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- Une rupture technologique : du « offshore » complexe au « nearshore » pragmatique
- Mécanique de précision : transformer l’oscillation en électréon
- L’houlomoteur comme pilier de stabilité du réseau électrique
- Relever les défis du secteur : maintenance, coûts et déploiement
- Une ambition internationale pour une filière en devenir
Résumé :
- Innovation : Un dispositif fixé sur les infrastructures portuaires existantes, évitant les coûts élevés et la maintenance complexe des installations en haute mer.
- Potentiel : Selon Eco Wave Power, un déploiement complet sur la jetée de 13 kilomètres pourrait alimenter environ 60 000 foyers.
- Complémentarité : Une source d’énergie basée sur un mouvement quasi perpétuel, offrant une alternative aux conditions variables du solaire ou de l’éolien.
Le port de Los Angeles, plus précisément à San Pedro, accueille depuis quelques mois une installation expérimentale qui pourrait bousculer le secteur des énergies marines. Développé par la start-up israélienne Eco Wave Power avec le soutien d’AltaSea, ce projet pilote propose une approche pragmatique pour diversifier le mix énergétique californien. L’État fait face à une augmentation de la demande électrique, liée à l’électrification des usages et au développement de l’intelligence artificielle. Les technologies intermittentes nécessitent désormais des compléments pour stabiliser le réseau.
Une rupture technologique : du « offshore » complexe au « nearshore » pragmatique
Historiquement, l’énergie houlomotrice a peiné à atteindre un stade commercial viable. Inna Braverman, cofondatrice d’Eco Wave Power, souligne que 99 % des concurrents ont installé leurs équipements au milieu de l’océan. Or, ces installations offshore subissent des contraintes extrêmes, entraînant des coûts prohibitifs et des pannes fréquentes qui ont souvent conduit à l’arrêt prématuré des projets.
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À l’inverse, le système testé à Los Angeles se greffe sur des structures humaines déjà en place. Cette proximité avec le rivage simplifie drastiquement l’accès aux équipements. Krish Thiagarajan Sharman, professeur de génie mécanique à l’Université du Massachusetts, confirme que la maintenance est souvent le « talon d’Achille » de cette filière. Pouvoir inspecter un système simplement en marchant sur une jetée change l’équation économique de l’exploitation houlomotrice.
Mécanique de précision : transformer l’oscillation en électréon
Visuellement, l’installation se compose de grands flotteurs bleus qui bordent le quai. Leur mouvement, que l’entreprise compare à des « touches de piano », suit l’oscillation naturelle des vagues. Ce mouvement mécanique actionne des pistons hydrauliques qui propulsent un fluide biodégradable vers des accumulateurs de pression.
Une fois la pression relâchée, celle-ci actionne une turbine qui génère alors du courant électrique. Pour répondre aux inquiétudes sur la survie des équipements en milieu hostile, Inna Braverman précise que le dispositif intègre une protection automatique : en cas de tempête, les flotteurs remontent en position haute. Selon l’entreprise, ce mécanisme permet au dispositif de passer les conditions extrêmes sans subir de dommages.
L’houlomoteur comme pilier de stabilité du réseau électrique
L’atout majeur de l’océan réside dans sa relative constance. Contrairement au solaire qui s’interrompt la nuit ou à l’éolien dépendant du vent, la mer offre un mouvement quasi perpétuel. Selon le ministère américain de l’Énergie, le potentiel théorique des vagues de la côte Ouest pourrait couvrir 34 % de la production d’électricité des États-Unis, soit de quoi alimenter 130 millions de foyers.
À l’échelle locale, la Commission de l’énergie de Californie suit de près ces résultats. Inna Braverman estime qu’équiper les 13 kilomètres de la jetée d’AltaSea permettrait de produire assez d’électricité pour 60 000 foyers. Ce projet pilote sert donc de test grandeur nature pour convaincre les autorités de la viabilité d’un déploiement à plus grande échelle.
Relever les défis du secteur : maintenance, coûts et déploiement
Malgré ces promesses, l’houlomoteur reste pour l’instant le « parent pauvre » des renouvelables. Le secteur a été marqué par de nombreux échecs d’entreprises confrontées à la force de la mer. Outre la robustesse des appareils, le transport de l’électricité via des câbles sous-marins demeure un défi technique pour les projets classiques.
Pour devenir compétitive face à l’éolien, Eco Wave Power mise sur un changement d’échelle. L’entreprise vise des projets de 20 mégawatts pour abaisser le prix de l’électron. Toutefois, le déploiement n’est pas immédiat : Jenny Krusoe, fondatrice d’AltaSea, estime qu’il faudra sept ans pour finaliser le projet de Los Angeles, un délai nécessaire pour obtenir les autorisations fédérales. Sur le plan politique, elle note que si le soutien à la transition énergétique pourrait être confronté à des incertitudes dans le contexte administratif américain actuel, la nécessité de garder un cap technologique à long terme demeure la priorité des acteurs.
Une ambition internationale pour une filière en devenir
Eco Wave Power a déjà identifié 77 sites exploitables aux États-Unis. La technologie s’exporte également : à Jaffa, en Israël, une centaine de foyers sont alimentés par les vagues depuis décembre dernier. Un projet de plus grande envergure est attendu à Porto d’ici 2026. D’autres installations sont prévues à Taïwan et en Inde.
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Sur le plan écologique, Inna Braverman assure que ces flotteurs n’ont pas d’impact environnemental négatif, car ils s’implantent sur des structures existantes qui perturbent déjà l’environnement côtier. Bien que certains experts considèrent que l’houlomoteur reste pour l’instant particulièrement adapté à des usages spécifiques — comme l’alimentation d’îles reculées —, l’expérimentation de Los Angeles pourrait valider une solution de complément pour les réseaux continentaux.
En conclusion, si l’énergie des vagues n’a pas vocation à remplacer les autres sources renouvelables, elle s’affirme comme un allié pour stabiliser le mix énergétique. Le passage d’une technologie de haute mer à une solution intégrée aux infrastructures portuaires semble être la piste privilégiée pour transformer ce potentiel océanique en une réalité commerciale durable.Note sur la source :L’ensemble des données et citations de cet article est issu des informations rapportées par l’AFP concernant le projet Eco Wave Power à Los Angeles.

