Espagne : comment le solaire et l’éolien font baisser la pression sur les factures d’électricité

En six ans, l’Espagne a doublé ses capacités éoliennes et solaires, renforçant sa place parmi les pays les plus dynamiques d’Europe dans la transition énergétique. Au-delà de l’enjeu climatique, ce déploiement massif peut contribuer à amortir la volatilité économique : en produisant une électricité locale et décarbonée, le pays tend à limiter l’impact des fluctuations du gaz sur le coût final de l’énergie.

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Résumé : 

  • Performance : 75 % de l’électricité espagnole provient de sources bas-carbone en 2025.
  • Solaire : Le pays est désormais le 2e producteur d’énergie photovoltaïque de l’UE.
  • Impact marché : L’influence des énergies fossiles sur les prix de l’électricité a reculé de 75 % depuis 2019.
  • Objectif : Madrid vise 179 GW de capacités renouvelables d’ici 2030.

Malgré l’accélération de la transition, le coût de l’énergie demeure une préoccupation majeure pour les foyers européens. La volatilité des marchés mondiaux a rappelé une réalité structurelle : tant que le système énergétique dépend de combustibles fossiles importés, une partie des coûts reste exposée à des chocs extérieurs imprévisibles.

Cette vulnérabilité touche particulièrement les pays dont le mix électrique s’appuie encore sur le gaz pour équilibrer le réseau. Pour les ménages, cela se traduit par une instabilité tarifaire qui pèse sur le budget quotidien. La trajectoire espagnole illustre une manière de réduire cette exposition grâce à une production moins dépendante des importations.

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Une progression marquée des capacités de production

Depuis 2019, l’Espagne a opéré une transformation rapide de son parc énergétique en ajoutant plus de 40 GW de puissance éolienne et solaire. Proportionnellement à la taille de son marché, cet investissement est l’un des plus importants de l’Union européenne.

Les résultats sont déjà visibles : en 2024, les énergies renouvelables ont représenté 56 % de la production nationale. Le solaire, en particulier, a pris un poids croissant pour devenir, en 2025, la première source d’électricité décarbonée du pays (22 % du mix). En parallèle, l’éolien demeure un pilier central, complétant un parc où les installations renouvelables représentent désormais 64 % de la capacité totale.

Le mécanisme : limiter l’influence du gaz sur les prix

L’évolution du coût de l’énergie en Espagne s’explique en partie par les règles du marché européen. Le prix de gros y est généralement déterminé par la dernière centrale appelée pour équilibrer l’offre et la demande — fréquemment une unité fonctionnant au gaz, dont les coûts sont élevés et instables.

L’apport massif du vent et du soleil modifie cet équilibre. Comme leur coût de fonctionnement est quasi nul une fois les parcs installés, leur faible coût de production les place en tête de l’ordre économique d’appel. En couvrant une part plus importante de la demande, ces sources réduisent plus souvent le recours aux centrales thermiques pour fixer le prix de marché.

Selon les données du groupe de réflexion Ember, ce mécanisme a permis de réduire de 75 % l’influence des énergies fossiles sur la formation des prix de l’électricité en Espagne depuis 2019. Ce modèle tend ainsi à atténuer la sensibilité du système électrique national face aux fluctuations mondiales du gaz.

Les étapes suivantes : stockage et infrastructures

Si les choix de l’Espagne montrent les effets concrets de cette stratégie, ils soulignent également les défis techniques d’un tel mix. Le principal enjeu reste la gestion de la variabilité naturelle : il faut garantir la fourniture d’énergie même lors des pics de demande, comme celui du 9 janvier 2024 qui a atteint 38 272 MW.

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Le développement du stockage, notamment via les batteries, constitue l’un des prochains leviers pour absorber les surplus de production. Pour atteindre son objectif de 179 GW en 2030, l’Espagne devra poursuivre la modernisation de ses infrastructures de réseau afin de rendre cette intégration plus robuste.

L’exemple espagnol suggère qu’un déploiement rapide des renouvelables est un levier important pour limiter l’exposition des prix de l’électricité aux combustibles fossiles. En diminuant le poids du gaz dans la formation des prix de gros, ces sources d’énergie peuvent ainsi contribuer à mieux contenir la volatilité des factures dans le temps.


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