 GWh par an d’ici à 2033. Ce gain de production correspond à l’alimentation en électricité d’une ville de 12 000 habitants.

L’étude d’ajout d’une sixième turbine est un second projet considéré. Cette turbine, moins puissante que les cinq groupes existants, pourrait entraîner un surcroît de production de 10 à 60 GWh par an. La dimension exacte de ce rééquipement sera déterminée par une étude d’environnement et de génie civil prévue sur un an et demi.

Flexibilité et stockage : l’installation de batteries

La modernisation du réseau passe par l’installation de batteries. La CNR prévoit d’équiper neuf de ses 20 centrales hydroélectriques de systèmes de stockage. Ces installations permettent de stocker l’électricité et de gérer les pics de consommation. Les sites concernés en priorité sont les centrales de Beauchastel (Ardèche) et de Brégnier-Cordon (Ain), avec des équipements opérationnels dès 2029.

Un programme d’études est également en cours pour créer des stations de turbinage et de pompage connectées au fleuve d’ici à 2030. Laurence Borie-Bancel, présidente du directoire de la CNR, a plaidé que, bien que la compagnie produise déjà « 100 % d’énergie renouvelable dans un mix énergétique équilibré », son développement reste nécessaire « pour accélérer la décarbonation ».

Au-delà de l’énergie : Agriculture et Transport

L’enveloppe réaffectée finance également deux autres volets stratégiques pour le territoire.

Soutien aux projets hydrauliques agricoles

Vingt millions d’euros seront consacrés au développement de projets hydrauliques agricoles. Les fonds visent l’extension ou la création de nouveaux réseaux afin d’assurer la maîtrise d’ouvrage d’irrigations performantes. Ces infrastructures répondent aux sécheresses de plus en plus fréquentes. Ce financement s’ajoute aux 165 millions d’euros que la CNR investit sur cinq ans dans le cadre de son plan 5Rhône.

Décarbonation des transports par le rail

Un troisième volet concerne la décarbonation des transports. Des acquisitions foncières et des constructions sont prévues pour faciliter l’accès aux 17 sites portuaires du Rhône. Les ports prioritaires incluent Edouard-Herriot à Lyon, Salaise-sur-Sanne, Valence et Arles.

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Quinze millions d’euros sont investis pour l’acquisition, auprès d’EDF, d’un faisceau de trois anciennes voies ferrées de 500 mètres. Ces voies se trouvent près du site industriel de Loire-sur-Rhône, à 25 km au sud de Lyon. Elles desservaient une ancienne centrale thermique maintenant à l’arrêt. La remise en service de ce raccordement permettra de connecter le site au réseau ferré national. Le but est de relancer le report modal et de favoriser la filière du transport fluvial, décarboné par excellence.

La réaffectation intégrale de l’enveloppe de 300 millions d’euros mène à d’importants investissements sur le fleuve Rhône. Ce plan couvre l’augmentation de puissance des barrages existants, l’installation de batteries de stockage, et la décarbonation des transports et de l’agriculture.


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