Agrivoltaïsme : comment le modèle des coopératives structure la filière solaire

Le producteur d’énergie renouvelable TSE et le groupe coopératif agricole Océalia ont annoncé la signature d'un partenariat de dix ans pour développer 500 MWc de projets agrivoltaïques dans le Grand Ouest. Ce montage, qui porte sur huit départements de Nouvelle-Aquitaine, s'inscrit dans une évolution du secteur : loin des initiatives isolées, il illustre une trajectoire de structuration "de filière", désormais encadrée par un décret exigeant qui place la production alimentaire en priorité.

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Résumé : 

  • Le projet : Un accord de co-développement visant 500 MWc d’ici dix ans en région Nouvelle-Aquitaine.
  • Le pivot : La coopérative agricole se positionne comme le tiers de confiance entre les exploitants et l’énergéticien.
  • Le cadre : Le décret d’avril 2024 conditionne les projets au maintien d’au moins 90 % du rendement agricole.
  • L’enjeu : Positionner le solaire comme un outil de résilience climatique, sous réserve de démontrer un service rendu à la production agricole.

L’ambition affichée par TSE et Océalia est de déployer une capacité de 500 MWc sur une décennie. Selon les projections communiquées par les partenaires, cette puissance représenterait l’équivalent de la consommation électrique annuelle de près de 120 000 ménages.

Le périmètre couvre huit départements (16, 17, 19, 23, 24, 79, 86, 87), où Océalia s’appuie sur 340 implantations. Pour piloter cette montée en puissance, une société dédiée a été créée avec l’objectif d’assurer un suivi opérationnel et une gestion des installations sur toute la durée de leur exploitation.

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La coopérative agricole, nouveau tiers de confiance territorial

Dans ce dispositif, la coopérative devient l’interface entre TSE et ses 14 000 adhérents. En sélectionnant les parcelles et en accompagnant les exploitants dans les démarches administratives, Océalia cherche à sécuriser le projet. Ce modèle vise à atténuer les tensions autour du foncier : l’agrivoltaïsme n’est plus envisagé comme une occupation externe, mais comme un outil intégré aux pratiques professionnelles locales.

Sur le terrain, l’installation est présentée comme un levier de protection. Denis Mathé, président d’Océalia, rappelle la vigilance du groupe : 

« Nous restons vigilants sur la juste rémunération de nos agriculteurs tout en garantissant que la vocation première de nos terres demeure l’agriculture. » Ainsi, les ombrières sont conçues pour offrir une protection contre certains aléas — comme les pics de chaleur ou le gel — tout en apportant un complément de revenu à l’exploitation, sans se substituer à la production nourricière.

Souveraineté et « service rendu » : un cadre réglementaire strict

Le développement de ces projets est désormais régi par le décret n°2024-318 du 8 avril 2024 (publié au JORF le 9 avril 2024). Ce texte définit l’agrivoltaïsme par l’obligation de rendre un service direct à la parcelle (amélioration du bien-être animal, protection contre les aléas ou adaptation au changement climatique).

Pour éviter toute dérive, la réglementation impose des verrous quantitatifs :

  • La règle des 90 % : Le rendement de la production agricole sous les ombrières doit être maintenu à au moins 90 % de celui d’une parcelle témoin.
  • Le taux de couverture : La surface projetée au sol par les panneaux ne peut en principe dépasser 40 % de la parcelle.
  • Le contrôle et les sanctions : Un suivi est prévu pour vérifier la réalité du service rendu. En cas de non-respect durable des critères, des sanctions — pouvant aller jusqu’à des obligations de remise en état ou de retrait des équipements — peuvent s’appliquer.

Une lecture « système » pour le photovoltaïque au sol

L’alliance entre un énergéticien et une coopérative suggère que le déploiement des énergies renouvelables en zone rurale pourrait s’appuyer davantage sur une intégration métier. Plutôt que de simplement chercher du foncier disponible, le développeur s’insère ici dans une filière existante, adaptant ses installations aux contraintes des cultures.

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Ce type de collaboration constitue une piste de structuration pour les futurs objectifs de déploiement du photovoltaïque au sol. Cette règle pousse d’ailleurs les acteurs de l’énergie à travailler avec des agronomes pour prouver, données à l’appui, l’utilité des dispositifs. La réussite du modèle reste toutefois conditionnée au respect de l’équilibre entre production énergétique et sécurité alimentaire.

Le succès de ces projets ne se mesurera pas uniquement à la puissance injectée sur le réseau, mais à la santé des cultures maintenues sous les installations. La méthode française, axée sur la démonstration d’un service rendu à la production agricole, impose une exigence de résultats. L’avenir du solaire en zone agricole dépendra de cette cohabitation réelle : les projets qui démontreront une compatibilité prouvée avec le monde paysan auront d’autant plus de chances de s’inscrire durablement dans le paysage rural.


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