Crise énergétique : comment l’Europe a limité sa facture de gaz grâce aux renouvelables

Le système électrique européen a traversé une période de fortes turbulences entre le choc de 2022 et le début de l'année 2024. Ce choc, provoqué par la rupture brutale des équilibres gaziers, a propulsé les tarifs vers des sommets historiques. Selon les bilans du groupe de réflexion Ember, le déploiement de l'éolien et du solaire a contribué à réduire le recours aux combustibles fossiles importés durant cette phase critique.

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Résumé : 

  • Facture évitée : La croissance du solaire dans l’Union européenne a permis d’éviter environ 10 milliards d’euros d’achats de gaz sur l’année 2022.
  • Dépassement du gaz : Pour la première fois dans l’UE, le duo éolien-solaire (22 %) a généré plus d’électricité que le gaz fossile (20 %) en 2022.
  • Indépendance : L’AIE souligne que la crise a mené à une remise en question de la fiabilité du gaz naturel comme énergie de transition.
  • Effet d’amorti : Cinq-sixièmes du manque de production nucléaire et hydro de 2022 ont été absorbés par les EnR et une consommation réduite dans l’UE.
  • Pression sur les prix : L’AIE estime qu’une offre accrue d’énergies propres aurait pu atténuer une partie de la hausse des prix des carburants.

La dépendance européenne aux importations russes, qui représentaient un quart de l’énergie consommée dans l’UE en 2021, a constitué une fragilité majeure lors du déclenchement de la crise en 2022. La flambée des cours du gaz a alors impacté les prix de l’électricité sur les marchés de gros, créant ce que l’AIE appelle la première crise énergétique véritablement mondiale. Dans ce contexte, les données documentent comment le déploiement des renouvelables a aidé à limiter les conséquences de cette rupture d’approvisionnement.

Un rempart financier : 10 milliards d’euros de gaz évités

Produire de l’électricité localement via le vent ou le soleil réduit la sollicitation des centrales thermiques. En 2022, l’Union européenne a accéléré ses installations solaires avec 41 GW de nouvelles capacités, soit 47 % de plus qu’en 2021. Selon Ember, cette accélération a permis d’économiser environ 10 milliards d’euros en achats de gaz sur l’année au sein de l’UE.

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Cette dynamique se reflète également à l’échelle globale. Pour l’année 2025, Ember rapporte l’ajout de 814 GW de capacités solaires et éoliennes dans le monde. Kingsmill Bond, analyste cité par Geo.fr, considère que ces volumes offrent aux pays importateurs une voie vers la sécurité énergétique via une solution « moins coûteuse, plus rapide à déployer et sans contraintes géopolitiques » par rapport aux hydrocarbures.

Dépassement historique : quand le vent et le soleil mènent la danse

L’éolien et le solaire ont franchi un cap en 2022 en générant 22 % de l’électricité de l’UE, devant le gaz (20 %) et le charbon (16 %). Ce glissement vers une production décarbonée modifie la dépendance aux marchés extérieurs de combustibles. Par ailleurs, depuis le début du conflit le 28 février, les installations mondiales ont permis d’éviter la production d’environ 330 TWh d’électricité à partir de gaz. Selon les données de marché rapportées par Ember, cela représente une économie potentielle de plus de 40 milliards de dollars.

Résilience du mix : les EnR en renfort d’un système sous pression

L’indisponibilité d’une partie du parc nucléaire français et une faible production hydraulique ont causé un déficit de 185 TWh en 2022. Les chiffres d’Ember montrent que l’éolien, le solaire et la réduction de la demande ont été les leviers permettant de pallier cinq-sixièmes de ce manque. Le recours au charbon n’a augmenté que de 1,5 point de pourcentage par rapport à 2021, restant sous son niveau de 2018. Cette synergie a ainsi limité l’usage des énergies fossiles malgré les fortes tensions sur le réseau électrique européen.

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L’équilibre du système a aussi reposé sur une baisse de la demande de 7,9 % au quatrième trimestre 2022. Pour Ember, cette évolution est probablement liée à la conjonction de tarifs élevés, d’efforts de solidarité des usagers et de progrès en efficacité énergétique. Conjuguée à la production propre, cette sobriété a aidé à absorber le choc sans déstabiliser davantage le mix. À l’avenir, l’électrification des usages (véhicules électriques, pompes à chaleur) devrait accroître la demande, rendant le déploiement continu des énergies renouvelables nécessaire pour accompagner cette transition.

Les rapports d’Ember et de l’AIE mettent en lumière le rôle stabilisateur exercé par les énergies renouvelables durant cette crise. En limitant la consommation de gaz importé et en compensant une partie des déficits de production d’autres sources, elles ont gagné en importance au sein du mix électrique européen. Si la sécurité d’approvisionnement continue de s’appuyer sur une diversité de sources, dont le nucléaire, ces analyses présentent l’accélération des énergies renouvelables comme un facteur de réduction de la dépendance aux combustibles fossiles.


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