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Résumé :
- Un plafond atteint : Au 1er décembre 2025, le taux d’occupation des postes électriques grimpe à 85,7 %, après une perte de 2,8 GW de capacité d’accès en seulement deux mois.
- Huit provinces à l’arrêt : 5 235 installations sont saturées. Dans des zones comme Saragosse ou Málaga, aucun nouveau raccordement n’est techniquement possible pour le moment.
- Le grand écart régional : Le Pays basque frôle le blocage total (99,8 %), alors que la Galice conserve la plus forte réserve avec 1 720,8 MW disponibles.
En Espagne, la capacité d’accès du réseau électrique est en train de devenir le véritable arbitre des projets EnR. Les chiffres arrêtés au 1er décembre 2025 montrent une érosion rapide des marges d’accueil : l’électrification et les demandes industrielles progressent plus vite que les chantiers de modernisation. Résultat : développer la production ne suffit plus, il faut désormais débloquer l’accès.
Diagnostic : une réserve nationale qui fond
L’analyse du Forum de l’Industrie et de l’Énergie (FIE) et d’Opina 360 s’appuie sur l’examen de 6 108 postes électriques exploités par 29 distributeurs, représentant environ 97 % des points de fourniture du pays.
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Entre octobre et décembre 2025, la saturation gagne du terrain. La part des postes sans aucune capacité disponible passe de 82,4 % à 85,7 % en seulement huit semaines. Dans les faits, 5 235 installations sont aujourd’hui saturées, sans capacité d’accès résiduelle.
Dans le même temps, la réserve de puissance nationale a glissé d’un peu plus de 10 GW à 7 363 MW. Cette perte de 2,8 GW illustre le décalage entre l’afflux de demandes de raccordement et les capacités réelles du système.
Pourquoi le système sature-t-il ?
Un poste électrique sature lorsqu’il atteint sa limite technique de transit. Dès lors, impossible d’ajouter de nouveaux projets sans engager des travaux de renforcement. Il ne s’agit pas d’un « trop-plein » d’énergies renouvelables, mais d’un réseau électrique qui doit évoluer pour transporter davantage d’électricité décarbonée, souvent produite loin des zones de consommation.
Le problème est avant tout une question de cycle. Là où une centrale solaire ou éolienne peut être mise en service rapidement, la modernisation des réseaux de transport s’inscrit dans un temps long. Ce décalage crée des points de friction, notamment pour alimenter les nouveaux pôles industriels.
Géographie du blocage : une Espagne à deux vitesses
Le nord et le centre de la péninsule concentrent les tensions les plus fortes. Derrière le Pays basque (99,8 %), la Navarre et La Rioja affichent des taux de saturation proches de 99,2 %. Huit provinces sont aujourd’hui dans l’impossibilité technique d’accepter de nouvelles connexions : Almería, Málaga, Saragosse, Albacete, Guadalajara, Salamanque, Álava et Biscaye.
À l’inverse, des possibilités de raccordement subsistent dans six provinces. La Galice (1 720,8 MW) offre le plus gros volume disponible (1 720,8 MW), devant la Catalogne (1 024 MW) et l’Andalousie (870,5 MW).
Autour de Barcelone, une bonne partie de la marge restante se trouve sur des zones urbaines anciennes, peu adaptées à de nouveaux besoins industriels.
La réponse du système : plus de transparence, plus de tri
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Red Eléctrica et la Commission nationale des marchés et de la concurrence (CNMC) encadrent l’accès au réseau via la Circular 1/2021. Le dispositif repose sur un principe simple : publier la capacité disponible et appliquer des règles homogènes pour l’allocation.
En 2024, des ajustements ont précisé le calcul de cette capacité, avec un effet recherché : limiter les blocages et favoriser les projets suffisamment avancés pour être raccordés. L’objectif est d’optimiser l’usage du réseau électrique existant, tout en gérant plus efficacement l’ordre de priorité dans les files d’attente.Le message est clair : on peut construire des centrales plus vite que l’on ne renforce les lignes. Pour maintenir l’élan des énergies renouvelables, l’extension et la modernisation du réseau électrique deviennent des paramètres décisifs. La saturation actuelle marque un changement d’échelle : l’adaptation des infrastructures conditionne désormais la capacité à transformer les nouveaux mégawatts installés en électricité effectivement livrée aux consommateurs et aux sites industriels.

